Conflit au Sahara : l’UA toujours déterminée à s’arrimer à la médiation de l’ONU
Aboubacar Yacouba Barma

Al Sissi Faki Mahamat
DR
Aboubacar Yacouba Barma

Al Sissi Faki Mahamat
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L'Union africaine (UA) veut jouer sa partition dans la résolution du conflit au Sahara afin de ne pas rester en marge de la médiation en cours des Nations unies. C'est la décision prise par les deux présidents de l'organisation continentale, celui de la Commission Moussa Faki Mahamat, et celui en exercice, le chef de l'Etat égyptien Abdel Fatah Al-Sissi, à l'issue de la mission qu'a effectuée Faki Mahamat les 16 au 17 mars en Egypte. Au cours de leur rencontre à Assouan, Al-Sissi et Moussa Mahamat ont passé en revue plusieurs «questions clés relatives à l'agenda de l'Union africaine», selon un communiqué de la Commission publié le mardi 19 mars. Un des sujets cruciaux au cœur de «l'échange de vues approfondi» entre les deux présidents, celui du conflit au Sahara. Selon le communiqué de l'organe exécutif de l'UA, en ce qui concerne ce dossier, «le président de l'Union et le président de la Commission ont convenu de l'urgence que revêt l'activation du Mécanisme africain mis en place par le Sommet de Nouakchott de juillet 2018».
Le Mécanisme auquel faire référence le communiqué et que les deux présidents veulent réactiver est une initiative de Moussa Faki Mahamat. Il a été adopté lors du 31e sommet des chefs d'Etat de l'organisation qui s'est tenu le 1er juillet à Nouakchott en Mauritanie. Il faisait suite à la tournée qu'avait préalablement effectuée le président de la Commission de l'UA quelques mois auparavant et au cours de laquelle il avait rencontré notamment des responsables du Maroc, du Polisario, de l'Algérie et de la Mauritanie.
Dans le rapport accompagnant l'initiative portant création du Mécanisme, il est stipulé «la nécessité pour l'UA d'inscrire sa démarche dans le cadre d'un appui renforcé aux efforts des Nations unies, pour accroître leur chance d'aboutissement». Ainsi, il ne s'agirait pas pour l'UA de développer un processus parallèle à celui des Nations unies, mais comme il est mentionné, «le rôle de l'UA devrait viser à accompagner et à soutenir les efforts des Nations unies, dont le Conseil de sécurité demeure saisi de la question».
Afin de s'assurer de sa mise en œuvre, un mécanisme de suivi a été mis en place par la Conférence des chefs d'Etat. Celui-ci est composé des présidents sortants, entrants et en cours ainsi que celui de la Commission. Dans la configuration actuelle et au cas où le Mécanisme sera mis en place cette année, il sera donc composé en plus de Moussa Faki Mahamat et d'Abdellah Al-Sissi, du président rwandais Paul Kagamé qui a passé le relais en janvier dernier, ainsi que son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa qui reprendra le flambeau en janvier prochain en cas de confirmation de son élection à la tête de la nation arc-en-ciel.
Au sortir du Sommet de Nouakchott, le Maroc et le Polisario se sont tous deux déclarés «satisfaits» de l'initiative surtout pour le royaume chérifien qui venait de réintégrer l'organisation en janvier 2017 après l'avoir quittée en 1984 en raison justement du conflit. Le Maroc avait en effet toujours défendu l'idée que le conflit reste sous médiation de l'ONU ; chose que consacre justement le nouveau Mécanisme africain sur le conflit au Sahara. Du côté du Polisario, ses dirigeants se sont réjouis de l'option toujours retenue dans le texte «du principe d'autodétermination».
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Avec cette nouvelle initiative, qui bénéficie a priori de l'acceptation des principaux acteurs du conflit, l'UA entend s'impliquer davantage dans la résolution de cette crise qui oppose le Maroc et le Polisario depuis 1975. Les deux parties se disputent le Sahara que le Maroc considère faisant partie intégrante de son territoire après avoir mis fin à la colonisation espagnole ; ce que le Polisario, soutenu entres autres par l'Algérie, conteste en réclamant l'indépendance de l'autoproclamée RASD.
Ce n'est pas la première fois que l'organisation continentale tente de s'impliquer dans cette crise qui freine l'intégration maghrébine depuis quatre décennies. En 2014, alors que le Maroc était encore non membre de l'Union, un médiateur avait même été nommé en la personne de l'ancien président mozambicain, Joachim Chissano. Mais la tentative avait échoué, car aucune avancée ni même initiative n'avait été prise pour la résolution du conflit.
En janvier 2017, le Maroc revenait dans «sa famille africaine» selon les mots du roi Mohammed VI et mène désormais une offensive diplomatique de l'intérieur. D'un autre côté, un nouveau cycle de négociations a été lancé sous l'égide du nouveau représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU, l'Allemand Horst Köhler, qui a déjà réussi en 2018 à renouer les fils du dialogue direct entre les principaux protagonistes de la crise. «Je me félicite de la relance, sous les auspices des Nations unies, du processus de recherche d'une solution au conflit du Sahara», s'est d'ailleurs réjoui Moussa Mahamat lors de l'ouverture de la 34e session ordinaire du Conseil exécutif de l'UA, en février dernier à Addis Abeba, annonçant déjà que «l'UA apportera un appui renouvelé à ces efforts à travers le mécanisme africain mis en place lors du sommet de Nouakchott».
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Il reste à savoir si cette fois, l'implication de l'UA apportera quelque chose de concret dans la médiation des Nations unies, alors que la deuxième table-ronde du nouveau processus de négociations entre le Maroc et le Polisario sous l'égide de l'envoyé spécial de l'ONU sur le dossier se tient du jeudi 21 au vendredi 22 mars au château Le Rosey, à une trentaine de kilomètres de Genève, avec la participation de la Mauritanie et de l'Algérie.
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