Bénin : Heurts autour de la résidence de Boni Yayi, les éléments déclencheurs

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Traces de pneus brûlés, résidus de grenades lacrymogènes et même des douilles de balles en caoutchouc ! Cadjehoun, un quartier de la capitale économique du Bénin, Cotonou, porte encore les stigmates des violents affrontements du 1er mai.
Un premier bilan de ces affrontements, livré par la société civile béninoise, fait état de deux blessés. «Il y a eu un blessé à la main, résultat de sa tentative de ramasser une grenade [lacrymogène] de la police qui n'avait pas explosé», minimisent les autorités béninoises dans une guerre des chiffres. Car ce qui devait être un paisible jour férié s'est transformé en une longue après-midi d'échauffourées violentes entre la police et des manifestants.
A la suite de l'annonce par son entourage d'une imminente arrestation, la résidence de l'ex-président Thomas Boni Yayi est assaillie par ses partisans, venus contrer l'important dispositif déployé par la police aux abords immédiat du domicile de leur leader. «Il s'agit d'une fake news. Un projet d'arrestation de l'intéressé n'a jamais existé contrairement à ce qui est relayé», a tenté de désamorcer plus tard Sacca Lafia, le ministre de l'Intérieur et de la sécurité publique lors d'un point de presse quelques minutes après le ralliement de la résidence de l'ex-chef de l'Etat. Rien n'y fait.
Aux barricades de fortune érigées avec des monceaux de bois et des pneus usagés, la police réplique en tirant des gaz lacrymogènes et, selon certains témoignages sans doute amplifiés, ... des balles réelles contre des jets de pierres. La tension est montée d'un cran lorsque des commerces ont été cassés, des banques vandalisées et une station-service proche de la présidence brûlée. La veille, dans la nuit de mardi à mercredi, la Cena, la commission électorale avait annoncé les résultats provisoires des législatives du 28 avril, des élections contestées dont l'opposition avait été exclue.
La période préélectorale avait déjà pris des relents acrimonieux. Après ses appels au dialogue pour tenter de trouver un compromis sur le nouveau Code électoral, sa contre-campagne pour promouvoir le boycott, l'opposition conduite par les anciens chefs d'Etat Nicéphore Soglo (1991-1996) et Thomas Boni Yayi (2006-2016), avait fini par lancer un ultimatum ferme au pouvoir. Il demandaient à leur successeur de procéder à l'arrêt d'un scrutin législatif qualifié de «coup d'Etat électoral». En désespoir de cause, les deux ex-présidents ont fini par appeler à un boycott.
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Dans les rangs de l'actuel pouvoir, le discours très offensif de l'opposition avait été perçu comme une provocation ou suffisamment ambigu pour constituer une incitation à la violence pendant le scrutin du dimanche 28 avril. Ce jour-là, 286 incidents ont été enregistrés dans tout le pays dont une majorité dans le Nord Bénin, région acquise au président Thomas Boni Yayi, selon la plate-forme d'observation de la société civile. Si l'on ajoute à l'important dispositif sécuritaire à Cotonou ce 1er mai, les appels dans le camp du pouvoir actuel à l'arrestation des deux hommes, on obtient une succession d'événements qui ont conduit aux violents affrontements de ce mercredi.
En réalité, la transe de la rumeur s'était aussi emparée du camp de Patrice Talon. Bien avant le vote, l'on annonçait déjà que des convois de manifestants seraient en partance du Nord pour rallier Cotonou. L'objectif selon cette rumeur, était de venir grossir les rangs des manifestations du 1er mai qui seraient utilisées en plate-forme de contestation du scrutin. Anticipant l'ampleur de telles manifestations et leur potentiel débordement, le pouvoir aurait déployé cet impressionnant dispositif constitué de chars, de soldats armés et de policiers déployés dans la capitale économique, surtout dans le quartier où tout est parti. « Nous avons envoyé des éléments sur le terrain afin de contourner le mouvement qui se préparait.». L'aveu de Sacca Lafia est suffisant pour conforter cette thèse.
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Pour l'heure, c'est la démocratie béninoise et ses acteurs qui prennent un sérieux coup. Le forcing de Patrice Talon dont l'opposition dénonce une dérive autoritaire dans l'exercice du pouvoir, aura laissé cette dernière sur la touche, ce qui n'était jamais arrivé depuis plus de 30 ans. Dans leur réplique, les opposants aussi n'ont pas été jugés assez républicains. Le modèle démocratique béninois s'effrite à la lumière des chiffres des législatives. Sans bulletin nul, ce sont moins de 23% des 4,9 millions d'électeurs qui ont choisi les 83 députés du parlement béninois. Avec l'exclusion de l'opposition, le Bloc Républicain et l'Union Progressiste, deux partis proches du pouvoir, raflent les sièges. L'on craint que l'hémicycle ne devienne la chambre d'enregistrement des volontés de Patrice Talon.
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