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Politique - La Tribune Afrique

Mauritanie : sa victoire confirmée, quel président sera Mohamed Ould Ghazouani ?

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 01 juillet 2019 à 15:28 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:34

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Il y a quelques mois, ce n’était que pure supputation. C’est désormais officiel : le 5 août, Mohamed Ould Ghazouani, ce pur produit de l’armée mauritanienne, succédera à Mohamed Ould Abdelaziz, son ami et frère d’armes. Ce lundi 1er juillet, les neuf juges du Conseil constitutionnel ont composté le ticket de cette passation de témoin en confirmant les résultats du premier tour de la présidentielle du 22 juin dernier. Les opposants Biram Ould Dah Ould Abeid, Sidi Mohamed Ould Boubacar et Baba Hamidou Kane n’en démordent pas de crier au «hold-up électoral».

«Insuffisance de preuves» ! Comme un coup de massue sur les derniers espoirs d'une opposition mauritanienne ragaillardie par le soutien d'une partie de la rue, le Conseil constitutionnel a douché les certitudes de ceux qui s'attendaient encore à ce que le match de la présidentielle du 22 juin soit rejoué dans un scénario à la kényane.

Passation de pouvoir ou «pot de départ»

Selon leur intime conviction, les neuf Sages du Conseil constitutionnel ont validé la victoire de Mohamed Ould Ghazouani avec 52,01% des voix, soit le même score que les résultats déclarés par la Commission électorale nationale indépendante(CENI). Inattaquable par recours, la décision de la plus haute juridiction du pays rejette par la même occasion les recours de l'opposition pour manque de preuves remettant en cause le scrutin.

Respectivement deuxième, troisième et quatrième, Biram Ould Dah Abeid, Sidi Mohamed Ould Boubacar et Kane Hamidou Baba n'ont pas attendu cette décision. La veille déjà, ils égrenaient les preuves de ce qu'ils dénoncent comme un «hold-up électoral». «Après vérification par nos techniciens électoraux qui ont travaillé sur 455 bureaux de vote où il a réalisé 100 % et plus, le candidat Ghazouani ne pouvait pas avoir plus de 41 %», pestait Biram Dah Abeid, à la conférence de presse de l'opposition, réunie pour l'occasion dans un front commun de protestation soutenu par une partie de la rue. Qu'à cela ne tienne!

Le 5 août prochain, lors d'une cérémonie de passation de pouvoir, Mohamed Ould Abdelaziz devrait passer le témoin à Mohamed Ould Ghazouani. Inévitablement, la fête prendra des allures de «pot de départ» tant les relations personnelles -même familiales accusent certains- entre le sortant et son successeur sont étroites. A 62 ans, ce général à la retraite, formé à l'Académie royale militaire de Meknès au Maroc comme son prédécesseur, partage une amitié de plus de 30 ans avec celui qui lui passera les clefs du palais présidentiel. Avant de troquer son uniforme kaki pour sa désormais inévitable derâa (habit traditionnel) blanche, ce sécurocrate passé par la DGSN puis par le ministère de la Défense a longtemps été les oreilles câblées de son frère d'armes rencontré dans les rangs de l'armée.

Indépendance, lutte contre la corruption, égalité des citoyens, que de défis

Dès l'annonce des résultats du premier tour, la pluie de félicitations en provenance de Riyad, Paris, Rabat, Alger, Bamako et d'autres capitales ne laissait plus de place au doute que la realpolitik était devenue l'option des pays vers lesquels allaient se tourner les opposants en quête de soutiens extérieurs. Le tour de vis sécuritaire et le huis clos comminatoire qui ont enveloppé Nouakchott jusqu'à ce lundi n'auront donc pas pu changer la donne. Confortablement installé sur un fauteuil taillé sur mesure dans ce jeu de chaises musicales, quel président sera donc Mohamed Ould Ghazouani?

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Une première jauge permettra de mesurer sa réussite, la revendication, puis la démonstration de son indépendance vis-à-vis de cet ami insondable qui laisse entrevoir la perspective de la préparation de son retour au château depuis sa tente de Zouerate (nord). Autrement, Mohamed Ould Ghazouani passerait pour une marionnette dont les ficelles sont tirées depuis ce lieu de villégiature perdu dans les dunes de sable où le président sortant devrait couler une retraite. Si la postérité retient de lui qu'il a été le premier président depuis l'indépendance en 1960 à transmettre pacifiquement le pouvoir, il retiendra aussi qu'il a été celui qui stoppa la transition démocratique avec un coup d'Etat contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi, la matinée de son limogeage du 6 août 2008.

Mohamed Ould Ghazouani devra écrire sa propre histoire. Son prédécesseur lui laisse un appareil sécuritaire huilé et efficace contre le terrorisme, fléau contre lequel le pays est épargné pendant ses deux mandats. Mais que serait un environnement apaisé sans distribution équitable des immenses richesses pétro-gazières et minières qui jaillissent littéralement de son sous-sol. Il faudra combattre efficacement la corruption des élites dirigeantes dont l'insolent train de vie dans le pays et leurs déplacements à l'étranger choquent encore.

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Melting-pot à cheval sur l'Afrique de l'Ouest et du Nord, la Mauritanie doit rétablir l'égalité sociale et politique entre ses citoyens et leur offrir à parts égales la même ascension vers les postes. La frustration qui monte dans la société de voir les pouvoirs économiques et politiques concentrés entre les mains du Gotha arabo-berbère pourrait être un des défis les plus prégnants de la République islamique. Mais pour avoir été un produit du système qui l'a porté au pouvoir, Mohamed Ould Ghazouani ne peut l'ignorer. Toute la question est de savoir s'il va amorcer un changement radical. Il faut attendre de le voir à l'œuvre pour le juger sur pièce.

Ibrahima Bayo Jr.

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