Guinée-Bissau : pourquoi Pereira a-t-il décidé de contester la victoire d'Embalo?

Photo d'illustration
IJB pour LTA (avec Reuters)

Photo d'illustration
IJB pour LTA (avec Reuters)
Mauvais perdant ou stratégie pour garder la face? Le cadeau pour le Nouvel An de la commission nationale des élections (CNE) n'est pas du goût de Domingos Simões Pereira. L'instance chargée de l'organisation du scrutin a déclaré ce 1er janvier, Umaro Sissoco Embalo, vainqueur du second tour de la présidentielle qui s'est tenu le 29 décembre. Ce dernier remporte le duel avec 53, 55% des suffrages pour un taux de participation de 72,67% dans les cordes du premier tour.
A 47 ans, le nouveau président bissau-guinéen revient de loin. Au premier tour, Umaro Sissoco Embalo était sorti deuxième au tableau des scores, avec un handicap de 12 points à rattraper. Avec le Mouvement pour l'Alternance démocratique (Madem-G15), né d'une scission du PAIGC, le recordman de longévité des huit Premiers ministres de José Mario Vaz, a su fédérer autour de son programme axé sur le changement, les prétendants au fauteuil arrivés troisième, quatrième et cinquième.
Père musulman de trois enfants, Umaro Sissoco est diplômé de science politique avec une appétence pour les questions de défense et les problématiques géostratégiques. Premier ministre (2016-2018) de José Mario Vaz, le président sortant, cet ancien Général de brigade de réserve s'est déclaré «président de la concorde nationale», peu après l'annonce des résultats provisoires.Mais la réponse du camp d'en face ne s'est pas fait attendre.
Domingos Simões Pereira a-t-il décidé de tourner casaque au risque de plonger le pays dans une crise postélectorale très redoutée par les observateurs?
Deux raisons à cela.La première est qu'en criant à la fraude, le chef du parti historique de l'indépendance se décharge de la responsabilité de la défaite infligée par un parti créé il y a un peu plus d'un an et demi. Affaibli par cette déculottée, son leadership au sein de l'ancien parti au pouvoir devrait déclencher une bataille de positionnement pour prendre les rênes de la première force politique à l'Assemblée nationale. A contre-courant de l'arithmétique électorale, le recours introduit par Pereira devrait servir au mieux à l'hypothétique renversement des résultats par une pression accrue sur la commission électorale. A défaut, il permettrait d'amortir le choc d'une défaite inattendue pour un favori que les pronostics donnaient gagnant.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

D'un autre côté, la contestation de la victoire de son rival permet à Domingos Simões Pereira de maintenir une pression suffisante dans l'objectif de se positionner dans échafaudage de l'architecture institutionnelle. Passée la période postélectorale, le premier chantier d'Umaro Sissoco Embalo sera de choisir un Premier ministre. Ce dernier devra obligatoirement être choisi au sein de la majorité parlementaire détenue par le PAIGC. S'il sort vainqueur de la querelle de leadership de son parti, Domingos Simões Pereira pourrait convoiter ce poste d'observation qui lui permettrait de garder les yeux et la main sur la gestion du pays.
À lire également
«L'histoire ne se répète pas, elle bégaie». Aucune autre situation politique que celle de la Guinée-Bissau n'illustre aussi bien cette phrase apocryphe de Karl Marx. En 2015, c'est la cohabitation devenue impossible entre José Mario Vaz et Domingos Simões Pereira qui a conduit à la longue crise politique que la présidentielle 2019 veut évacuer. Cette année encore, tout fraîchement élu, Umaro Sissoco Embalo devra s'accommoder d'un Premier ministre issu d'une autre couleur politique. Pendant toute la campagne, le débat sur la clarification constitutionnelle des rôles du Président et du Premier ministre a traversé les esprits.«Le problème ce n'est pas la constitution, ce sont les hommes», avait tranché Umaro Sissoco Embalo. Maintenant qu'il est au pouvoir, toute sa difficulté est de mettre à l'acte sa théorie.