En crise avec l’Egypte, le Soudan se tourne vers l'Ethiopie

Soudan
Reuters
Omar El Béchir n'a pas eu à chercher loin. Après une crise diplomatique avec l'Egypte, le président soudanais a trouvé le réconfort chez le grand rival : l'Ethiopie. En bisbilles avec son grand voisin du nord, Khartoum veut intensifier ses relations avec Addis-Abeba.
Ce dimanche, Workeneh Gebeyehu, le chef de la diplomatie éthiopienne est arrivé à Khartoum pour une visite à son homologue soudanais, Ibrahim Ghandour. Même si l'entretien entre les deux ministres des Affaires étrangères a pu porter sur une stratégie antiterroriste dans la région, elle a pu aussi avoir des implications sur des intérêts mutuels entre Addis-Abeba et Khartoum.
Pour le contexte, Khartoum et Le Caire ont frôlé la rupture diplomatique après le rappel de l'ambassadeur soudanais dans la capitale égyptienne en protestations d'ingérences du Caire dans les affaires intérieures en recevant sur son sol, des rebelles soudanais. Khartoum répondait aussi à ce qu'elle a qualifié de « décision irresponsable » de la part de l'Egypte qui a remis en doute la partialité de la médiation soudanaise dans le partage du Nil dans la foulée de la construction controversée par l'Ethiopie du Barrage de la Renaissance.
L'Egypte qui appelle à une médiation de la Banque Mondiale, jugée plus impartiale, a sans doute porté un coup au Soudan pour avoir cédé pour une période de 99 ans à la Turquie, l'île de Suakin, sur les bords de la Mer rouge. Ce bail turc provisoire avalisé lors de la dernière tournée africaine de Reccep Tayyip Erdogan cacherait en fait une « guerre » diplomatique par alliés interposés entre la Turquie qui soutient le Soudan et les Emirats Arabes Unis, grand protecteur de l'Egypte.
Loin du conflit entre grandes puissances régionales, le rapprochement avec Khartoum est aussi bénéfique pour Addis-Abeba. L'Ethiopie, presque constamment en guerre avec l'Erythrée, devrait saisir l'occasion pour tenter de l'isoler dans la région et damer le pion à l'Egypte sur la question du Barrage. C'est justement au milieu de rapports conflictuels de voisinage qu'Omar El Béchir espère tirer son épingle du jeu.
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Outre des alliés internationaux comme la Turquie ou les Etats-Unis -qui ont restauré leur aide-, Khartoum se cherche des alliés dans la région. Sous prétexte d'une attaque égyptienne imminente, quelques heures avant l'atterrissage de l'avion du chef de la diplomatie éthiopienne, le Soudan avait positionné ses troupes à Kassala, à sa frontière avec l'Erythrée avec laquelle l'Ethiopie est techniquement en guerre. Sans doute pour faire plaisir au nouvel allié.
Moyen de pression sur l'Egypte ou réelle volonté de multiplier ses relations dans la région ? En tout cas, la stratégie soudanaise semble avoir porté ses fruits. Abdel Fattah Al Sissi a fait ce lundi 15 janvier, une sortie médiatique très remarquée, interdisant aux médias publics égyptiens de lancer des attaques en direction des voisins.
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« Nous ne sommes pas prêts à faire la guerre à nos frères ou à quiconque d'autre. Je dis cela comme un message clair à nos frères au Soudan et en Ethiopie ». La carte de l'apaisement ou bien le signe que le message de Khartoum a été bien entendu.
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