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Politique - La Tribune AfriqueIntégration régionale - La Tribune Afrique

Maroc-CEDEAO : les acteurs clés du dispositif marocain

Photo de Othmane Zakaria

La Tribune Afrique

Publié le 02 août 2018 à 16:48 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:40

Montage acteurs clés Maroc CEDEAO

Montage acteurs clés Maroc CEDEAO

DR/LTA

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Qu'ils se situent au sein de la technostructure régalienne ou nichés dans des relais d'influence économiques et associatifs, les hommes et femmes clés du dispositif marocain de projection sur l'Afrique ont accéléré la cadence pour porter la candidature du Maroc à l'entrée dans la CEDEAO. Décryptage d'une architecture complexe aux ramifications multiples, sur fond de rivalités internes et de batailles de territoires.

Technostructure régalienne : Bourita en « maître des horloges »

Le grand ordonnateur de la politique étrangère marocaine, c'est lui. Et il tient à ce que cela se sache. Après une longue carrière exclusivement consacrée à la diplomatie dont il a minutieusement gravi tous les échelons, Nasser Bourita a enfin réussi à investir le grand bureau du deuxième étage du bâtiment de verre du ministère des Affaires étrangères marocain à la faveur du gouvernement Elotmani, formé le 5 avril 2017, après un court passage comme ministre délégué.

Depuis cette date, il n'est pas rare de voir depuis l'extérieur la lumière allumée dans son bureau jusqu'à des heures tardives. Il faut dire que l'entrée dans l'Exécutif comme ministre de plein exercice constitue une consécration pour ce pur produit de la diplomatie marocaine, qui a su se rendre indispensable à travers une force de travail hors du commun -que même ses détracteurs lui reconnaissent- et des réseaux très influents qui traversent tous les cercles de pouvoir du Royaume chérifien, cultivés au cours de ses longues années de travail dans l'ombre.

Technicien discipliné, mais sans charisme, Bourita a la réputation d'épuiser ses collaborateurs qui alignent les heures interminables afin de retoucher notes et documents dont il fait une relecture attentive et parfois sévère. A la manœuvre dès la décision de rejoindre l'Union africaine prise par Mohammed VI, Bourita s'est depuis lors investi lourdement dans la stratégie marocaine sur le Continent, dont l'entrée dans la CEDEAO représente le deuxième acte fort depuis le retour de Rabat dans les instances panafricaines. Critiqué de manière parfois très dure par la presse marocaine suite au retard pris dans l'adhésion effective du Royaume à la CEDEAO, Bourita n'a pas réagi aux attaques, préférant selon des sources proches « continuer à travailler sur le fond ».

Yassine Mansouri et le Général Abdelfatah Louarak : Les chevilles ouvrières de la coopération militaire et du renseignement

Autant nimbés de mystère l'un comme l'autre, Yassine Mansouri et le général Abdelfatah Louarak occupent une place stratégique dans le dispositif marocain en direction de l'Afrique, avec des prérogatives complémentaires. D'un côté, Yassine Mansouri, camarade de classe de Mohammed VI et inamovible patron du renseignement extérieur du Maroc depuis 2005, à la tête de la DGED, cultive les liens directs avec ses homologues africains, avec lesquels il est en liaison étroite, notamment sur les questions liées à la lutte anti-terroriste dans l'arc sahélien. Ce natif de Bejaad, qui cultive la discrétion, est apparu à plusieurs reprises dans les médias comme porteur de messages du roi du Maroc aux côtés de Nasser Bourita auprès de chefs d'Etat africains, dont le Burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, l'Ivoirien Alassane Ouattara, ou le Nigérian Muhammadu Buhari, ou encore le Premier ministre algérien. Mais au-delà de ces rares apparitions publiques, le vrai rôle de Mansouri est de servir de structure d'appui aux efforts diplomatiques à travers un vaste réseau d'alliés non apparents.

De l'autre côté, Abdelfatah Louarak, plus haut gradé de la « Grande muette » marocaine, récemment promu au rang de général de corps d'armée, est en charge de la coopération militaire avec ses pairs du Continent, à travers trois lignes de force. En premier lieu, il est chargé de superviser la participation du Maroc aux efforts de paix et articule à ce titre le contingent marocain mis à disposition des organisations internationales, ainsi que le déploiement des hôpitaux de campagne lors de la survenance de catastrophes naturelles ou sanitaires. Deuxième pan de son action : la diplomatie médicale à travers l'accueil discret de dignitaires du Continent au sein de l'hôpital militaire d'instruction Mohammed V de Rabat, dont l'aile VIP ne désemplit quasiment jamais. Enfin, Louarak est le grand ordonnateur du programme de formation d'élite du Royaume, qui accueille chaque année plusieurs centaines d'officiers supérieurs d'Afrique subsaharienne, qui viennent suivre les cursus des écoles d'état-major marocaines, réputées pour la qualité de leur formation.

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Les lobbyistes : Brahim Fassi-Fihri et Neïla Tazi à la manœuvre

Patron du think tank Amadeus, Brahim Fassi-Fihri est très actif sur le dossier africain depuis plusieurs années. Son premier fait d'armes marquant est la réception par Amadeus du président rwandais Paul Kagamé en novembre 2015, soit quelques mois avant la grande offensive diplomatique du Royaume chérifien en direction de l'Union africaine. Depuis, le fils du « Sherpa » de Mohammed VI, Taïeb Fassi-Fihri, multiplie les opérations séduction en direction du Continent. Sur le dossier spécifique de la CEDEAO, il a organisé fin mars à Dakar une conférence dans le très huppé hôtel Radisson sous le thème « Adhésion du Maroc à la CEDEAO : fondements, enjeux et perspectives communes », à laquelle le Tout-Rabat et le Tout-Dakar des affaires se sont pressés pour entendre les arguments du Maroc.

De son côté, Neïla Tazi, sénatrice et fondatrice de l'emblématique festival Gnaoua d'Essaouira, a été très active sur le front de la stratégie de communication du Royaume, en sa qualité de vice-présidente de la CGEM, le patronat marocain, jusqu'il ya quelques semaines. La confédération s'est en effet beaucoup investie pour rassurer les patronats d'Afrique de l'Ouest en déployant une démarche de « bilatéralisme actif » auprès des grands patrons de la zone qui voyaient d'un mauvais œil l'arrivée du Maroc dans la CEDEAO.

Jazouli-Boucetta : Un duo diplomatique en charge de l'exécution

Pour dérouler sa stratégie en direction de la CEDEAO, Bourita fédère autour de lui une Task-Force composée en premier lieu de son ministre délégué aux Affaires africaines, Mohcine Jazouli, et de sa secrétaire d'État, Mounia Boucetta. Cet attelage trouve ses racines il y a presque une année, puisqu'avant d'être nommé ministre délégué en charge de l'Afrique début 2018, Mohcine Jazouli avait été missionné par la secrétaire d'État Mounia Boucetta, à travers son cabinet de conseil en stratégie Valyans, pour l'appuyer dans le suivi de l'action marocaine sur le Continent.

Si les prérogatives précises de chacun d'entre eux ne sont pas détaillées à date, Jazouli semble concentrer son action en direction de la communauté d'affaires d'Afrique de l'Ouest qu'il connaît bien, depuis que son cabinet de conseil a démarré son internationalisation à la fin des années 2000. Ce carnet d'adresses pourrait se révéler précieux, notamment pour lever les réticences de certains patrons sénégalais ou ivoiriens. Quant à Mounia Boucetta, elle concentre son action sur le suivi des dispositifs bilatéraux commerciaux et les mesures de suivi des conventions signées en présence du roi Mohammed VI, lors de ses tournées africaines.

Les janissaires de l'ombre : Abir Lemseffer (EACCE) et Mohammed Methqal (AMCI)

Indéboulonnable Directrice de cabinet du puissant ministre de l'Agriculture et de la pêche Aziz Akhannouch pendant près de cinq ans, Abir Lemseffer a été nommée en début d'année patronne du très stratégique Établissement autonome de contrôle et de certification des exportations (EACCE), bras armé du Royaume en matière d'exportation de produits agricoles. Son premier acte en tant que patronne de cette institution discrète, mais très influente a été de commanditer une étude sur l'impact de l'entrée du Maroc dans la CEDEAO, ce qui lui permet de se positionner au cœur de l'argumentaire scientifique de Rabat sur ce sujet extrêmement sensible. Forte d'un carnet d'adresses tentaculaire, forgé dans l'ombre du milliardaire originaire du Souss, Lemseffer conserve grâce au dossier CEDEAO une carte maîtresse dans sa manche.

Quant à l'ambassadeur Mohammed Methqal, qui dirige désormais l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), ce membre du sérail -son père était le médecin personnel de Hassan II pendant près de trente ans- concentre son action sur le déploiement de la coopération en matière de formation et utilise à ce titre son agence comme un instrument de lobbying puissant auprès de l'importante communauté de politiciens africains ayant étudié au Maroc.

Les banquiers à l'offensive : Le trio « BBK » en première ligne

Tous trois présents fortement en Afrique de l'Ouest, les présidents des trois plus importantes banques marocaines, Othman Benjelloun (BMCE), Mohamed Benchaâboun (Banque centrale populaire) et Mohammed Kettani (Attijariwafabank) ne ménagent pas leur peine afin de faire la pédagogie du projet marocain de rejoindre la CEDEAO. Il faut dire que les enjeux pour ces acteurs du secteur des services financiers sont absolument prégnants, leurs filiales subsahariennes constituant le principal moteur de croissance de leurs activités, le marché marocain étant arrivé à une certaine maturité et ne permettant plus d'affoler les compteurs. Bien qu'il ait affiché un certain tropisme chinois depuis cinq ans, Othman Benjelloun, doyen du trio « BBK » et patron du Groupement des banques marocaines (GPBM), a mobilisé le ban et l'arrière-ban de ses réseaux sur le Continent pour plaider en faveur du modèle de co-développement prôné par Rabat.

De son côté, bien que plus discret, le patron de la Banque centrale populaire, Mohamed Benchaâboun, a assuré une partie de la « fonction support » en soutenant les initiatives visant à mettre en avant les atouts du Maroc comme membre de la communauté économique régionale, tout en mettant en première ligne son adjoint en charge de l'Afrique, l'ex-consultant Kamal Mokdad. Quant à Mohammed Kettani, ce manœuvrier hors pair, il a beaucoup œuvré en coulisses en actionnant le formidable réseau constitué grâce à sa grand-messe annuelle dédiée au continent, le forum Afrique Développement qui accueille chaque année près de 2 000 participants.

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