L'ex-Premier ministre et diplomate en chef durant le dernier quinquennat Chirac, Dominique de Villepin était de passage au Maroc pour faire la promotion de son dernier livre : « Mémoire de paix pour temps de guerre ». Pour de Villepin, le monde connaît actuellement un cercle vicieux de violence qui ne fait que s'approfondir.
Pour l'ex-diplomate le constat est clair, les démocraties occidentales ont depuis le début des années 2000 tendance à croire que l'option militaire est une réponse à toutes les crises qui se présentent. « Nous assistons à une démission de la politique au profit de la guerre », soutient de Villepin. Cet attrait de la guerre pour les démocraties est assimilé à un acte de faiblesse par l'ex-Premier ministre.
En effet, nous assistons depuis les 4 dernières années à une migration des thèses néoconservatrices sur les bienfaits de la guerre des Etats-Unis vers l'Europe. En clair, après son arrivée à la Maison Blanche, Barack Obama conscient de la décrépitude de l'empire américain a élaboré son concept de « leading by behind ». Une stratégie qui vise à sauvegarder l'hégémonie américaine en associant dans une certaine mesure ces alliés aux prises de décision, comme ce fut notamment le cas au Mali et en Libye. Il n'empêche que Washington n'a jamais mis en place les leviers de gouvernance permettant l'émergence d'une nouvelle puissance.
Ce « reboot » de la stratégie américaine, a eu pour effet une inflation des interventions militaires françaises notamment. En témoigne l'élan guerrier du président français, François Hollande, qui a enchaîné les interventions militaires depuis son arrivée à l'Elysée : Mali, Centrafrique, Irak, Syrie et présence discrète face à Boko Haram. Cette appropriation des thèses néoconservatrices a eu pour effet d'amplifier les zones de conflits.
La facilité offerte par le recours systématique à la guerre a pour conséquence d'occulter les volets politiques, humanitaires et économiques qui sont généralement le moteur des dissidences et de l'apparition de groupuscule terroristes. Boko Haram est un cas d'école en la matière, qui est passé d'un mouvement politico-religieux qui se positionnait comme défenseur des musulmans nigérians à l'organisation militaire que l'on connaît suite à l'arrestation et l'exécution arbitraire du prédicateur et créateur de la secte, Mohamed Yusuf en 2010. La mort de ce dernier, qui avait l'habitude de négocier avec le gouvernement a entraîné de facto une prise de pouvoir de l'aile dure du mouvement qui prône une guerre totale contre les institutions nigérianes.
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Face à ce cercle vicieux, Dominique de Villepin prône une approche se basant sur la connaissance des systèmes et des sociétés des pays en crise. « Il faut mettre l'injustice au cœur des combats et des mobilisations », rappelle de Villepin. Plus que les mouvements et organisations terroristes, ce dernier craint les systèmes prédateurs et corrompus.
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« Il est nécessaire de débusquer les facteurs d'inégalité et d'injustice pour mettre l'emploi et l'éducation au centre de tous les chantiers. Sauf que les grandes puissances s'éloignent de plus en plus de la politique et optent massivement pour la communication, l'économie, le droit et l'armée », dénonce l'ex-patron du Quai d'Orsay. Pour dépasser ce clivage, l'ex-diplomate prône une meilleure représentation des pays en voie de développement au sein de l'ONU. Ce qui implique l'octroi de sièges aux puissances régionales africaines au Conseil de Sécurité.
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