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Dominique de Villepin : « Recourir à la guerre est un acte de faiblesse pour une démocratie »

Photo de Amine Ater

Amine Ater

Publié le 26 novembre 2016 à 09:02 - Mis à jour le 26 novembre 2016 à 10:03

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De passage au Maroc, pour promouvoir son nouveau livre Dominique de Villepin a présenté sa lecture des événements actuels, notamment l’apparition de nouveaux foyers de tensions à travers le monde. Une situation qui serait due au tout militaire que prônent les démocraties occidentales et la négligence des thématiques socio-économiques qui constituent les foyers des mouvements terroristes.

L'ex-Premier ministre et diplomate en chef durant le dernier quinquennat Chirac, Dominique de Villepin était de passage au Maroc pour faire la promotion de son dernier livre : « Mémoire de paix pour temps de guerre ».  Pour de Villepin, le monde connaît actuellement un cercle vicieux de violence qui ne fait que s'approfondir.

«Pour les néoconservateurs déclencher une guerre en Irak constituait un cercle vertueux de paix au Moyen Orient. Ce cercle qui débutait à Bagdad devait selon eux se terminer à Jérusalem. Ce rêve repose sur les supposés bienfaits de la guerre, sauf que la chute de Saddam a donné lieu à la déconstruction de l'Etat irakien et ce cercle devenu vicieux a fini par essaimer en Libye et au Sahel», précise Dominique de Villepin.

Pour l'ex-diplomate le constat est clair, les démocraties occidentales ont depuis le début des années 2000 tendance à croire que l'option militaire est une réponse à toutes les crises qui se présentent. « Nous assistons à une démission de la politique au profit de la guerre », soutient de Villepin. Cet attrait de la guerre pour les démocraties est assimilé à un acte de faiblesse par l'ex-Premier ministre.

En effet, nous assistons depuis les 4 dernières années à une migration des thèses néoconservatrices sur les bienfaits de la guerre des Etats-Unis vers l'Europe. En clair, après son arrivée à la Maison Blanche, Barack Obama conscient de la décrépitude de l'empire américain a élaboré son concept de « leading by behind ». Une stratégie qui vise à sauvegarder l'hégémonie américaine en associant dans une certaine mesure ces alliés aux prises de décision, comme ce fut notamment le cas au Mali et en Libye. Il n'empêche que Washington n'a jamais mis en place les leviers de gouvernance permettant l'émergence d'une nouvelle puissance.

Ce « reboot » de la stratégie américaine, a eu pour effet une inflation des interventions militaires françaises notamment. En témoigne l'élan guerrier du président français, François Hollande, qui a enchaîné les interventions militaires depuis son arrivée à l'Elysée : Mali, Centrafrique, Irak, Syrie et présence discrète face à Boko Haram. Cette appropriation des thèses néoconservatrices a eu pour effet d'amplifier les zones de conflits.

« Recourir à la guerre est un acte de faiblesse pour une démocratie. La guerre contre le terrorisme ne peut déboucher que sur plus de terrorisme. Une lecture 100% militaire de cette problématique renforce la présence du terrorisme, aimante ses recrues et lui permet d'exister », explique l'ex-Premier ministre français.

Guerres sans issue

La facilité offerte par le recours systématique à la guerre a pour conséquence d'occulter les volets politiques, humanitaires et économiques qui sont généralement le moteur des dissidences et de l'apparition de groupuscule terroristes. Boko Haram est un cas d'école en la matière, qui est passé d'un mouvement politico-religieux qui se positionnait comme défenseur des musulmans nigérians à l'organisation militaire que l'on connaît suite à l'arrestation et l'exécution arbitraire du prédicateur et créateur de la secte, Mohamed Yusuf en 2010. La mort de ce dernier, qui avait l'habitude de négocier avec le gouvernement a entraîné de facto une prise de pouvoir de l'aile dure du mouvement qui prône une guerre totale contre les institutions nigérianes.

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« L'usage de la force doit être circoncis de manière à appliquer un objectif concret, avec une sortie de crise viable. Ce que l'expérience irakienne nous a appris c'est qu'il n'y a pas de limite au chaos et à la violence », insiste de Villepin.

Face à ce cercle vicieux, Dominique de Villepin prône une approche se basant sur la connaissance des systèmes et des sociétés des pays en crise. « Il faut mettre l'injustice au cœur des combats et des mobilisations », rappelle de Villepin. Plus que les mouvements et organisations terroristes, ce dernier craint les systèmes prédateurs et corrompus.

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« Il est nécessaire de débusquer les facteurs d'inégalité et d'injustice pour mettre l'emploi et l'éducation au centre de tous les chantiers. Sauf que les grandes puissances s'éloignent de plus en plus de la politique et optent massivement pour la communication, l'économie, le droit et l'armée », dénonce l'ex-patron du Quai d'Orsay. Pour dépasser ce clivage, l'ex-diplomate prône une meilleure représentation des pays en voie de développement au sein de l'ONU. Ce qui implique l'octroi de sièges aux puissances régionales africaines au Conseil de Sécurité.

« L'Afrique à un avenir certain encore faut-il que le continent soit capable de surmonter ses dérives et divisions. Pour y arriver, il faut arriver des concertations privilégiées qui passent par la création d'un rapprochement entre l'Europe, le Maghreb et l'Afrique subsaharienne. De manière à résorber le manque en infrastructure que connait le continent qui est tout sauf normal. L'idéal serait de dupliquer le projet de chinois de nouvelle route de la soie au niveau africain », soutient Dominique de Villepin.

Amine Ater

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