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Politique - La Tribune AfriqueLeadership - La Tribune Afrique

Emmanuel Macron : « La France et le Maroc ont une politique africaine commune »

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 15 juin 2017 à 09:18 - Mis à jour le 15 juin 2017 à 09:22

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En visite de deux jours au Maroc pour son premier déplacement officiel au Maghreb, le président français s’est entretenu avec le roi Mohammed VI. Les deux chefs d'Etat ont évoqué plusieurs sujets d’intérêts communs. Emmanuel Macron a réitéré le partenariat stratégique qui lie la France et le Royaume, un partenariat appelé à se renforcer davantage dans tous les domaines. Les deux chefs d’Etats qui ont passé en revue leurs relations bilatérales ainsi que la situation qui prévaut sur le continent et la...

« La France et le Maroc ont ensemble aujourd'hui une politique commune à conduire en Afrique », a déclaré Emmanuel Macron lors de la conférence de presse qu'il a tenu dans la soirée du mercredi 14 juin à Rabat. Le président français s'exprimait quelques heures après son arrivée dans la capitale du Maroc où il a été reçu en grande pompe et avec tous les honneurs par le roi Mohammed VI avec qui il s'est entretenu à plusieurs reprises. Le chef d'Etat français a souligné qu'ils ont convenu avec le souverain chérifien de renforcer leurs actions communes en matière de politique africaine où les deux pays ont des intérêts communs notamment en matière de développement.

Ainsi, dans le cadre de la dynamique de partenariat qu'il entend imprimer à l'action de la France en Afrique, Macron a invité le Maroc à y participer surtout au regard de la teneur de ses relations avec les pays du continent. « Notre stratégie consiste à développer avec les entrepreneurs privés, les artistes, le monde éducatif et culturel, une libération des sociétés, et à repenser une relation équilibrée s'appuyant sur les sociétés civiles ». Pour le président français, ces enjeux seront au cœur du partenariat qu'il souhaite conduire en Afrique, « à côté des opérations de sécurisation qui sont parfois nécessaires » en référence aux opérations que la France mène au Sahel et en Libye.

« Le Maroc a une diplomatie très active en Afrique, et la France a une histoire et des liens très forts avec le continent africain. Il nous faut conjuguer ces politiques africaines, et je pense que c'est une chance réciproque ». Emmanuel Macron

Emmanuel Macron qui a tenu à saluer le retour du Maroc au sein de l'Union africaine (UA) et bientôt de la CEDEAO s'est également réjoui du rôle que joue le Royaume dans le cadre de la stabilisation de la situation sécuritaire dans la sous-région à travers notamment sa contribution aux opérations de lutte contre le terrorisme, ses actions en faveur du développement ainsi que la recherche de solutions aux crises de toute nature auxquels sont confrontés plusieurs pays du continent.

Le président français a également souhaité voir le Maroc participer « au travail que conduit la France en Afrique » notamment dans le cadre de la redynamisation de la Francophonie à travers « une politique culturelle, éducative et linguistique revisitée et à nouveau présente» mais aussi en faveur de soutien au développement notamment sur le plan économique et même si, a reconnu Macron, « nos entreprises seront amenées à être en compétition,  il faut que nos stratégies soient cohérentes ».

Le Maroc, un partenaire stratégique pour la France

« Le Maroc est un pays ami et un partenaire stratégique pour la France » a auparavant mis en exergue Emmanuel Macron, pour qui le caractère « privilégié de cette visite d'amitié et de travail », témoigne de la profondeur des relations maroco-françaises, lesquelles sont « fondées sur une volonté de poursuivre nos intérêts communs, non seulement au Maroc mais plus largement en Afrique ».

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Le président français a souligné par la même occasion que cette visite a permis, à lui et à Mohammed VI, de couvrir un maximum de sujets d'intérêts communs sur les relations bilatérales entre les deux pays et les dossiers régionaux. Des échanges qui ont permis aux deux chefs d'Etats de faire ressortir « une volonté commune » et des « intérêts conjoints » tant sur le plan bilatéral que multilatéral.

Emmanuel Macron a affirmé avoir évoqué avec le roi, l'engagement de la France à accompagner le Maroc dans le cadre de sa stratégie d'émergence économique et de développement industriel ainsi qu'à la mise en œuvre de réformes politiques et institutionnelles engagées depuis 2011 avec l'adoption d'une nouvelle constitution. La France entend également soutenir l'effort du pays en matière de matière de développement humain particulièrement la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités sociales.

« Nous avons évoqué avec sa majesté, la volonté de la France d'accompagner autant qu'elle le peut les reformes ambitieuses menées par le roi notamment la modernisation des institutions y compris celles de l'institution royale qui ont été  décidées en 2011, l'émergence économique avec l'insertion du Maroc dans les réseaux et la mondialisation enfin le développement social et territorial avec le programme de lutte contre les inégalités et l'initiative de régionalisation avancée ».

Le partenariat bilatéral sera de ce fait renforcé selon Macron qui a annoncé de nouveaux programmes dans divers domaines en plus des projets industriels engagés par les deux pays.

L'actualité marocaine n'a pas manqué d'ailleurs de s'inviter à la conférence de presse à travers la question d'un journaliste sur la position de la France par rapport à la vague de contestation sociale qui secoue depuis des mois une région du Maroc, le Rif, ainsi que l'arrestation des membres du mouvement « Hirak » qui conduit les manifestations. Emmanuel Macron, prudent mais sans occulter la question, a avoué avoir évoqué ce sujet au début de son entretien avec Mohammed VI. Toutefois, il a prévenu qu'il ne lui appartient pas de « porter un jugement sur un sujet de politique intérieure »

« J'ai senti que le roi considérait qu'il était légitime, normal, qu'il y ait des manifestations, prévues dans le cadre d'un droit constitutionnel, et que son souhait était d'apaiser la situation en répondant aux causes profondes de ces mouvements, en apportant une réponse concrète, notamment en matière de politique publique ».

Pour le président français, les échanges qu'il a eu avec le roi sur les évènements du Rif, ne lui donne pas lieu « de craindre une volonté de répression quelle qu'elle soit, mais plutôt une réponse dans la durée et sur les prémisses de ces  manifestations ». « J'ai plutôt entendu un roi du Maroc préoccupé par cette région qui lui est chère et où il a l'habitude de passer du temps », a rapporté Macron, ce qui a fait dire à la presse marocaine que le président français se faisait « le porte-voix de Mohammed VI ».

Une sortie diplomatique à la crise du Golfe

La crise diplomatique des pays du golfe a été l'un des autres sujets d'actualité internationale sur laquelle ont échangés les deux chefs d'Etats selon Emmanuel Macron. Les deux pays sont en faveur d'une sortie de crise diplomatique, « une vision largement partagée » selon les mots du président français. « Notre vision consiste à privilégier la stabilisation de la région et la lutte contre le terrorisme et toutes les formes de financement du terrorisme » a expliqué le président français qui a également souligné que « depuis le début de cette crise, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec l'intégralité des parties prenantes, avec un double objectif: la stabilisation de la région, avec la volonté de ne pas aller jusqu'au blocus, et une clarification de tous les liens de financement du terrorisme, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent ».

« J'ai pu constater que le roi du Maroc partageait cette préoccupation. Notre volonté, c'est que ces parties se reparlent. Nous n'avons aucun intérêt à ce qu'il y ait une tension entre ces Etats. Nous devons à ce titre réussir à conjuguer nos intérêts. Nous connaissons nos différences, elles ne doivent pas conduire à une escalade ».

Le président français a annoncé qu'il aura de nouveau l'occasion de s'entretenir notamment la semaine prochaine à Paris avec plusieurs des responsables des pays au cœur de la crise.

Le Maroc et la France ont également convenu de maintenir la dynamique de la concrétisation des engagements pris par la communauté internationale dans le cadre de la COP 21 ainsi que de renforcer la coordination de leurs actions en matière de réponse aux grands défis contemporains de l'heure notamment la lutte contre le terrorisme, l'extrémisme religieux ainsi que la recherche de la paix et de la prospérité au niveau mondial.

Il faut noter qu'en marge de cette visite et des entretiens au plus haut niveau entre Emmanuel Macron et Mohammed VI, les deux chefs d'Etat ont partagé ensemble au palais royal de Rabat, l'Iftar traditionnel conformément aux rites en vigueur en ce mois de Ramadan. La princesse Lalla Salma et Brigitte Macron ont de leurs cotés visités au Musée Mohammed VI de Rabat, l'exposition « Face à Picasso », un événement organisé par la Fondation Nationale des Musées (FNM), en collaboration avec le Musée national Picasso-Paris et qui a mis en lumière, une centaine d'œuvres du célèbre artiste issues des collections du Musée national Picasso-Paris.

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Le Maroc a constitué la première destination officielle du nouveau président français au Maghreb, une visite de prise de contact puisque Macron n'était accompagné d'aucun ministre ou hommes d'affaires. La visite et le choix de la destination a toutefois plus qu'une portée symbolique. Traditionnellement, c'est à l'Algérie que les nouveaux locataires de l'Elysée réservent ce privilège en raison notamment du respect d'un certain équilibre diplomatique. Le Maroc et son voisin algérien sont toujours à couteaux tirées sur le plan géopolitique en raison notamment de l'éternel dossier du Sahara, un sujet complexe mais sur lequel la France s'est toujours rangé derrière le Maroc même si la question n'a cette fois pas cristallisé la visite d'un président français dans la sous-région.

Aboubacar Yacouba Barma

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