Laboratoire citoyen, la Caisse alimentaire commune expérimentée à Montpellier depuis dix-huit mois veut proposer un modèle aidant les plus précaires à « ne plus dépendre de la charité ».Alors que la crise sanitaire du Covid avait mis en lumière les enjeux croissants de précarité alimentaire, une expérimentation inédite de Caisse alimentaire commune a été lancée en 2023 sur le territoire de la Métropole de Montpellier, où quelque 93.000 personnes vivraient sous le seuil de pauvreté (voir encadré).
Inspirée du principe de sécurité sociale de l'alimentation, l'initiative émane d'un collectif de 25 associations et d'habitants du territoire, en coopération avec la Ville et la Métropole de Montpellier (dans le cadre du programme national Territoires à VivreS).
« Je mangeais du lait et des biscuits, pas de viande et peu de légumes,Avec la caisse commune, on exclut de faire les magasins, ça permet de payer les factures. Aujourd'hui, je m'autorise à acheter de la viande, je recommence à cuisiner. Elle crée aussi du lien social. Et derrière le plaisir gustatif, il y a la dignité », témoignait en décembre dernier l'une des personnes expérimentant le dispositif à Montpellier.
360 expérimentateurs
Le principe : un budget collectif issu de fonds (publics et privés)* et de contributions citoyennes, géré de manière démocratique par un comité citoyen de l'alimentation (61 habitants). La Caisse alimentaire est ouverte à tous, sans plafond de ressources, chacun cotisant de 1 à 150 euros par mois selon une contribution « libre et guidée » et recevant en retour une allocation de 100 euros en monnaie locale numérique (MonA) à dépenser dans des lieux conventionnés.
Le budget de la Caisse est financé à 52% par les cotisations des participants (52 euros en moyenne par mois) et à 48% par des subventions publiques et privées.
L'expérimentation s'étendra jusqu'en 2029. En décembre dernier, un séminaire rassemblait les parties prenantes pour un point d'étape. Depuis dix-huit mois, 360 personnes (tirées au sort) issues de divers milieux sociaux, dont les membres du comité citoyen, sont entrées dans l'expérimentation : 70% de femmes, la moitié vivant en dessous du seuil de pauvreté, la moitié se déclarant en situation de précarité alimentaire. Une cinquantaine de points de vente ont été conventionnés : 28 producteurs (notamment sur des marchés de plein vent), 9 artisans et 12 magasins.