L'AMF va rationaliser la gamme de fonds disponibles en France

 |   |  754  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters
Dans le cadre de la transposition de la directive Ucits 4, le régulateur ne délivrera plus d'agrément pour les fonds communs d'intervention sur les mrchés à terme (FCIMT).

L'une des critiques régulièrement adressées à l'industrie de la gestion d'actifs française est son grand nombre de types de fonds, estimés à « environ une vingtaine, souvent différenciée par des acronymes compliqués, peu cohérents et non traductibles », relevait une récente étude du cabinet Reinhold & Partners. « En France, tout y est [en termes d'offre de produits, Ndlr], mais personne ne s'y retrouve », déclarait sous couvert d'anonymat un acteur de la place. À titre de comparaison, au Luxembourg, seulement quatre types de produits sont proposés : les fonds de partie i et ii, les SIF (fonds d'investissement spécialisé) et les Sicar (sociétés d'investissement à capital-risque). Dans le cadre de la transposition de la directive Ucits 4, effective le 1er juillet 2011, l'Autorité des marchés financiers (AMF) va rationaliser et « simplifier les différentes catégories d'OPCVM pour offrir de la lisibilité aux investisseurs français et étrangers ». Cela passe, entre autres, par la suppression de certains types de fonds. Et les premiers à en faire les frais seraient les FCIMT (fonds communs d'intervention sur les marchés à terme), comme l'a évoqué le régulateur dans un colloque le 23 septembre. En France, une douzaine de sociétés de gestion sont concernées. L'AMF a entamé des discussions avec l'Afg (Association française de la gestion financière).

Ces produits, qui sont les seuls à ne pas avoir de classification AMF, sont présentés comme les premiers hedge funds à la française. Créés en 1988, ils n'ont jamais réussi à s'imposer. « Ils représentent aujourd'hui moins de 500 millions d'euros d'actifs sous gestion pour vingt produits, contre 60 milliards de dollars au Royaume-Uni dont l'industrie emploie directement 1.200 personnes », indique François Bonnin, président-directeur général de John Locke Investments. En France, cela reste un marché confidentiel réservé aux initiés. La principale raison de cet insuccès s'explique dans le manque de volonté de la part des autorités de régulation et des politiques de développer leur commercialisation, puisqu'il leur est interdit de faire de la publicité ou du démarchage. Par ailleurs, « un assureur ne peut pas en acheter et ils ne sont pas éligibles aux contrats d'assurance-vie en unités de compte, indique Xavier Le Blan, directeur général délégué de Prim' Finance. De même, la réglementation interdit de mettre des futures sur marchandises dans un fonds Ucits [coordonné] ».

Ce qui a également freiné les ardeurs des investisseurs, c'est l'important effet de levier possible sur ces produits, qui ont pour principale contrainte de conserver 40 % au minimum de liquidité. Enfin, si au Royaume-Uni ils sont considérés comme des hedge funds, ce qui explique leur succès, ce n'est pas le cas en France, où ils ont été « oubliés » dans la réglementation sur les fonds alternatifs. Pourtant, la loi de sécurité financière de 2003 reconnaît que ces produits représentent un savoir-faire français en matière de stratégies alternatives.

Stratégies à répliquer

D'un point de vue commercial, l'arrêt de ces produits fait sens. Le régulateur ne devrait donc plus délivrer d'agrément pour ce type de fonds. D'autant qu'il est aujourd'hui possible de répliquer certaines stratégies de FCIMT dans une enveloppe Ucits. Dès lors, quel avenir pour les fonds existants ? « Nous réfléchissons encore », indique François Bonnin qui gère deux FCIMT et qui a, en 2008, transformé un FCIMT en FCP (fonds commun de placement). « Les produits diversifiés en termes de sous-jacent pourront basculer en FCP ou fonds contractuels », indique Xavier Le Blan.

«Clause de grand-père »

Pour ceux qui conserveront leur FCIMT, il y aura une « clause de grand-père ». Certains n'auront pas d'autre choix que de les conserver. C'est le cas des FCIMT investis sur un seul sous-jacent comme l'or. Mais pour Éric Pinon, directeur général délégué d'Acer Finance, « la suppression des FCIMT pose la question de l'investissement direct sur les matières premières en France ». « Les autorités veulent-elles qu'on fasse des matières premières ou pas ? » s'interroge un gérant au moment où l'Irlande et le Luxembourg viennent d'autoriser les fonds matières premières sous le format Ucits, construits à partir d'ETF (« exchange traded fund », fonds indiciel coté) à réplication synthétique. L'une des solutions serait donc d'aller à l'étranger pour en faire. Ce qui est totalement contradictoire avec la volonté de la place de développer la gestion, notamment l'alternatif (lire ci-dessous).

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :