Technicolor : suppression de 102 postes, délocalisation en Inde

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Avec un chiffre d'affaires en hausse de 11 % à taux constant au troisième trimestre 2020, la division Maison Connectée tire les revenus du groupe.
Avec un chiffre d'affaires en hausse de 11 % à taux constant au troisième trimestre 2020, la division Maison Connectée tire les revenus du groupe. (Crédits : Technicolor)
L’intersyndicale et les élus du CSE du groupe d’électronique à Rennes ont annoncé, mercredi après-midi, l’adoption par la direction de son plan de licenciement prévoyant la suppression de 102 postes. Ils ont signé un accord préservant des mesures d’accompagnement et travailleront avec les collectivités au reclassement des personnes licenciées sur le bassin rennais. Technicolor affirme vouloir spécialiser le site en un pôle d’expertise R&D pour le marché Eurasie.

Le projet du groupe technologique Technicolor de transformer sur trois ans les activités R&D de sa division Maison Connectée courait depuis 2018. La crise du Covid-19 qui se traduit par une tendance à la relocalisation et la mobilisation des salariés n'ont pas détourné la direction de son objectif.

L'intersyndicale et les élus du CSE du site de Cesson-Sévigné, près de Rennes, ont confirmé mercredi dans un communiqué l'adoption du plan de licenciement qui prévoit la suppression de 102 postes (5 sont vacants) sur 285 soit près de 40 % des effectifs. Sont sacrifiés les métiers de développeur et intégrateur logiciel ainsi que des fonctions transverses liées à la finance et aux ventes produits. Spécialistes de la maison connectée, les équipes rennaises développent des passerelles d'accès à internet pour les opérateurs de téléphonie et d'internet ainsi que des décodeurs numériques.

« La délocalisation en Inde de la R&D de Technicolor aura bien lieu », fustigent les trois organisations syndicales (SUD, CFE-CGC et CFDT) qui « n'ont eu d'autre solution que de signer l'accord majoritaire élaboré par la direction pour l'exécution du plan de licenciements. Cependant, notre signature ne vaut pas adhésion à cette stratégie de délocalisation et réduction d'effectifs ! ».

Cet accord vise à sécuriser à minima des mesures d'accompagnement pour les futurs salariés licenciés telles qu'un congé de reclassement de quinze mois et des indemnités de licenciement calquées sur celui des cadres pour les non-cadres.

Jointe par La Tribune, la direction de Technicolor a fait savoir par son agence de communication Image7 qu'elle se félicitait « de la qualité du dialogue social qui a permis d'aboutir à la signature d'un accord signé avec toutes les organisations syndicales dans l'intérêt des salariés et de l'entreprise ». Une période de volontariat doit s'ouvrir dans les prochaines semaines pour des départs anticipés qui s'étaleront entre décembre 2020 et début 2021. Les licenciements seront effectifs au 1er février.

La porte-parole du groupe ajoute que « son objectif est que 100 % des salariés concernés puisse retrouver une solution professionnelle, qui tienne compte des spécificités et des objectifs de chacun. »

Pas de fermeture du pôle d'expertise pour le marché Eurasie

Technicolor, dont bpifrance détient 7,6 % du capital depuis mars dernier dans le cadre d'un projet de restructuration financière, justifie le maintien de cette décision par le fait que « le marché de la conception et de la fourniture de décodeurs numériques subit des transformations profondes ». Il cite notamment « l'apparition de nouveaux usages de consommation de la vidéo avec le streaming et la VOD qui se substituent à l'usage des décodeurs traditionnels » ainsi qu'une « intensification de la concurrence asiatique ». Celle-ci se traduit par une chute de 25 % du marché (en valeur) de la conception et de la fourniture des décodeurs numériques entre 2017 et 2020.

« La division R&D du site de Rennes, spécialisée sur ce type de décodeurs traditionnels, voit depuis plusieurs années le volume de ses activités baisser et sa compétitivité diminuer » ajoute Technicolor, dont les revenus sont en partie tirés par la division Maison Connectée (+ 11 % à taux constant au troisième trimestre 2020).

Le plan de transformation viserait donc à intensifier le développement de produits en lien avec le Broadband (modem haut-débit) et la fibre. Le site de Rennes sera notamment recentré sur le développement hardware (box), l'architecture logicielle et les fonctions supports.

Technicolor, qui le 5 novembre revendiquait sa « résilience face à la crise du Covid-19 » lors de la présentation de ses résultats du troisième trimestre (un chiffre d'affaires de 798 millions d'euros, un résultat net de 144 millions d'euros), l'affirme : il n'est « pas prévu que le site de Rennes ferme ». « Le site reste et restera le centre d'expertise européen générateur de travail à forte valeur ajoutée pour les clients de Technicolor. Le projet prévoit de capitaliser sur le savoir-faire de ses talents et de poursuivre sa spécialisation en un pôle d'expertise R&D pour le marché Eurasie » assure sa porte-parole.

Projet risqué et non tourné vers l'innovation ?

De son côté l'intersyndicale relève « l'absence manifeste de projet industriel » et conteste une vision très financière des choses« Celle-ci est liée à une baisse de la marge de la TV connectée et qui débouche sur un projet très risqué, et pas forcément tourné vers l'innovation », analyse Nicolas Grelier son porte-parole. « Le coût du PSE et le surcoût engendré par la délocalisation vont être supérieurs aux gains espérés. Ils risquent de ne pas être amortis sur 18 mois mais plutôt sur quatre ou cinq ans », précise-t-il.

Les syndicats et élus du CSE de Rennes se disent même convaincus que ce plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) « met en péril l'avenir du site et plus largement celui de la division Maison Connectée. »

Dans leur communiqué, ils déplorent aussi l'attitude de la direction de Technicolor, qui « n'a jamais voulu ni diminuer significativement le nombre de licenciements, ni modifier un plan clairement construit pour protéger certains en licenciant d'autres». « Ces pertes (savoir-faire, clients, compétitivité, confiance, innovation) ne pourront pas être compensées par la délocalisation massive des activités rennaises vers l'Inde », est-il indiqué.

Aide au reclassement sur le bassin rennais

A moins d'un départ vers Bangalore où Technicolor envisage de renforcer ses équipes de développement logiciel de 40 personnes, l'espoir est mince pour les salariés rennais d'obtenir un reclassement interne. « Technicolor n'ouvre aucun poste de développeur en France » confirme Nicolas Grelier qui ajoute : « Avec l'aide des élus locaux et régionaux qui nous ont soutenu depuis juillet dans notre lutte contre ce plan, notre objectif est de mettre en place une structure d'aide pour faciliter les mises en contact sur le bassin rennais. » En 2019, l'écosystème technologique et numérique de la capitale bretonne comptait 38.000 emplois. Acteur phare du territoire, Technicolor avait installé en 2012 (avec le soutien des collectivités) son campus R&D à Cesson-Sévigné.

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Commentaires
a écrit le 21/11/2020 à 17:24 :
Une autre boite IBM France qui vient d'annoncer jeudi aux syndicats entre 1200 et 1350 postes supprimés soit entre 24 et 28% des salariés actifs pour 2021.
a écrit le 21/11/2020 à 8:53 :
cet article valide mon commentaire sur Bruno lemaire et les relocalisations. Technicolor comme beaucoup va faire payer son site R&D par le crédit d impôts recherche soit 30% des coûts et les développements clients seront en Inde. un indicateur de recouvrement par le CIR est en place. Orange donc encore l Etat est le principal client. Ses concurrents ont déjà delocalises avec l accord de l état ... alors que l Etat entre dans la stratégie des groupes français, mette de réelle contraintes à ceux qui produiront en low cost et ce sera efficace. finir avec des subventions sans contraintes. 16 milliards en CIR pour les grands groupes pour fermer la production en France. que les commissions parlementaires sur les marchés publics fassent leur travail et contrôlent comme aux USA et Canada. nous avons les outils comme l Allemagne mais le politique ferme les yeux et arrose avec de l argent public.

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