Le casse-tête corse de la transmission d'entreprises

AJACCIO. L'Agence de développement économique de la Corse (Adec) favorise la transmission à travers le programme Impresa Sì ("Oui à l'entreprise") dans une île où transmettre est difficile.
Étal d'un marchand de fromages corses sur le marché d'Ajaccio (photo prise le 6 février 2018).
Étal d'un marchand de fromages corses sur le marché d'Ajaccio (photo prise le 6 février 2018). (Crédits : Reuters)

Dans une île vieillissante, connaissant la plus forte densité artisanale de France où 96% des entreprises ont moins de 10 salariés, transmettre le projet d'une vie est un parcours semé d'embûches. En 2018, une étude de l'Insee estimait que 2.500 entreprises insulaires étaient vouées à être transmises en dix ans. Conformément au tissu économique corse, 62% des autoentreprises qui peuvent potentiellement être transmises sont concentrées dans le secteur de la construction, le commerce et l'hébergement restauration.

Le plan "Corse transmission" entend accroître l'aide publique

Le plan Corse transmission, initié cinq ans plus tôt par le conseil exécutif de Corse, posait un diagnostic similaire et entendait accroître l'aide publique : un chef d'entreprise de plus de 55 ans sur trois allait transmettre, dans la moitié des cas, à sa famille.

L'Agence de développement économique de la Corse (Adec), à travers le programme qu'elle a lancé il y a trois ans, Impresa Sì (oui à l'entreprise), favorise la transmission. Celle-ci fait l'objet d'une aide « conditionnée à l'intervention d'au moins un outil financier et d'un partenaire bancaire dans le financement du projet », détaillent les services de l'Adec.

« Son bénéficiaire s'engage à maintenir et à ne pas céder de nouveau l'activité pendant cinq ans minimum à partir de la date d'octroi de l'aide.»

Le numérique pour favoriser la rencontre entre cédant et repreneur

Dans un contexte économique difficile, les causes de la difficulté à transmettre sont clairement identifiées. « Dégradation de l'outil de production, survalorisation de l'entreprise, difficulté à mobiliser les financements sont autant de freins. Mais c'est surtout le manque d'anticipation et la préparation du cédant qui font qu'il n'est pas armé à affronter ce processus long et complexe », développe un agent territorial. Sans compter le déficit de candidats à la reprise. Ce facteur est souvent aggravé par la taille ou le type de l'activité.'

« Quand on est une entreprise avec de la notoriété, il est plus aisé de transmettre, mais cela se complique pour l'artisan car il faut qu'il rencontre la bonne personne. Il faut se mettre à sa place : qui peut prendre la suite du petit marbrier qui n'a pas d'enfant ? », pose Frédéric Galiani, expert-comptable à Ajaccio.

À l'ère numérique, il s'agit donc de démultiplier les moyens de communication afin de « favoriser le plus possible la rencontre d'un cédant et d'un repreneur », assure-t-il, même si le « réseau naturel du bouche-à-oreille » est toujours de mise.

Dans ces longs processus, les chambres de commerce et de métiers mettent en placent des dispositifs, mais le rôle de l'avocat est souvent précieux. « En plus du conseil, l'avocat rédige l'acte juridique, le contrat, mais contrôle aussi le bilan, évalue le prix et s'occupe des formalités de publication, c'est une grande responsabilité », résume maître Dominique Remiti, avocat au barreau d'Ajaccio. « Une transmission réussie est une transmission accompagnée », tranche Frédéric Galiani.

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