Comment l'usine normande d'Acome a dépanné l'automobile chinoise

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« Les faisceaux électriques sont considérés comme des éléments critiques parce ce qu'ils sont parmi les premiers composants à être installés sur les véhicules », rappelle Jacques de Heere, PDG d'Acome.
« Les faisceaux électriques sont considérés comme des éléments critiques parce ce qu'ils sont parmi les premiers composants à être installés sur les véhicules », rappelle Jacques de Heere, PDG d'Acome. (Crédits : DR)
Pour pallier la fermeture de ses deux usines de Wuhan, le groupe coopératif Acome a acheminé des dizaines de milliers de kilomètres de câbles de puissance depuis les vertes prairies du bocage normand vers les mégalopoles industrielles de l'empire du milieu. Objectif : éviter la panne aux constructeurs automobiles de Pékin et de Shangaï.

Si la Chine prouve avec éclat qu'elle est bien l'usine de monde au travers de cette crise, il arrive aussi (plus rarement convenons-en) que la dépendance joue dans l'autre sens... ce qui a quelque chose de revigorant. En témoigne l'histoire vécue par l'industriel normand Acome, ces dernières semaines. Pour la comprendre, il convient de planter le décor. Acteur majeur dans la fabrication de fibre optique pour les télécoms, la plus importante des coopératives françaises joue aussi dans la cour des grands sur le marché mondial du câblage de véhicules (45 % de son chiffre d'affaires). Rien d'étonnant donc à ce qu'elle soit implantée à Wuhan, équivalent chinois du Detroit américain, dont la plupart des Occidentaux n'avaient jamais entendu parler jusqu'à ce qu'elle devienne l'épicentre d'une pandémie mondiale. L'entreprise y fabrique notamment, pour le marché domestique, des câbles de puissance de nouvelle génération destinés aux véhicules décarbonés, voraces en faisceaux électriques.

Un confinement à géographie variable

L'histoire débute le 23 janvier, au plus fort de la période des congés du nouvel an chinois. « Nos deux usines ont fermé comme d'habitude pendant cette période. A cette époque, tout allait bien ou presque sauf qu'elles n'ont pas pu ré-ouvrir les 70 jours suivants à l'exception d'un tout petit département (lire encadré ci-dessous) », raconte encore surpris Frédéric Briand, directeur de la filiale chinoise d'Acome. L'intéressé est l'un des très rares Français à être restés dans l'œil du cyclone. Médusé, il assiste à la mise à l'arrêt complet d'une métropole de 11 millions d'habitants et de sa région. Le contraste est frappant avec le reste du pays où le pouvoir chinois autorise la reprise progressive de la production industrielle. Pendant que la province du Hubeï se claquemure, les constructeurs automobiles allemands et asiatiques réactivent leurs chaînes de production, Frédéric Briand dixit : « Les constructeurs et équipementiers situés hors de la province du Hubeï ont recommencé à nous demander de les approvisionner dès la mi-février »

Un « pont aérien » ouest-est

Difficile de ne pas répondre positivement à des clients qui représentent près du quart du chiffre d'affaires automobile du groupe. « Les faisceaux électriques sont considérés comme des éléments critiques parce ce qu'ils sont parmi les premiers composants à être installés sur les véhicules », rappelle Jacques de Heere, PDG d'Acome. Autrement dit, un seul câble manque et ce sont des lignes d'assemblage entières qui s'arrêtent à peine lancées. Pour pallier ce risque (et d'éventuelles infidélités de ses acheteurs), Acome a déployé un dispositif exceptionnel depuis son site historique de Mortain dans la Manche. Près de 40.000 kilomètres de câbles de puissance ont été acheminées par avion depuis la Normandie jusqu'aux aéroports de Pékin et de Shangaï, détaille Jacques de Heer. « Nous avons réalisé dix expéditions assez coûteuses mais dont nos clients nous ont été reconnaissants », assure-t-il. Une leçon de mondialisation inversée en somme.

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Encadré

Secours d'urgence

Acome n'a pas complètement stoppé son activité pendant le black out de Wuhan. A la demande express du groupe GMC, un constructeur d'ambulances, l'une de ses deux usines a été autorisée, après de multiples démarches, à remettre en route une petite ligne de production pour laquelle 20 salariés sur 200 se sont portés volontaires. Dans l'incapacité de rejoindre leur domicile faute de laissez-passer, ils ont dormi sur place pendant seize nuits sous des tentes installées, vaille que vaille, dans les salles de réunion. « Pour répondre à l'urgence, ils ont montré une solidarité tout bonnement incroyable en faisant tourner les machines douze heures par jours sans se plaindre une minute », raconte Frédéric Briand. Lequel vient d'accepter de prolonger de deux ans son séjour en Chine. Comme un gage de respect du manager à ses collaborateurs.

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a écrit le 05/04/2020 à 12:43 :
Contrairement à la légende, toute la chine n'a pas été confinée et s'en sort plutôt meiux que les pays qui ont tout bloqué.

Il y toujours eu un minimum d'industrie qui a fonctionné et qui est en train de retrouver tant que faire se peut, ses capacités de production.

La suite est facile à deviner. Dans quelques semaines, l'Europe sortira dévasté du fait du confinement integral et intégriste, et devra tout importer à grand frais de Chine.

Puisque les quelques industries locales seront morte, la part des importations (et le déficit commercial qui va avec) sera encore plus élevée qu' avant la crise.

Huawei sera leader sur les marchés alors qu'Aple en sera encore à chercher les clef des magasins pour rouvrir.
Réponse de le 05/04/2020 à 15:04 :
Tout en finesse votre analyse binaire...

On va bien rigoler lorsque les Occidentaux vont commencer à sérieusement rapatrier des usines et les citoyens Européens à consommer encore d'avantage local.
Ce hiatus dû à la pandémie ne va faire qu'accélérer la tendance de fond qui est que les Européens veulent plus de circuits cours et de production locale dans une économie circulaire. En attendant la Chine souffre toujours car son économie du type mercantile est largement tournée vers l'exportation. Donc sans reprise aux EU et en Europe ils sont tout autant handicapés.
Réponse de le 05/04/2020 à 15:27 :
je sens votre défaitisme et peu être rétablissons un peu de verité .c est vrai que certains secteurs en France sont a l arrêt mais reprenons les chiffres .comme nos chinois l ensemble des ouvriers employés du secteur privé ne sont pas tous a l arrêt 1/4 de ceux ci le sont les autres travaillent comme en chine allez pour faire dans votre vision j irais jusqu a la moitié .quand a la balance commercial si on est a l arret on importe pas cqfd .quand au visible je parle entreprise que ce soit restaurant et le reste a part les chinois qui ne viendront plus le reste repartira .restons un peu optimiste !
bonne journée
Réponse de le 05/04/2020 à 16:24 :
Réponse @Alex
Et vous croyez qu'après cette pandémie on va se remettre à fabriquer des masques en grand volume avec les couts de la main d’œuvre en France ?
Vous êtes volontaire ?
On en stockera plus, c'est tout
a écrit le 05/04/2020 à 10:16 :
"a dépanné l'automobile chinoise" il ne faut pas le dire, ça leur fait 'perdre la face' mais s'ils nous aident ils vont en faire de la publicité (en janvier on leur a envoyé du matériel, des masques etc, mais chuuut).
Quand on regarde les dernières informations, il semble y avoir une usine sur la planète qui fabrique les gants, une les préservatifs, une autre les masques. Au moindre grain de sable (voire confinement des employés), c'est la catastrophe.
Les appareils sont des puzzles de pièces, elles viennent souvent de divers horizons, mais si une seule manque ça empêche d'aboutir, vendre le produit.
Réponse de le 05/04/2020 à 12:17 :
Ce qui est hallucinant, ce n'est pas cela, mais l'incapacité de nos état à convertir temporairement des usines. La plupart des machines outils sont tout de même assez standard. Même si ce n'est pas rentable car on utilise une partie d'une usine pour livrer une partie d'une autre lorsque l'on est en "guerre" on le fait.
Mais ca le "Monsieur" qui a préféré parler de guerre sans agir ne le comprends pas, pour lui une usine c'est des euros point barre.

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