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Publié le 10 septembre 2017 à 06:55

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Le futur CHU nantais se veut « une pépite à connecter au citoyen ». Alors que les tractopelles commencent leur ballet sur l'île de Nantes, depuis deux ans le centre hospitalier mène une mue digitale qui va radicalement transformer la vie quotidienne des praticiens et le parcours de soins des patients.

Plus que le « simple » transfert d'un CHU, c'est une « petite » révolution médicale qui naît sur l'île de Nantes, où émergera en 2026 l'hôpital du futur. Un établissement voulu « intelligent, connecté, ouvert sur la ville et le citoyen », où l'hôpital ne devra être « qu'un simple épisode dans le parcours de soins ». L'ambition, les enjeux et les problématiques sont posés. Et avec eux un chantier colossal.

« A la terrible complexité où le danger est immédiat nous rappellent sans cesse les professionnels de santé. Cette transformation est une somme de projets qui vont dans la même direction : aboutir à un hôpital informatisé », explique Thomas Lechevallier, responsable du Département Applications et Projets, rompu aux situations complexes pour avoir déployé des ERP, des systèmes de gestion centralisés, au moment de l'industrialisation du secteur automobile, puis dans la santé à Besançon et à Reims où il a piloté des opérations proches de celle engagée à Nantes.

Ici, c'est lui qui dirige l'opération ULYSSE ; à savoir la mise en œuvre du dossier patient informatisé, autrement dit le « zéro papier ».

La brique de base : le dossier patient

« Le dossier Patient, informatisé, unique et sécurisé, c'est la brique de base du projet numérique du CHU du futur », rappelle Laetitia Micaelli-Flender, directrice du Pôle investissement, logistique et en charge du « Projet île de Nantes », lancé en 2015.

À l'horizon 2026, les activités de médecine, chirurgie, obstétrique, le Samu/Smur des sites de l'hôtel Dieu actuellement en centre-ville, l'hôpital Nord Laennec, le centre René Gauducheau de l'institut de cancérologie de l'Ouest, l'institut de recherche en santé, un hôtel hospitalier d'une centaine de chambres seront réunis sur un seul et même site. Un terrain de dix hectares, en partie libéré par le départ du MIN, où les tractopelles ont commencé leur danse.

Dans ce qui deviendra le nouveau quartier de la santé nantais, l'hôpital sera le cœur d'un réseau connecté, associant professionnels de santé, chercheurs, étudiants, enseignants, praticiens libéraux, entrepreneur du secteur médical...« l'impact des innovations digitales sera majeur », promettent les promoteurs du projet.  L'hôpital se réinvente autour d'une médecine préventive, prédictive, personnalisée, participative. La démarche a déjà fait émerger 57 groupes de travail auxquels ont participé plus de 850 personnes.

Toute l'organisation des soins va être bouleversée. Il ne s'agira plus d'un fonctionnement standardisé centré sur le soin, mais de développer des traitements personnalisés et intégrés dans une démarche préventive. Autrement dit, on va modifier radicalement la prise en charge et le parcours patient.

Pas qu'un centre de coûts...

Dans ce nouvel hôpital, qui comprendra 1384 lits et places, les séjours en ambulatoires compteront pour 64% contre 55% aujourd'hui. Un des objectifs étant de soigner au maximum le patient à son domicile, où grâce aux objets connectés et à la mise en œuvre d'un dossier patient sécurisé, accessible par les différents professionnels de santé,  il pourra être suivi et soigné à distance. Pour sécuriser l'ensemble des données, le CHU s'est doté de deux datacenters, aux sauvegardes redondantes, situés au Nord et au Sud du département.

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« On travaille en aval et en amont de l'hôpital pour réduire la durée des séjours, qui atteignent aujourd'hui six jours. Le défi de la mise en commun des informations pour la prise en charge, avec la création d'un portail patient, dépasse le simple projet du futur hôpital », admet Laetitia Micaelli-Flender.

Le CHU de Nantes vient d'ailleurs de lancer un AMI (Appel à Manifestation d'Intérêt) sur l'hôpital du futur (expérience patient, hôpital intelligent, déploiement de datas, management de l'innovation, réseaux...) avec l'AP-HP (Assistance Publique -Hôpitaux de Paris) les centres hospitaliers Lariboisière du Grand Paris Nord, pour identifier les innovations susceptibles d'être déployées sur leur site. Les résultats devraient être connus mi-novembre.

« Cet AMI nous permettra de voir quelles sont les vraies innovations de rupture, celle qui peuvent s'engager dans une démarche pérenne. En ce qui nous concerne, nous avons fait en sorte que le bâti ne soit pas un frein aux innovations ».

Pour l'heure, seule une option aurait été prise pour le déploiement de la fibre optique dans l'établissement.

« Il aussi s'agit de monter aux entreprises, aux grands groupes et aux startups que des projets numériques existes dans le secteur de la santé. Et pour la société, que l'hôpital, dont l'investissement s'élève à 953 millions d'euros, n'est pas un simple centre de coûts. On estime qu'un euro investi dans la santé génère deux euros de retombées économiques. C'est plus que rentable en termes de valeur ajoutée », ajoute la responsable du projet « Ile de Nantes ».

L'acculturation du personnel a commencé

Dans cet établissement « de 3.000 lits où tous les soirs dort une ville malade et où 4.000 enfants naissent chaque année », la dématérialisation va directement toucher 8.000 des 12.000 employés du centre hospitalier. Depuis deux ans, l'on a méthodiquement commencé à former et à acculturer le personnel. Car, bien évidemment, l'hôpital du futur va générer de nouveaux postes, des évolutions de fonction et soulève certaines inquiétudes. Pour rassurer, en 2014, un showroom de 300 m² a été spécifiquement aménagé dans les locaux du CHU pour dispenser des formations dans des conditions proches de la réalité ; comme si l'on était dans une unité de soins, aux urgences, en salle de réanimation, au secrétariat ou au domicile du patient où sont déployés des objets connectés.  Trois mille personnes y sont déjà passées pour deux à trois jours formation.

Suffisant ?

« Non, il en faudrait beaucoup plus, admet Thomas Lechevallier, mais compte tenu des budgets non extensibles, du peu d'attirance pour les cours magistraux et du faible taux de mémorisation dans ces pratiques, on a plutôt choisi de muscler un accompagnement de deux à trois semaines le jour J, quand on se retrouve face aux réalités », justifie Thomas Lechevallier.

Parallèlement, le personnel dispose d'une plateforme de e-learning, de conférences en amphi, de kiosques d'information in situ...

« La masse de personnes à former est énorme et les connaissances du numérique sont très variables alors on multiplie les techniques d'apprentissage. Pour certaines aides soignantes, il faut leur apprendre à bouger une souris », observe-t-il.

Choisis, en interne, pour leur connaissance des métiers la santé, les formateurs ne sont pas forcément des stratèges.

« Or, on sait que dans ces populations, il y a 10% à 15 % de réfractaires, et 5% à 10% de gens « moteur », on essaie donc d'encourager les leaders pour provoquer un effet d'entrainement et provoquer une bascule de 50% à 60%. La conduite du changement commence par là. Notre capacité à trouver des relais et à tenir la barre dans la tempête, c'est l'un des grands enjeux de la réussite du projet. Et aujourd'hui, on est en plein dedans », analyse Thomas Lechevallier.

Le plus dur est fait

« De toute façon, on ne peut plus revenir en arrière. On a fait le plus dur. Il faut maintenant aller plus loin et sans doute plus et mieux communiquer en interne. Expliquer à un médecin qu'il va certes passer 20 minutes en consultation au lieu de quinze, mais qu'il va permettre à toute la chaine médicale de gagner un temps fou n'est pas toujours simple... »

D'ores et déjà, sur les trois mille lits de l'Hôtel Dieu, deux tiers bénéficient de prescriptions informatisées et la moitié d'entre-deux dispose d'un dossier patient informatisé.

« Là-dessus, Un tiers l'utilise bien, un autre tiers souffre en raison de la complexité de leur spécialité. Le dernier tiers se situe entre les deux, souvent en raison d'une organisation qui n'a pas évolué. Mais maintenant, la transition est faite, ça ne pourra que s'améliorer », se satisfait-il.

Les secteurs de la Femme, de l'enfant et de l'ado doivent être informatisé dès cet automne. Suivra en 2018, le département « Chirurgie » où le couple chirurgien/anesthésiste et la multiplicité d'intervenant complexifient l'opération.  Quoi qu'il en soit, les systèmes d'informations du futur CHU devront être totalement opérationnels deux ans avant la mise en service officiel de ce nouvel établissement de santé.

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