Drones : les dessous de la stratégie de la France pour être à l'état de l'art

Les drones, une capacité cruciale pour les armées
ministère de la Défense suédois

Les drones, une capacité cruciale pour les armées
ministère de la Défense suédois
Enfin… Le Délégué général pour l’armement (DGA) a enfin tordu l’idée reçue selon laquelle les armées françaises devaient acquérir le plus vite possible des drones en masse pour être plus performantes dans les conflits de ce nouveau monde. « Commander immédiatement des millions de drones serait un nonsens car ils seraient rapidement obsolètes », a récemment asséné Patrick Pailloux. Une évidence : non seulement la France n’est pas en guerre contrairement à l’Ukraine, qui consomme aujourd’hui des millions de drones par an pour se défendre contre la Russie, mais les technologies des drones ukrainiens, notamment les logiciels dopés à l’IA, sont très rapidement contrecarrées par les Russes (brouillage, interception des liaisons radio…). C’est vrai aussi en sens inverse. Sur ce conflit, un drone reste performant sur une période extrêmement courte, entre un et trois mois.
Ce constat ne veut pas dire non plus que les armées françaises doivent rester inactives sur cette capacité désormais cruciale sur les tous nouveaux conflits. Bien au contraire. Le ministère des Armées a défini une stratégie pour tenter de rester à l’état de l’art dans la filière drones sans gaspiller les crédits alloués à l’achat de drones : 8,4 milliards d’euros sur la période de la loi de programmation militaire 2024-2030 en tenant compte du projet de loi d’actualisation de la LPM en cours de discussion.
« La bonne approche consiste à développer des drones innovants, toujours à jour technologiquement, et à travailler avec les industriels pour qu’ils soient capables, le moment venu, d’en produire en grande quantité », explique Patrick Pailloux. Le moment venu ? Vraisemblablement si la France s’engage militairement pour porter secours à un ou des pays membres de l’Otan et/ou de l’Union européenne, notamment, qui serai(en)t attaqué(s) par la Russie.
La stratégie de la DGA repose en partie sur l’alliance de petites entreprises de défense avec des grands groupes civils. C’est le cas de la PME Turgis & Gaillard qui a réussi à séduire le constructeur automobile Renault dans le cadre du projet Chorus, une munition téléopérée de très longue portée capable de parcourir plusieurs milliers de kilomètres et emportant des charges militaires significatives. « L’objectif est de concevoir un drone productible sur une chaîne de type automobile. Cela implique des choix de design et de composants adaptés à une production de masse », précise le Délégué général pour l’armement.
Elle coûte 120 000 euros, un montant non négligeable mais nettement inférieur à d’autres munitions. Pour autant, la question du modèle économique se pose pour le maintien de ces capacités industrielles sur la durée. « Une des possibilités consiste à maintenir des flux de financement léger, afin de maintenir ces capacités », répond-il. L’exportation pourrait également faire sens.
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Cette stratégie devrait donner aux trois armées (terre, air et marine) l’assurance d’être prêtes le moment venu. « La dronisation connaît une accélération majeure », confirme le chef d’État-major de la marine nationale, l’amiral Nicolas Vaujour. Car dans une phase de confrontation brutale, comme l’a rappelé à l’Assemblée nationale le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Pierre Schill, « il ne suffit pas d’être présent, il s’agit d’être crédible. Il faut être capable de montrer sa détermination, avec un volume de force suffisant ».
À l’été 2027, l’armée de terre disposera d’une unité de combat robotisée avec une vingtaine de robots et une trentaine de drones capables de mener des missions. Cette démarche permettra « d’établir un standard de fait, auquel d’autres industriels pourront se raccorder dès lors qu’ils démontreront leur capacité à contribuer utilement à cette unité », souligne le général Schill.
Ce qui est vrai pour l’armée de terre, l’est aussi pour l’armée de l’air et la marine. Ainsi, le chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, le général Jérôme Bellanger veut notamment mener des expérimentations avant 2028 en matière de drones de combat collaboratifs (CCA), qui existent déjà aux États-Unis, en Chine et en Australie. A terme, il veut disposer « d’escadrons de drones à vocation de bombardement et d’escadrons de drones à vocation de chasse » pour fragiliser, voire supprimer, les défenses aériennes ennemies, explique-t-il. Ce qui est une vraie révolution dans la chasse française…
Quant à la marine, elle poursuit sa réflexion sur l’intégration complète des systèmes de drones dans ses missions de défense, de projection et d’action. « Nous nous orientons vers une marine pleinement hybride, dotée de drones aériens pour surveiller plus loin et accompagner les déploiements, mais également de capacités de drones de surface, tant pour la protection de nos approches que pour des missions de défense », éclaire l’amiral Vaujour.
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Devenues essentielles depuis la guerre en Ukraine sur tous les champs de bataille, les munitions téléopérées (MTO) à bas coût de courte, moyenne ou longue portée, n’existaient pas il y a encore quatre ans. Elles servent à saturer les défenses aériennes, à frapper des objectifs dans la profondeur ou sur une ligne de front (véhicule blindé, char, pièce d’artillerie, poste de commandement, groupe d’infanterie, radar…). « Leur apparition et leur généralisation récente justifient que l’actualisation de la loi de programmation militaire permette l’acquisition de volumes significatifs de ces munitions », a récemment expliqué à l’Assemblée nationale le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Pierre Schill. Le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire prévoit une hausse de 400 % des crédits pour les MTO. Selon la ministre des Armées, les munitions de courte portée (inférieure à 10 kilomètres) seront livrées aux armées en 2026, celles de moyenne portée (inférieure à 100 kilomètres) et de longue portée, en 2027.
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