Après l'échec du SCAF, le suédois Saab est devenu le « numéro à appeler » pour l’avion de combat européen
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SCAF : un système de systèmes.
Airbus
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SCAF : un système de systèmes.
Airbus
Lundi, le projet franco‑allemand d’avion de combat du futur SCAF a été officiellement enterré par Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, après neuf ans de négociations. Ce programme lancé en 2017 devait associer la France, l’Allemagne puis l’Espagne autour d’un « système de combat aérien du futur » comprenant un nouvel avion, des drones et un réseau de communication.
Dès le lendemain, une alliance menée par Airbus et des industriels allemands a été annoncée à Berlin pour développer un avion de combat de 6ᵉ génération alternatif au SCAF, lors du Salon aéronautique ILA. Comme l'a révélé mardi La Tribune, cette alliance regroupe Airbus Defence & Space, la filiale allemande du missilier européen MBDA Deutschland et six autres entreprises allemandes (Hensoldt, Diehl, MTU Aero Engines, Liebherr, Autoflug et Rohde & Schwarz) et doit signer un document d’orientation jeudi au Salon.
Cette nouvelle alliance laisse ouverte la question des partenaires étrangers. Interrogé par l’AFP, le constructeur suédois Saab, fabricant du chasseur Gripen, n’a pas souhaité commenter les « spéculations », tout en déclarant rester « ouvert à une variété de collaborations et de partenariats ». Le même jour, au salon de Berlin, le patron d’Airbus Defence & Space Michael Schoellhorn a confirmé que Saab faisait partie des partenaires potentiels pour un futur projet, tout en jugeant « trop tôt » pour exclure d’autres options, rapporte Reuters.
L'agence britannique indique qu’Airbus « se tourne de plus en plus vers le suédois Saab comme futur partenaire privilégié » après l’échec du SCAF, citant trois sources « au fait du dossier » et précise que des « discussions exploratoires » entre Airbus et Saab sont en cours « depuis au moins six mois », encouragées par un resserrement des liens de défense entre l’Allemagne et la Suède.
Ces échanges seraient restés essentiellement « conceptuels » tant que le SCAF n’était pas officiellement abandonné. La rupture formelle entre Airbus Defence & Space et Dassault Aviation, annoncée cette semaine par La Tribune, ouvre désormais la voie à un examen plus ouvert d’un partenariat hanséatique. À Berlin, Michael Schoellhorn a déclaré à Reuters qu’« il existe des partenaires potentiels, par exemple Saab » et que l’armée de l’air allemande devra « redéfinir ce dont elle a réellement besoin ».
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Les premiers signes de rapprochement entre Airbus et Saab ne datent pas de l’annonce de la fin du SCAF. Les deux groupes discutaient d’une coopération dans le domaine des technologies sans pilote destinées à soutenir les avions de chasse existants, comme l’Eurofighter et le Gripen E. Il s’agit de drones ou d’aéronefs téléopérés capables d’accompagner les chasseurs pour emporter des capteurs ou des armements supplémentaires.
Lors d’une visite en Allemagne en septembre dernier, le ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, avait décrit une coopération industrielle « en plein essor » avec Berlin. Ces premiers travaux communs autour du soutien aux avions actuels pourraient faciliter une coopération plus poussée à l’avenir, notamment sur un avion de nouvelle génération.
Les sources de Reuters précisent que la Suède a « la volonté et la technologie nécessaires » pour s’associer à Airbus si une telle voie était retenue politiquement. Saab, de son côté, a insisté sur le fait qu’une coopération de cette ampleur relèverait d’« une décision politique ».
Derrière Saab, on trouve le poids de la famille Wallenberg, souvent décrite comme la plus influente de Suède. Par l’intermédiaire de la société d’investissement Investor AB et de Wallenberg Investments, les Wallenberg détiennent une part significative du capital et des droits de vote de Saab, ce qui en fait un groupe à forte empreinte familiale, comme le rappellent les données publiques d’actionnariat.
En France, Dassault Aviation est contrôlé par le Groupe industriel Marcel Dassault, lui‑même détenu par la famille Dassault. Selon les chiffres publiés par l’avionneur au printemps 2026, ce holding familial possède près de 67 % du capital de Dassault Aviation, loin devant Airbus et le flottant. La famille Dassault reste donc l’actionnaire de référence, avec un pouvoir de décision prépondérant.
Saab comme Dassault partagent ainsi un modèle de gouvernance fondé sur un actionnariat familial stable, avec un fort attachement à la maîtrise de la propriété intellectuelle et des technologies clés. Ce point est régulièrement mis en avant par Dassault dans ses prises de position publiques sur le SCAF, où l’avionneur français refusait de se voir imposer un partage des responsabilités jugé déséquilibré avec Airbus. Ce terrain culturel commun facilite les échanges directs entre Stockholm et Paris, indépendamment de la position d’Airbus.
La montée en puissance de Saab intervient dans un contexte de réarmement accéléré de la Suède. Après le début de la guerre en Ukraine en 2022 et son adhésion à l’Otan en 2024, Stockholm a décidé d’augmenter fortement ses dépenses de défense et de moderniser ses armées, comme l’ont indiqué les autorités suédoises et les institutions européennes.
Sur le volet naval, la Suède a annoncé le 19 mai avoir choisi l’entreprise française Naval Group pour l’achat de quatre frégates de défense et d’intervention. Ce contrat, évalué à plusieurs milliards d’euros, doit permettre de tripler les capacités de défense aérienne de la marine suédoise. Naval Group livrera des navires dérivés des frégates déjà construites pour la France et la Grèce.
Ce choix d’un industriel français pour un programme naval majeur intervient alors que la Suède conserve Saab comme fournisseur national pour son aviation de combat avec le Gripen, et discute avec Airbus pour l’avenir. L’ensemble renforce le rôle de Stockholm comme partenaire central de plusieurs grands industriels européens de la défense, à la fois dans le naval et dans l’aérien.
Du côté allemand, les choix restent ouverts. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, évoque plusieurs options : soutenir le projet d’avion de 6ᵉ génération porté par l’alliance menée par Airbus, commander des F‑35 supplémentaires auprès des États‑Unis ou rejoindre un autre projet international déjà lancé, sans préciser lequel. L’Italie a, de son côté, indiqué que le projet GCAP, mené avec la Grande‑Bretagne et le Japon, pourrait accueillir de nouveaux partenaires, et a explicitement cité l’Allemagne et Airbus comme candidats possibles, selon Reuters.
Dans ce paysage éclaté, Saab se retrouve en position d’être sollicité par plusieurs camps : Airbus et Berlin pour un projet de 6ᵉ génération, Londres et Rome dans le cadre des discussions autour des technologies de combat aérien, et potentiellement Paris pour des coopérations ciblées entre groupes familiaux.
(Avec agences)
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