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Le Musée d'arts de Nantes sort de la poussière

Photo de Les correspondants de La Tribune

Frédéric Thual, à Nantes

Publié le 01 juillet 2017 à 06:30

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C'est une pièce maîtresse de l'offre artistique, culturelle et touristique de la métropole qui vient de retrouver sa place sur la scène nantaise. Fermé depuis six ans pour des travaux de rénovation et d'agrandissement, le Musée des Beaux-Arts a rouvert le 23 juin dernier sous le nom de Musée d'arts de Nantes.

Il aura fallu 385 000 heures de travail, excaver 16 000 m3 de gravats, creuser jusqu'à 6,50 m, couler 9000 m3 de béton, restaurer 3500 m² de verrières, 8000 m² de façades en pierre, 4000 m² de parquets anciens... et un budget de 88,5 millions d'euros pour remettre au goût du jour, un édifice poussiéreux construit en 1900.  Inhabituel, le budget initialement voté de 98,5 millions d'euros a été revu à la baisse en raison de la découverte d'un niveau d'eau plus élevé que prévu dans les sous-sols. Résultat, on a optimisé ce chantier hors normes. Le plus grand chantier muséal de l'année en France a été confié à l'agence d'architectes britannique Stanton William, réputée pour son savoir-faire dans l'aménagement d'espaces contemporains sur des sites historiques à l'instar de l'aménagement muséographique de la Tour de Londres, du Théâtre de Belgrade à Coventry, et, plus récemment, des 7 galeries de céramiques du Victoria & Albert Museum.

Ici, à Nantes, dans le cadre de cette réhabilitation globale, on a aménagé 2 000 m² de surfaces supplémentaires d'exposition sur quatre niveaux (Le Cube), créé un auditorium, des ateliers pédagogiques, une bibliothèque, un centre de documentation, ouvert un passage vers la Chapelle de l'Oratoire voisine, refait les liaisons, remis à niveau la logistique... pour offrir un parcours muséographique continu, homogène et performant pour la préservation et la présentation des œuvres. « Pour en faire un musée du XXIème siècle. Un musée qui réinvente la manière d'aller au musée », indique Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole. Et, « plutôt que de faire dans le spectaculaire, le projet architectural vise avant tout le confort du public et la mise en valeur des œuvres. Les choses ont été faites comme elles le sont rarement par des architectes qui ont tendance à en faire des tonnes ! Cette stratégie a évité que les choix esthétiques ou technologiques soient très vite datés », apprécie Sophie Levy, directrice du Musée des arts, nommée il y a un an.

Une stratégie architecturale écolo

Plusieurs innovations ont marqué la transformation du lieu pensé pour être plus écologique.  Les anciennes verrières à l'origine de fuites et d'un éclairage trop important ont été remplacées par un complexe de couches superposées de verres, de toiles tendues, de stores modulables et d'un éclairage artificiel permettant de réguler la lumière, façon « nuage » pour préserver l'atmosphère. Un système double peau a par ailleurs été déployé le long des murs pour jouer sur l'inertie du bâtiment et limiter les phénomènes de résonance et l'utilisation de la climatisation. Cette stratégie passive a, de fait, permis de réduire la taille des équipements techniques. L'utilisation d'un éclairage à base de LED aurait contribué, « de façon significative », à abaisser la consommation énergétique.  Au final, ces travaux ont permis d'augmenter la surface d'exposition de 30% et de montrer 900 des 13 000 œuvres détenues par le musée, dont la particularité est de présenter à fois des pièces anciennes et contemporaines.

Une muséographie aérée

La collection est une des rares, avec Grenoble, à s'étendre du XIIIème siècle à nos jours.  Le rez-de-chaussée présente les œuvres du XIIIème au XIXème siècle. Les deux tiers de l'étage sont consacrés au XIXème d'Inges à Monnet et Rodin. Le reste est réservé à l'art moderne. L'art contemporain est, lui, présenté sur les quatre niveaux du « Cube », selon quatre thématiques, de 1960 à aujourd'hui.  Le vaste patio central, occupé par l'installation filaire et acoustique « De l'air de la Lumière et du temps » de Susanna Fritscher, privilégie les expositions temporaires. Désormais rendue accessible depuis le musée, la Chapelle de l'Oratoire abrite une œuvre vidéo, déjà décriée, de l'artiste Bill Viola. On y voit une femme en train d'accoucher, une autre très âgée qui s'éteint progressivement, tandis qu'au centre de ce triptyque, un homme nage en apnée. Une installation commandée par l'Etat en 1992 et qui n'avait jamais été présentée depuis. Cette fois, le palais des arts a osé.

Des icones nantaises

« Le musée doit être un lieu pour faire dialoguer l'art ancien et l'art d'aujourd'hui, et qui conjugue les liens tissés par Nantes et les pays lointains. En l'occurrence, les Amériques qui ont marqué l'histoire locale », explique la directrice du musée, qui entend jouer de ce particularisme.  « L'un des partis pris est de raconter l'histoire chronologique de l'art en mélangeant ici et là les époques pour favoriser la mise en perspective », dit-elle. « Lorsque qu'il vient dans un musée, le visiteur est en général attiré par une œuvre iconique. Or, Nantes compte plusieurs icones, comme les trois tableaux de Georges de la Tour (l'apparition de l'ange à Saint-Joseph, le reniement de Saint-Pierre, le veilleur), le portrait de madame de Senonnes de Inges, la cribleuse de blé de Courbet et, dans l'art moderne, une série de Kandinsky, l'autruche de Cattelan ou La Belle Mauve de Martial Raysse.  Le musée n'a jamais cessé de renforcer les points forts de son fonds, ce qui en fait aujourd'hui une spécificité. Grâce à des acquisitions régulières depuis les années quatre-vingt, il est considéré comme l'une des plus importantes collections nationales d'art contemporain », indique Sophie Levy. Cent quatre-vingt-cinq œuvres ont, d'ailleurs, été acquises pendant la période des travaux. Financé par la Métropole, des subventions et le fonds régional d'acquisition des musées, l'établissement disposerait, chaque année, de 50 000 à 100 000 € pour acheter des œuvres.

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Des tarifs attractifs et des outils numériques

S'il ambitionne de devenir une référence nationale, voire internationale, le Musée des arts se veut aussi un musée de ville où la politique tarifaire a été étudiée pour capter une population la plus large possible. Avec une gratuité complète pour les scolaires de l'agglomération et notamment un Pass annuel avec un accès illimité au musée pour 10 € ou un Pass Inter Musées de 20 € pour visiter l'ensemble des sites de la ville pendant un an. « C'est sûr que je vais y emmener mes élèves », raconte cette enseignante d'un lycée nantais.  L'objectif est d'accueillir 200 000 visiteurs par an contre 120 000 précédemment. Une ambition mesurée au regard des 1,3 millions de visiteurs venus l'an dernier au Château des ducs, des 664 000 billets vendus pour les Machines de l'île et des 139 000 entrées au Musée d'histoire naturelle. « Pour moi qui ai vécu l'ouverture de Lille, je mesure que l'attente est ici beaucoup plus importante. Les Nantais étaient très attachés au Musée des beaux-arts. Une restauration de cette envergure constitue, aussi, un véritable évènement pour les amateurs d'art », observe Sophie Levy, après avoir dirigé le LaM, Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut, situé à Villeneuve d'Asq depuis 2009 où elle a accompagné la réouverture après travaux et conçu le nouveau projet scientifique et culturel. Pour renforcer l'attractivité des visites, le musée de Nantes a aussi mis l'accent sur les outils numériques avec notamment une appli visioguide, disponible en trois langues (français, anglais, espagnol) et en langue des signes.  Géolocalisée, elle permet de suivre différents parcours thématiques. En plus de quelques bornes interactives, une tablette géante de 1,50 m affiche, grâce à des images en HD, de larges détails sur des œuvres visuellement denses comme Le Déluge de Comerre.

Un chef étoilé au musée

Doté d'un budget de fonctionnement de 7 millions d'euros, le Musée des arts, devenu métropolitain en 2015, compte bien s'inscrire dans le paysage économique de l'agglomération nantaise grâce à l a location d'espaces. L'organisation d'évènements est devenue possible avec la création d'un auditorium de 150 places, ou le hall du musée d'une jauge de trois cent cinquante personnes. La métropole nantaise a d'ailleurs créé un fonds de dotation ouvert au mécénat d'entreprises. En 2017, cette opération, réunissant une dizaine de sociétés (Kaufman & Broad, Abalone, le Noble âge, CIC Ouest, GSF...) a permis de récolter 300 000 €.  De quoi alléger les finances publiques d'un établissement de cinquante salariés dont quinze recrutés pour accompagner cette nouvelle vie. En vue de maintenir le degré de qualité souhaité, la librairie et le restaurant du musée ont été concédés à des privés sur appels d'offres. Fondateur de l'enseigne spécialisée « La Boutique du lieu », Thibault Catrice, présent sur douze sites muséographiques, exploitera le point de vente culturel. A l'autre extrémité du grand hall, le chef étoilé Eric Guérin (La Mare aux oiseaux à Saint-Joachim et le Jardin des plumes à Giverny) a accepté de relever le défi de la restauration. « Ce ne sera ni une énième cafeteria ni un échantillon de La Mare aux oiseaux, mais un lieu qui serve le musée et soit une vitrine de la culture régionale », prévient le chef, qui a investi 120 000 € dans cette concession signée pour trois ans. « L'expérience montre que pour éviter une dégradation des menus, seuls les restaurants qui prennent des risques, durent. Mais je ne suis pas sûre que beaucoup de chefs étoilés aient accepté le challenge », se félicite Sophie Levy.

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Limité à 35 couverts, le « Café du musée » est doté d'une micro cuisine équipée de deux plaques électriques et d'une plancha à basse température. Le strict minimum imposé par les dimensions et les contraintes de sécurité du lieu. L'artiste va devoir être imaginatif. « Mais quand je m'engage, je ne fais pas les choses à moitié. J'y mets ma patte pour en faire un lieu de vie pour les Nantais. Et l'équipe de six à huit personnes est pensée pour cela. Pour concevoir une adresse urbaine décomplexée et healthy », mentionne le chef. Il proposera du snacking à partir de produits régionaux bio et des petites formules (entrée et plat du jour à 25 €) le midi. Le soir, trois fois par semaine, le « Café du musée » mitonnera des formules à 39€ ou 49 €, avec trois ou quatre plats, entre cuisine de bistrot et gastro.  A lui seul, déjà, le cake au mojito mérite une visite au musée !

___

Par Frédéric Thual,
correspondant Pays de la Loire pour La Tribune

Frédéric Thual, à Nantes

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