« La parole aux Parisiens » : un budget participatif encore anecdotique

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Le budget participatif mis en oeuvre par la maire de Paris, Anne Hidalgo, s'élève à 426 millions d'euros sur six ans. C'est une des plus grandes enveloppes jamais allouées pour une telle initiative.
Le budget participatif mis en oeuvre par la maire de Paris, Anne Hidalgo, s'élève à 426 millions d'euros sur six ans. C'est une des plus grandes enveloppes jamais allouées pour une telle initiative. (Crédits : reuters.com)
Des murs végétalisés, des potagers dans les écoles, des espaces de travail collaboratif... Le mois dernier et pour la première fois, les Parisiens ont pu voter pour des projets d'investissement de la ville. Les neuf retenus montrent que l'initiative reste encore un gadget de communication.

Exit les tipis ! Anne Hidalgo tenait pourtant à ce projet de tentes indiennes sur les berges de Seine, que les Parisiens auraient pu réserver pour l'anniversaire de leurs bambins. La maire de Paris a dû se rendre à l'évidence : avec 2209 votes seulement, les tipis n'ont guère convaincu ses administrés. Le projet passe donc à la trappe, il ne sera pas inscrit au budget municipal.

C'est une première dans la capitale

Du 24 septembre au 1er octobre, la Mairie de Paris a demandé l'avis des Parisiens sur 15 projets d'investissement. Au total, plus de 40.000 d'entre eux ont voté sur un site dédié, budgetparticipatif.paris.fr, ou dans quelque 190 urnes déployées dans les 20 arrondissements. Au final, les neuf projets ayant recueilli le plus de voix ont été retenus. Et ce dans la limite d'une enveloppe globale n'excédant pas 20 millions d'euros, fixée en amont par la Mairie. Dès l'année prochaine, on verra donc fleurir à Paris des murs végétalisés, des potagers pédagogiques dans des écoles, ou des fresques et autres oeuvres artistiques dans certaines zones urbaines délaissées, tels les passages souterrains sous le périphérique.

À l'instar de Porto Alegre, New York ou Lisbonne, Paris s'est donc convertie à la mode du budget participatif. Voulu et défendu par Anne Hidalgo pendant la campagne des municipales, celui-ci permet aux Parisiens de proposer et de décider eux-mêmes d'investissements municipaux. D'un montant global de 426 millions sur six ans, cette manne constitue une des plus grandes enveloppes jamais allouées pour une telle initiative.

Toutefois, le vote de septembre n'est qu'un galop d'essai puisque les projets n'émanaient pas des Parisiens, mais des adjoints d'Anne Hidalgo.

Or, « le coeur de la démarche, c'est de faire remonter les propositions des citoyens, puisqu'ils les choisissent, insiste Pauline Véron, adjointe en charge de la démocratie locale. Cette année, on a simplement voulu lancer le processus et montrer aux Parisiens quels types de projets ils pouvaient soumettre ».

Dès le mois de janvier, les Parisiens pourront directement proposer leurs idées liées à l'amélioration des dépenses de construction, de rénovation des bâtiments ou de l'espace public, comme la voirie ou les jardins, sur une plate-forme spécifique. En outre, l'enveloppe allouée à ces investissements sera plus importante, et avoisinera les 70 millions d'euros par an, selon la Mairie.

La moitié des votants sur la toile a moins de 25 ans

En donnant ainsi « la parole aux Parisiens », Anne Hidalgo espère les impliquer davantage dans la vie de la cité. Mais surtout, elle y voit « un remède » au climat de défiance envers la sphère politique :

« La démocratie ne s'abîme pas si elle se pratique », rabâche l'élue socialiste.

Pour installer une vraie dynamique, la mairie a donc voulu embrasser large : tous les Parisiens peuvent voter et proposer leurs projets, y compris les enfants et les étrangers. En décortiquant les résultats du premier scrutin, Pauline Véron s'est d'ailleurs réjouie que les 21-35 ans constituent la moitié des votants sur la Toile :

« C'est positif, parce que c'est une population qu'on voit moins dans les systèmes de démocratie locale déjà en place, comme les conseils de quartier. »

Mieux, « on a vu des groupes se mobiliser pour certains projets, ajoute-t-elle. Des incubateurs de start-up ont notamment défendu l'investissement dans de nouveaux espaces de travail collaboratif, mêlant étudiants et entrepreneurs ».

Avant de remarquer, malicieusement, que même Laurence Parisot, l'expatronne du Medef, avait salué l'adoption de ce projet sur Twitter.

Surtout, le budget participatif se veut pédagogique. « Le principe, c'est la transparence, martèle Pauline Véron. Si des propositions ne sont pas retenues pour des raisons juridiques, techniques, financières ou de compétence de la ville, nous expliquerons aux citoyens pourquoi elles ne sont pas recevables. » L'adjointe y voit une manière de réconcilier les citoyens avec des arbitrages dont ils n'avaient jusqu'alors pas connaissance. Mais aussi un gage de confiance « essentiel » pour que « les Parisiens jouent le jeu ».

Toutefois, les citoyens ne seront pas consultés sur les sujets fondamentaux, comme le logement ou la pollution. De quoi laisser certains politiques sceptiques sur l'engouement pour ce budget participatif.

« Les Parisiens peuvent choisir entre un peu d'art aux portes de Paris, des jeux de rue ou quelques potagers dans les écoles », persiflait la conseillère de Paris Danielle Simonnet (Parti de Gauche), fin septembre.

À ses yeux, cette démarche n'est rien qu'une « campagne de com' », un écran de fumée visant à masquer la « politique d'austérité » municipale. Des critiques que balaye Pauline Véron :

« Heureusement que les sujets fondamentaux ne sont pas soumis au vote des Parisiens ! Ils ont déjà voté pour cela aux municipales. En outre, depuis Delanoë, on passe notre temps à organiser des concertations de grande ampleur sur ces thématiques... »

Toutefois, le risque de désintérêt des Parisiens pour ces sujets secondaires n'est pas à écarter. Selon la Mairie, seuls la moitié des 80.000 visites sur le site consacré au budget participatif se sont convertis en votes. S'il est évidemment trop tôt pour en tirer des conclusions, la partie est dans tous les cas loin d'être gagnée.

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Commentaires
a écrit le 05/11/2014 à 12:00 :
Pourquoi ne pas voter pour une réduction des dépenses ? cela me semble plus intéressant.
De plus, il faudrait limiter le vote uniquement à ceux qui paie des impôts locaux. c'est assez facile d'encourager les dépenses quand on ne contribue pas.
Réponse de le 05/11/2014 à 13:29 :
@Halfa: 100% d'accord. N'importe qui (non parisien) peut aller "voter" sur ce site, les résultats ne sont donc pas pertinents. De même, en voyant le peu d'intérêt manifesté par les concernés, pourquoi ne pas utiliser cet argent pour autre chose au lieu de dépenser encore un fois pour des concepts qui, on s'en rend bien compte, ne mobilise personne. N'est-on pas dans une période d'économie ?
Réponse de le 05/11/2014 à 15:53 :
Je suis surprise que personne ne parle de nettoyer Paris ; les trottoirs sont sales, très sales : pipi, crottes de chien, mégots, papiers...tout y est.
Avant de décorer on nettoie.

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