Dans une chaleur moite, elle a fendu une foule en liesse, torche brandie, portée par des clameurs profondes et des percussions assourdissantes, qui ont succédé sans transition au calme de l'océan. Marie-José Pérec avait « rêvé grand mais pas à ce point ». « Ça me dépasse, ça va au-delà de tout », a commenté la Guadeloupéenne à l'arrivée d'un convoyage de huit jours et 8000 kilomètres depuis Brest (Finistère), à bord du voilier Maxi Banque Populaire XI.
La plus grande athlète française de l'histoire a déposé la flamme sur le sol de Pointe-à-Pitre, où a démarré le relais dans les Antilles. Chez elle. « Ces 200 mètres sont plus beaux que mes 200 mètres d'Atlanta », a-t-elle joliment poursuivi, aussi éloquente et rayonnante à 56 ans qu'elle était timide durant sa carrière. En 1996, dans la ville de Martin Luther King, la sprinteuse avait conquis l'or sur la distance, un de ses trois titres olympiques, avec le 400 mètres de cette même édition et le 200 mètres à Barcelone quatre ans plus tôt.
Sur l'océan Atlantique, les derniers milles avaient été l'occasion d'étreintes avec les skippers Armel Le Cléac'h et Sébastien Josse, et ses compagnons d'aventure, la Miss France 2013, Marine Lorphelin, le metteur en scène Alexis Michalik et le chef étoilé Hugo Roellinger.
Quand les embarcations s'étaient approchées du voilier, elle avait fondu en larmes. « Nous, les Antillais, on a l'habitude de partir, pas de revenir comme ça. » Des moments forts partagés avec des équipiers représentatifs des talents tricolores, conscients du symbole pour la reine de l'île. « Un bout des JO dans l'outre-mer, c'est un remerciement pour tous les athlètes qui représentent la France, et c'est un message extraordinaire pour montrer aux Antilles qu'elles ne sont pas oubliées, avait-elle confié la veille au téléphone, encore à bord, la Guadeloupe pas encore en vue. Surtout avec ce qui se passe en ce moment au niveau politique en France, ça prend encore plus de valeur. »
Stéphane Colineau, envoyé spécial à Pointe-À-Pitre (Guadeloupe)