François Bayrou, l’éternel lanceur d’alerte. La chronique politique de Bruno Jeudy

La chronique politique de Bruno Jeudy.
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Il y a chez François Bayrou une singularité que le temps n’a jamais effacée. Beaucoup de responsables politiques écrivent pour solder leurs comptes avec l’histoire. Lui continue d’écrire pour tenter d’influencer celle qui vient. Avec Alerte sur la France qui vient*, son seizième livre, le Béarnais poursuit son combat le plus ancien : la dette, cette menace silencieuse qu’il décrit depuis plus de trente ans comme le plus grand danger pesant sur le pays.
Dès les premières pages, le ton est celui d’un homme qui estime avoir été trop longtemps ignoré. « La dette nous a rattrapés. Aucun d’entre nous ne sera épargné, mais ce sont les jeunes qui vont payer le plus. » Bayrou est un éternel Cassandre. L’expression l’agace parfois, mais elle lui convient aussi. Car sur ce sujet, sa constance force le respect. Ce livre n’est pourtant pas seulement un essai économique. C’est un texte politique, peut-être même un livre de combat. Il décrit le mécanisme, chiffres à l’appui, qui a amené la France à battre tous les records d’endettement depuis François Mitterrand jusqu’à Emmanuel Macron.
À moins d’un an de la présidentielle, le président du MoDem veut replacer la question de la dette au centre du débat. À 75 ans, après un passage à Matignon achevé dans la frustration et des épreuves personnelles douloureuses - l’affaire Bétharram et la perte de la mairie de Pau - il refuse de quitter la scène. L’Élysée ne fait plus partie de son horizon. Mais pas l’ambition de peser sur le choix du futur chef de l’État.
À ceux qui présentent déjà la prochaine présidentielle comme un duel annoncé, Bayrou oppose son expérience. Le casting, répète-t-il, n’est pas encore connu. Une manière à peine voilée de tenir à distance Gabriel Attal et de ne pas s’enfermer dans un soutien à Édouard Philippe. Il brouille les pistes, cite d’autres profils - Castex, Cazeneuve, Breton, Villepin - et veut peser. Au passage, il profite de son livre pour se livrer notamment sur sa relation avec Emmanuel Macron. S’il refuse de dire un mot sur le contenu de leurs conversations, l’allié centriste se lâche (un peu) sur l’homme de l’Elysée. Bienveillant, il le défend coûte que coûte avec ses défauts et ses qualités. Mais montre de la lucidité quand il écrit avec une trivialité inhabituelle dans la bouche de l’agrégé de lettres classiques. « Il veut nous ba*ser, répète-t-il en évoquant, le tétragramme de la malédiction qui le (ndlr, Emmanuel Macron) frappe.»
Il y a, au final, chez François Bayrou une part d’amertume. Comment pourrait-il en être autrement après un demi-siècle de vie publique ? Mais ce qui frappe à la lecture de ce livre, c’est que l’espoir l’emporte finalement sur le ressentiment. Derrière le lanceur d’alerte demeure un optimiste. Derrière le Cassandre subsiste un républicain convaincu que le pire n’est jamais écrit d’avance.
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À l’heure où beaucoup de responsables politiques vivent au rythme des sondages, Bayrou reste fidèle à sa vieille obsession : regarder plus loin que l’échéance suivante. Depuis trente ans, il répète le même avertissement. Désormais, il veut s’assurer que ceux qui briguent l’Élysée soient contraints d’y répondre - non plus comme à une prophétie lointaine, mais comme à une urgence nationale.
*Alerte sur la France qui vient de François Bayrou, éditions de L’Observatoire, 287 pages, 22 euros.
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