Face à l'explosion des risques, défendons un modèle d'assurance solidaire
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Adrien Couret, directeur général d'Aéma Groupe (Macif, AÉSIO mutuelle, Abeille Assurances, Ofi Invest - Franck Beloncle
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Adrien Couret, directeur général d'Aéma Groupe (Macif, AÉSIO mutuelle, Abeille Assurances, Ofi Invest - Franck Beloncle
À ce jour, la France peut se targuer de disposer de l'offre d'assurance la plus accessible et la plus protectrice d'Europe. Le modèle hexagonal, historiquement très performant, repose en effet sur ce qui pourrait passer pour une évidence : offrir à chacun la possibilité d'être bien couvert face aux risques tout au long de sa vie. Pourtant, ces systèmes de protection, publics comme privés, sont désormais remis en question par une augmentation des risques climatiques, sanitaires et économiques. Les récents orages à travers toute la France, les inondations dans le Var, les coulées de boue à Valence, les feux de forêt en Californie et les cyclones à Mayotte et La Réunion illustrent l'accélération de ces phénomènes extrêmes. Dans le même temps, d'autres menaces, plus diffuses, viennent grignoter l'habitabilité même de nos territoires, comme le retrait du trait de côte ou la montée des eaux en Charente, en Camargue et dans les Hauts-de-France. « Ce qui est en jeu, ce n'est pas seulement la couverture des sinistres, mais l'habitabilité de nos territoires et le principe même de mutualisation, prévient Adrien Couret, directeur général d'Aéma Groupe. La durabilité de nos modes de vie est également questionnée, alors que nos choix collectifs - consommation, production, mobilité - génèrent des pressions insoutenables sur nos ressources et contribuent ainsi à l'amplification des coûts des sinistres à couvrir. »
Fondement de notre système de protection, la solidarité est également mise à rude épreuve à travers l'émergence de pratiques préoccupantes, telles que le désengagement de certains assureurs et réassureurs vis-à-vis de risques jugés trop coûteux ou de profils d'assurés perçus comme trop risqués. Un phénomène qui menace d'aggraver les inégalités territoriales et sociales, rendant certains espaces invivables et certaines populations inassurables, comme c'est déjà le cas à Los Angeles, où les assurés des territoires exposés payent 82% plus cher leur assurance habitation. « Ces tendances , si elles se généralisent, pourraient remettre en cause le principe même de mutualisation, pierre angulaire de notre protection collective, alerte Adrien Couret. La fracture serait alors accentuée entre ceux qui peuvent payer pour se protéger et ceux qui sont laissés-pour-compte, avec les conséquences dramatiques qu'on connaît. »
Pour préserver la capacité d'assurer demain ce qui est déjà difficile à couvrir aujourd'hui, c'est donc tout le système qu'il faudrait repenser. « La base de la mutualisation doit être élargie, en rendant obligatoires certaines garanties liées à des dommages matériels de plus en plus fréquents, plaide Adrien Couret. Cela implique également de lutter contre les comportements opportunistes, en pénalisant ceux qui se réservent aux "bons risques" et laissent à la collectivité le soin de couvrir les autres. Il faut aussi repenser les priorités d'indemnisation : faut-il continuer à couvrir les dommages esthétiques des bâtiments ou les soins à faible efficacité thérapeutique, au même titre que les atteintes majeures à la santé ou aux biens essentiels ? » Le message est clair : dans un monde en pleine évolution, les professionnels de la protection ne doivent plus se contenter de gérer les crises. Ils doivent au contraire participer activement à la construction d'un avenir plus résilient, en considérant que l'assurabilité n'est jamais acquise afin de garantir que chacun puisse continuer à être protégé, où qu'il vive et quelles que soient ses ressources. Un immense défi, qui s'inscrit dans une volonté collective de bâtir une société plus durable, équitable et solidaire.
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