Farwind révolutionne la production d'énergies renouvelables avec ses éoliennes mobiles

La jeune pousse nantaise a mis au point une technique permettant de profiter davantage des vents en haute mer, pour produire et stocker de l'énergie sous différentes formes. Un atout dont pourraient bénéficier des îles et de nombreux acteurs du transport et de la fourniture d'électricité.

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(Crédits : DR)

Pourquoi vouloir installer des éoliennes à proximité des côtes, loin d'être plébiscitées par l'ensemble des citoyens, qui plus est, alors que l'on pourrait profiter d'un vent beaucoup plus fort en haute mer ? C'est ce que se sont demandés Aurélien Babarit, Arnaud Poitou et Felix Gorintin, le premier spécialiste de l'énergie marine, le deuxième, directeur de l'Ecole Centrale de Nantes à l'époque, et le troisième, directeur des opérations du bureau d'études d'une spin off de la même école, la société Innosea. De fait, les éoliennes classiques ne tournent, en fonction du vent, qu'en faible proportion de leurs capacités. Or avec l'énergie produite par ces immenses ressources inutilisées en pleine mer, ce sont les besoins de la planète entière qui seraient largement couverts...

Pendant deux ans, les trois chercheurs réfléchissent, élaborent des solutions, puis s'attaquent à la R&D. Et enfin, co-fondent, en juillet 2020, la start-up Farwind Energy, pour construire et commercialiser la première éolienne mobile. « La technique est simple, explique Arnaud Poitou. Nous avons conçu un gros navire, de 80 mètres de long et 30 mètres de large, propulsé par le vent grâce à un rotor Flettner, avec, sous la coque, de grosses hélices qui le freinent. Et cela produit de l'électricité, de la même façon que la dynamo d'un vélo. » Une solution qui évite aussi les problèmes pas si simples d'ancrage d'une éolienne classique en haute mer. Mais cette éolienne mobile, qui pourrait par ailleurs être guidée dans sa trajectoire pour bénéficier d'un maximum de vent, n'est raccordée à aucun réseau d'électricité. Il faut donc stocker l'énergie produite. Le bateau est assez grand pour contenir de grosses batteries. « Nous pouvons, en naviguant pendant 24 heures, produire de l'électricité, la stocker, puis revenir au port la déverser », poursuit-il. C'est d'autant plus important d'électrifier les quais que, précisément, ils ne le sont pas et que, par conséquent, les navires au mouillage font souvent tourner leurs moteurs et émettent du CO2...

Produits et utilisations multiples

Ce n'est évidemment pas le seul usage prévu pour cette nouvelle électricité verte. « Nous travaillons avec les Antilles, qui produisent 75% de l'électricité consommée sur place dans des centrales fonctionnant aux énergies fossiles. Si on les remplace par un seul de nos navires, ce sont 6 000 tonnes de CO2 qui ne seront pas émises », indique Arnaud Poitou.

Et les experts nantais ne se sont pas arrêtés là. A part le stockage en batterie, ils ont aussi imaginé de fabriquer de l'hydrogène vert, grâce à l'électrolyse. « Chaque bateau pourrait en produire une petite tonne par jour, indique Arnaud Poitou. Et nous pourrions avoir 50 bateaux. » Une perspective qui intéresse certains industriels comme les sidérurgistes, qui viendraient approvisionner les éoliennes flottantes de CO2 produit par leurs activités et repartiraient avec du méthanol. Car mélangé avec du CO2, l'hydrogène devient un carburant liquide, utilisable pour le transport transocéanique, mais aussi l'aérien. « Et ce méthanol ne nécessite que des changements mineurs sur les réacteurs d'avions », argumente- t-il.

Soutien de Bpifrance

Le co-fondateur de Farwind Energy se prend déjà à rêver, dans un premier temps, de petites flottes de quelques éoliennes mobiles, vers des zones non interconnectées au réseau électrique national, aux Antilles, en Guyane, mais aussi dans le Pacifique ou en Asie du sud-est. Et déjà, la jeune pousse nantaise est en discussion avec des industriels, des producteurs d'électricité et des ports, en outre-mer comme dans l'Hexagone.

Au-delà de la reconnaissance de cette avancée technologique, avec d'abord une bourse French Tech « émergence », puis, en 2021, un prix au concours i-Lab, les premières expérimentations ayant été concluantes, « notre objectif est d'avoir notre premier navire opérationnel en 2024 », enchaîne Arnaud Poitou. Pour cela, Farwind Energy, membre de la communauté du coq vert, compte sur Bpifrance. Après avoir effectué une première levée de fonds d'un million d'euros et bénéficié du soutien d'Atlanpole, de l'incubateur ESA BIC et d'Airbus Développement, « nous sommes en discussions avancées avec Bpifrance pour des obligations convertibles », révèle celui qui, à l'image de la banque publique, devenue banque du climat, veut être un acteur de pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Pour connaître l'accompagnement de Bpifrance sur la transition écologique et énergétique et découvrir la communauté du coq vert, cliquez ici.

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