Marie Eloy : "Affirmer ma valeur pour changer le monde ! "

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Marie Eloy, fondatrice du réseau Femmes de Bretagne et cofondatrice de Bouge ta Boîte
Marie Eloy, fondatrice du réseau Femmes de Bretagne et cofondatrice de Bouge ta Boîte (Crédits : Reuters)
[#8mars #DroitsDesFemmes] Dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes, La Tribune propose à des femmes engagées dans l'entrepreneuriat, la mixité globale et l'égalité économique femme-homme de s'exprimer sur leurs actions, convictions et expériences de terrain. Marie Eloy est fondatrice du réseau Femmes de Bretagne et cofondatrice de Bouge ta Boîte.

Dans l'énergie de #MeToo, poursuivons cet élan salvateur pour désintégrer aussi les nombreux plafonds de verre, comme celui de l'entrepreneure : gagner de l'argent. Si nous sommes nombreuses à créer notre entreprise[1], seule une entrepreneure sur 10 parviendrait à en vivre correctement[2]. Au-delà de 10 salariés, l'entrepreneuriat féminin se dilue drastiquement avec 14% seulement de femmes dirigeantes[3]. Notre vision de l'entrepreneuriat féminin est donc à réévaluer promptement et collectivement pour que ce quasi « no woman's land » d'entreprises moyennes et grandes devienne enfin fertile et socle d'une société plus équilibrée. Il est temps de s'approprier les codes économiques et d'assumer avec fierté notre valeur et nos valeurs d'entrepreneures.

Vers un partage du pouvoir économique

Comme le dit si bien Melinda Gate, « le pouvoir économique est le vecteur le plus prometteur de l'égalité. » Si le pouvoir économique était partagé de manière égale entre femmes et hommes, cela aurait des répercussions sociales et sociétales évidentes ainsi que sur l'innovation, le développement durable et la performance de nos entreprises et de nos pays[4]. Alors, retroussons-nous les manches !

Pourquoi, une fois notre entreprise créée, sommes-nous si peu nombreuses à la faire croître ? En grande partie, parce que nous avons du mal à nous reconnaître, d'une part, dans l'image qui nous est renvoyée du chef d'entreprise et, d'autre part, dans les codes économiques qui régissent ce business.

Ensemble, s'approprier les codes économiques

Puisque nous avons du mal à nous identifier au businessman classique, diversifions cette image. Entrepreneures, il est de notre devoir de nous rendre visibles, avec authenticité, dans les médias, les prix, les conférences... En agissant ainsi, cela permet d'inspirer d'autres et de tracer un chemin entrepreneurial qui nous ressemble et nous semble empruntable.

De même, se pose la question de l'appropriation des codes économiques, qui jusqu' à présent ont été essentiellement écrits par le seul univers masculin. A l'instar du Yin et du Yang, à nous de les faire évoluer et d'y insuffler la part de féminin qui se trouve en chacun de nous toutes et tous pour générer de nouveaux codes et de nouvelles façons de faire du business. Ensemble, nous pouvons faire émerger plus d'authenticité, d'entraide, de transversalité, de spectres horaires non-excluants, soit un business empreint de sens et qui nous corresponde davantage, femmes et hommes.

Individuellement, affirmer sa valeur

Individuellement, nous avons également un rôle à jouer. Il n'est pas possible aujourd'hui, que seules 12% des entrepreneures parviennent à se dégager un salaire décent. La question ne se pose par pour un homme entrepreneur. Bien sûr qu'il a l'intention d'en vivre. Et d'en faire vivre d'autres. De même, à la question « que signifie vivre correctement de son entreprise ? », une femme répond 1500 euros par mois. Un homme oscille entre 3000 et 4000 euros par mois[5]. Et si on revoyait le curseur économique de notre valeur ? Si spontanément, nous avons tendance à la diminuer, prenons conscience de ce frein pour mieux le faire sauter et générer progressivement de nouvelles habitudes.

Développer son entreprise, faire du business n'érode pas la pureté de son engagement et consiste en réalité à affirmer sa juste valeur, à la rendre visible et à la respecter. Ne nous bradons pas. A chaque fois que nous prospecterons, que nous communiquerons, que nous ferons un devis, pensons à respecter notre juste valeur. Cette affirmation permet enfin de donner de l'impact à nos valeurs, à ce pourquoi nous avons créé nos entreprises et contribue à un monde plus équilibré.

Aujourd'hui, les femmes accomplissent 66% du travail, touchent 10% des revenus et détiennent 1% de la propriété mondiale[6]. Comme le dit avec malice Christelle Delarue[7], « le plus gros marché émergent dans le monde, ce n'est pas la Chine, ce sont les femmes. » Fédérons-nous. Bougeons les lignes ensemble. Maintenant.

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[1] En 2017, 4 créateurs d'entreprises sur 10 étaient des femmes ( INSEE) / [2] Séverine Le Loarne, chaire Femmes et Renouveau Economique, Ecole de Management de Grenoble / [3] KPMG, 2014 / [4] Si l'égalité était parfaite, la France engrangerait 9,4 % de croissance supplémentaire sur 20 ans, soit 0,4 % par an ( OCDE) / [5] Séverine Le Loarne, chaire Femmes et Renouveau Economique, Ecole de Management de Grenoble / [6] ( source Unicef 2007) / [7] Fondatrice de l'agence de communication féministe Mad & Woman

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