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D’égal à égale, le numérique doit créer un monde plus juste

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Femmes et numérique : tout se joue aujourd'hui !
Femmes et numérique : tout se joue aujourd'hui ! (Crédits : Istock)
À l’heure où l’intelligence artificielle et l’industrie digitale transforment tous les pans de l’économie, les femmes sont très peu représentées dans le secteur du numérique. Au risque qu’émerge un monde privé de la moitié de ses talents et pensé sous le seul prisme de la masculinité. La place des femmes dans nos futurs écosystèmes se joue aujourd’hui. Décryptage.

L'histoire avait pourtant bien commencé. Le tout premier code informatique au XIXème siècle, les prémices du wi-fi, le programme Apollo de la Nasa... Autant d'inventions technologiques conçues par des pionnières de la tech. Dans les années 1980, l'informatique attirait encore les femmes sur les bancs des universités, avant que leur part dans cette filière ne commence à dégringoler... De fait, aujourd'hui, elles ne sont plus que 15% en moyenne à s'engager dans des études d'informatique, contre le double il y a une trentaine d'années. En cause dans cette évolution, l'image du «geek» - un jeune homme aux yeux en permanence rivés sur l'écran - y a sans doute été pour beaucoup, en s'installant dans l'imaginaire dès l'arrivée des ordinateurs à grande échelle.

Un tiers des effectifs du digital

Inévitablement, ce désamour envers les études d'informatique se retrouve aujourd'hui dans l'économie française: les femmes ne représentent que 27,5% des effectifs du digital, selon le Syntec numérique, principal syndicat du secteur. Pire, seules 15% des fonctions techniques sont occupées par des femmes, tandis que dans la cybersécurité, le chiffre chute à 11%. Et les startups? Une sur dix est dirigée par une femme, selon le baromètre 2017 EY et France Digitale. Une tendance observée sur tout le Vieux continent: d'après «Women in the Digital Age», une récente étude réalisée pour la Commission européenne, trois fois plus d'hommes que de femmes travaillent dans le numérique en Europe. Quant à la Silicon Valley, elle ne cesse d'être décriée pour son peu de diversité... Toutefois, le manque de femmes dans le digital est un phénomène essentiellement occidental, comme le souligne Isabelle Collet, maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Genève, spécialiste des questions de genre et d'éducation.

Un fort besoin de talents

Cela dit, l'évidence aujourd'hui, c'est qu'il en va de l'avenir de nos écosystèmes d'encourager les femmes à intégrer le secteur digital; pour des raisons égalitaires évidentes, d'équilibre sociétal et de justice sociale, mais également pour la croissance de nos économies. Atteindre la parité pourrait ainsi générer en France 10% de PIB supplémentaire d'ici à 2025, d'après le cabinet McKinsey. Par ailleurs, l'industrie digitale se développant, les postes à pourvoir se multiplient. Selon la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), jusqu'à 212 000 postes par an seront créés d'ici à 2022 dans l'Hexagone. À l'heure où «il y a un très fort besoin de talents dans le numérique pour développer des problématiques telles que l'intelligence artificielle et la blockchain, il faut plus de diplômés et, parmi les diplômés, plus de femmes», indique Fatiha Gas, directrice du Campus de Paris de l'ESIEA, une école d'ingénieurs spécialisée en sciences et technologies numériques. Sans elles, «on se passe de la moitié des talents disponibles», prévient-elle. Pour Henri d'Agrain, délégué général du Cigref (Club informatique des grandes entreprises françaises), il y a urgence. «Si les entreprises ont du mal à recruter les talents dont elles ont besoin pour les accompagner dans leur transformation numérique et qu'en plus la moitié de la population ne s'intéresse pas à ces métiers, tout cela se fait au détriment de la compétitivité des entreprises et donc de la croissance de l'économie et de la création d'emplois», estime celui qui siège également au comité exécutif de la fondation Femmes@numérique, lancée en juin dernier pour promouvoir la mixité dans le digital.

L'IA reproduit les biais

En outre, «si, dans une société où les solutions numériques gagnent de plus en plus de secteurs d'activité, ces solutions ne sont pensées, développées et gouvernées que par des hommes, cela introduit des biais de genre qui sont dommageables à l'équilibre de la société», relève Henri d'Agrain. L'argument est de poids. Notamment dans le domaine de l'IA, qui repose sur la récolte des données et leur traitement par des algorithmes. Si ces systèmes sont conçus uniquement par des hommes, «on injecte dans la récolte des données comme dans leur traitement des biais qui font que les résultats sont erronés», explique de son côté Fatiha Gas. Exemple: les médias ont récemment rendu compte du cas d'un algorithme auquel un géant du commerce électronique avait confié le tri des candidatures. Or l'entreprise a pris conscience au bout d'un certain temps qu'en s'appuyant sur l'analyse des CV reçus sur une période de dix ans, l'algorithme écartait les profils féminins sur certains postes spécifiques. Plus généralement, «la diversité apporte de la créativité et de l'innovation, pointe enfin Fatiha Gas. Lorsqu'un secteur n'est pas mixte, il y a un problème.»

L'écosystème se mobilise

Autant de raisons qui expliquent l'importance d'encourager, sans tarder, les femmes à emprunter la voie du numérique. «Un travail de démystification et d'information des jeunes est absolument nécessaire pour mieux leur faire connaître les métiers et le secteur du numérique», explique la directrice de l'ESIEA Paris qui compte en moyenne 20% de femmes sur les cinq années du cursus. Pour sa part, la chercheuse de l'Université de Genève Isabelle Collet constate cette année une augmentation de la présence des femmes dans certaines filières informatiques. «Est-ce que cela va durer? On n'en sait rien mais on peut penser qu'à force d'avoir des mesures incitatives et d'en faire un sujet, on a peut-être inversé quelque peu la tendance», analyse-t-elle.

C'est un fait, l'écosystème se mobilise: les réseaux féminins se multiplient comme l'incubateur Willa qui a contribué à créer plus de 350 startups dirigées par des femmes ou encore la Fondation Femmes@numérique qui a fédéré nombre d'associations et pas moins de 42 entreprises pour déployer des actions de sensibilisation d'ampleur, tandis que certaines sociétés comme La Poste affichent des résultats exemplaires en matière de mixité (voir l'encadré ci-contre). Last but not least, les femmes qui sont au cœur de l'écosystème digital en repoussent les frontières. À en croire leurs témoignages, elles ont des solutions pour faire bouger les lignes...

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La Poste, un acteur engagé pour la mixité

Le groupe public affiche des résultats exemplaires en matière d'égalité professionnelle, qui se confirment dans ses activités digitales dont le Comité Exécutif compte 5 femmes sur 12 membres. Activités digitales, rappelons-le, dirigées par une femme, Nathalie Collin, qui s'attache à accélérer la parité réelle. En 2017,  la direction numérique recrute 39 femmes sur un total de 87 embauches; du côté de la filiale Mediapost Communication, même engagement avec 79 femmes sur 155 recrutements. Quant au programme d'accélération French IoT, 46% des jeunes pousses comptent des femmes dans leurs équipes. En tête des entreprises publiques en matière de représentation féminine, La Poste est également bien au-dessus de la moyenne des sociétés tricolores: les femmes sont 40,9% au Conseil d'administration et 48% dans les postes d'encadrement. Avec un taux de féminisation à 52%, le Groupe est en effet engagé depuis plusieurs années dans une dynamique en faveur de l'égalité professionnelle femmes-hommes qui porte ses fruits dans tous les domaines: résorption des écarts de salaires, lutte contre le sexisme, articulation entre vie professionnelle et personnelle, accès aux postes à responsabilité... Un exemple d'entreprise responsable de plus en plus suivi aujourd'hui.

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Commentaires
a écrit le 03/01/2019 à 8:34 :
Une société oligarchique se fonde entièrement sur le principe inégalitaire de dominateur a dominé, les femmes, les pauvres et les étrangers sont forcément ceux qui sont touchés de plein fouet par cette impériale nécessité de nos possédants aliénés.

Si les pauvres demandent de leur côté l'égalité, les étrangers aussi mais du leur et les femmes également du leur ça permet au système de s'adapter à chaque cas et de s'y opposer avec efficacité, si par contre les trois étaient unis il serait bien plus embarrassé pour s'en débarrasser.

CE n'est donc pas pour l'égalité des femmes qu'il faut se battre mais pour l'égalité de tous même si nombreux ont un besoin vital de se soumettre, tels qu'ils soient, cela reste une minorité, importante certes, mais une minorité.

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