Les États-Unis bloquent des dizaines de sites internet liés à l'Iran après l'élection de l'extrémiste Ebrahim Raïssi

Ces blocages internet initiés par le Département de la Justice (DoJ) américain interviennent quelques jours après l'élection présidentielle en Iran, remportée par l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi, très critique envers l'Occident, qualifié de "boucher de Téhéran" par Israël, et après que les négociations entre puissances mondiales sur l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien ont été ajournées. Les noms des hébergeurs américains n'ont pas encore été dévoilés.

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Ebrahim Raïssi est le président le plus extrémiste jamais élu en Iran, a estimé Israël samedi, en l'accusant de vouloir faire avancer rapidement le programme nucléaire militaire iranien.
Ebrahim Raïssi est le président le plus extrémiste jamais élu en Iran, a estimé Israël samedi, en l'accusant de vouloir faire avancer rapidement le programme nucléaire militaire iranien. (Crédits : Reuters)

[Article publié le 23.06.2021 à 7:27 mis à jour à 8:08 avec annonce officielle du DoJ]

Le département américain de la Justice a bloqué mardi une trentaine de sites internet considérés pour la plupart comme liés à des activités de désinformation de l'Iran, a déclaré une source gouvernementale américaine à Washington.

Des avertissements sont apparus dans la journée sur un certain nombre de sites internet affiliés à l'Iran pour indiquer qu'ils avaient été saisis par le gouvernement américain dans le cadre de mesures légales.

Le FBI et d'autres agences américaines seraient à la manoeuvre

Les agences de presse officielles iraniennes ont rapporté que Washington a pris possession de plusieurs sites internet appartenant à des médias locaux et à des groupes affiliés à Téhéran, comme le mouvement yéménite des Houthis. Certains sites semblaient par la suite fonctionner à nouveau normalement.

Sur le site internet de Masirah TV, la chaîne de télévision en langue arabe contrôlée par les rebelles Houthis, on pouvait lire: "Le domaine almasirah.net a été saisi par le gouvernement des Etats-Unis en vertu d'un mandat de saisie (...) dans le cadre d'une mesure d'application de la loi" menée par plusieurs agences fédérales américaines, dont le FBI.

Le DoJ annonce avoir "saisi" 33 sites liés à Téhéran

Dans un premier temps, mardi dans la journée, aucun commentaire n'avait pu être obtenu auprès du département américain de la Justice, mais ce mercredi matin, le DoJ a annoncé officiellement avoir "saisi" 33 sites de médias contrôlés par le régime de Téhéran et trois sites irakiens des brigades du Hezbollah, qui étaient hebergés selon lui sur des domaines appartenant aux États-Unis, en violation des sanctions.

"Conformément à des décisions de justice, les Etats-Unis ont saisi 33 sites utilisés par l'Union iranienne de radio et de télévision islamique (IRTVU) et trois sites Web exploités par le Hezbollah, en violation des sanctions américaines", indique le département dans un communiqué.

Les noms des hébergeurs américains accusés pas encore dévoilés

Il n'a cependant pas dévoilé l'identité des entreprises américaines propriétaires des domaines hébergeant ces sites, et n'a pas expliqué comment elles avaient pu procéder, en violation des sanctions.

L'IRTVU, elle-même sous l'égide de la Force Al-Qods, est désormais, aux côtés de cette unité d'élite des Gardiens de la Révolution iraniens, sur la liste noire des sanctions américaines, ce qui interdit aux Américains, aux entreprises américaines et aux entreprises étrangères de faire des affaires avec eux ou leurs filiales.

L'agence de presse semi-officielle iranienne YJC a dénoncé la mesure américaine comme la preuve que "les appels pour la liberté d'expression sont des mensonges".

Ces avertissements sont apparus quelques jours seulement après l'élection présidentielle en Iran, remportée par l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi, très critique envers l'Occident, et après que les négociations entre puissances mondiales sur l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien ont été ajournées pour consultations.

Israël qualifie le nouveau président iranien de "boucher de Téhéran"

Ebrahim Raïssi est le président le plus extrémiste jamais élu en Iran, a estimé Israël samedi 20 juin, en l'accusant de vouloir faire avancer rapidement le programme nucléaire militaire iranien. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Lior Haiat, a exprimé sa position en ces termes dans un communiqué:

"Une fois que le Guide suprême a de facto dicté au peuple iranien qui il pouvait choisir, moins de 50% des Iraniens inscrits ont élu le président le plus extrémiste à ce jour."

Il ajoutait:

"Le boucher de Téhéran, Ebrahim Raïssi, a été dénoncé à juste titre par la communauté internationale pour son rôle direct dans les exécutions extrajudiciaires de plus de 30.000 personnes."

L'élection de ce "personnage extrémiste, déterminé à faire avancer rapidement le programme nucléaire militaire, affiche clairement les véritables intentions malveillantes de l'Iran et devrait susciter une grave inquiétude au sein de la communauté internationale", a-t-il ajouté.

Le DoJ cible le travail de désinformation des Gardiens de la révolution

En octobre dernier, les procureurs américains ont saisi un réseau de domaines en ligne dont ils ont dénoncé l'utilisation par les Gardiens de la révolution iranienne à des fins de désinformation politique à travers le monde.

Le département américain de la Justice avait à l'époque indiqué avoir pris le contrôle de 92 domaines utilisés par les Gardiens de la révolution pour se faire passer pour des organes de presse indépendants et cibler un auditoire aux États-Unis, en Europe, au Proche-Orient et en Asie du Sud-Est.

Amnesty réclame une enquête contre le président iranien élu vendredi

Samedi 19 juin, au lendemain de l'élection présidentielle iranienne, Amnesty International réclamait l'ouverture d'une enquête sur Ebrahim Raïssi, présenté en Iran comme le vainqueur de l'élection présidentielle organisée vendredi 18 juin, pour son rôle présumé dans des exécutions extrajudiciaires et dans la répression conduite en 1988 contre des opposants politiques.

L'Iran n'a jamais reconnu l'existence de cette répression massive et n'a jamais répondu aux accusations contre le régime. Certains dignitaires religieux ont toutefois parfois déclaré que les procès alors organisés étaient "équitales" et salué "l'élimination" de ceux qu'ils qualifiaient d'opposants armés.

Les circonstances entourant la disparition des victimes et celle de leurs dépouilles sont à ce jour un secret gardé par les autorités iraniennes, a déploré dans un communqué Agnès Callamard, la secrétaire générale de l'ONG.

"Nous réclamons toujours que l'implication d'Ebrahim Reïssi dans des crimes passés et présents soit l'objet d'une enquête conduite sous les règles du droit international, notamment par les États qui exercent une compétence universelle", a-t-elle déclaré.

Selon les médias d'État iranien, l'ultra-conservateur Ebrahim Raïssi a remporté le scrutin présidentiel de vendredi 18 juin 2021, devançant le seul candidat du camp modéré autorisé à se présenter et deux autres partisans de la ligne dure du régime.

(avec Reuters et AFP)

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ANNEXE: Le rapport d'Amnesty International sur les massacres dans les prisons iraniennes en 1988 : "Blood-Soaked Secrets - Why Iran's 1988 prison massacres are ongoing crimes against humanity" publié en 2017, version anglaise.

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Commentaires 4
à écrit le 23/06/2021 à 17:58
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Article très méprisant sur ce pays à la civilisation millénaire.

à écrit le 23/06/2021 à 12:32
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On aurait pu penser que Trump ayant abattu le général le plus influent du pays chez lui aurait calmé les iraniens mais visiblement pas et de ce fait cette situation devient réellement inquiétante, ne pas oublier qu'en plus d'une dictature c'est une t...

le 23/06/2021 à 17:39
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En même temps ils ne sont pas très malins ces islamistes qui enregistrent des noms de domaine dont le registre est sous contrôle américain (i.e. Verisign).

le 24/06/2021 à 8:34
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C'est bien ce que je dis c’est inquiétant cette bêtise mêlée en plus à la religion. L'essence et le feu...

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