Les implants oculaires en mettent plein la vue !

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Le Pr José-Alain Sahe et Bernard Gilly, les deux des cofondateurs de Pixium Vision. / DR
La start-up française Pixium Vision développe un dispositif d'implant rétinien pour rendre des capacités visuelles aux aveugles. Son innovation fournit des images de meilleure qualité grâce à sa caméra neuromorphique.

D' ici à quelques années, les aveugles pourraient retrouver la capacité de distinguer leur environnement, mais aussi de reconnaître des personnes et peut-être même de lire des livres. Si, depuis dix-huit mois, un premier implant oculaire a été mis sur le marché pour remplacer les rétines abîmées, un nouveau modèle, baptisé Iris (Intelligent retinal implant system) vient d'être présenté par la start-up française Pixium Vision (28 salariés). Son innovation : une caméra adaptée au langage neurologique.

« Les systèmes existant utilisent une caméra classique à 24 ou 30 images par seconde, précise le PDG et cofondateur de Pixium, Bernard Gilly.
Nous avons conçu une caméra neuromorphique qui fonctionne comme l'oeil humain, c'est-à-dire en continu. De ce fait, le cerveau peut mieux interpréter les stimulations que l'implant lui transmet. »

Le dispositif Iris fonctionne en trois parties. D'abord, une minicaméra fixée sur des lunettes envoie ses informations à un ordinateur de poche. Ensuite, une fois traitées, les images sont transmises à un implant, fixé sur la surface de la rétine, qui stimule directement le nerf optique. Enfin, le patient équipé reçoit des informations visuelles qu'il réapprend à interpréter.

En plus des technologies issues de l'Institut de la vision et de l'université Pierre-et-Marie-Curie, Pixium Vision a agrégé plusieurs développements scientifiques venus d'Allemagne et des États-Unis (université de Stanford). Sa solution est actuellement testée sur des patients aveugles avec des premiers résultats prometteurs.

Créée en 2011 avec l'un des meilleures ophtalmologues français, le Pr José-Alain Sahel, la start-up a effectué une levée de fonds de 24 millions d'euros en deux tranches (9,5 milions d'euros en mai 2012 et 14,5 milions d'euros en novembre 2013), auprès d'Omnès Capital, Sofinnova, Abingworth, Bpifrance et Seventure. Alors qu'elle devrait recevoir sous peu sa certification ISO/13 485, elle compte aujourd'hui ouvrir son capital en Bourse, afin de préparer le lancement commercial en Europe et d'élargir les essais aux États-Unis.

45 milions d'utilisateurs potentiels

Aujourd'hui, les deux concurrents d'Iris sont le dispositif Argus II, de l'américain SecondSight et l'implant Micropuce, de l'allemand Retinal Implant. Mais le marché potentiel est très large, avec 45 millions d'aveugles dans le monde.

Selon une étude de l'EFAB (Forum européen contre la cécité), l'impact économique de la nonvoyance atteint 20 milliards de dollars par an en Europe. Bernard Gilly estime que les coûts médicaux sont de l'ordre de 35.000 à 40.000 euros par an pour une personne aveugle. Pixium devrait rapidement commercialiser Iris autour de 100.000 euros et discute actuellement avec les autorités sanitaires pour sa prise en charge au titre des implants.

Avec l'université de Stanford, la start-up travaille aussi au développement du prochain modèle Prima (Photovoltaic retinal implant), doté de plusieurs milliers d'électrodes, contre 50 à 150 pour la version actuelle.

« Le marché de la neurostimulation représente plusieurs milliards d'euros par an (traitement de la maladie de Parkinson ou des douleurs chroniques, par exemple), et il connaît une très forte croissance. L'arrivée des implants rétiniens sur ce marché est très attendue. »

À plus long terme, la neurostimulation bien maîtrisée pourra sans doute permettre de plonger des personnes dans des réalités virtuelles ludiques ou de loisirs, comme l'annonçait le film de David Cronenberg, eXistenZ, en 1999. Mais pour cela, il faudra attendre encore au moins vingt-cinq ans.

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