Environnement : le smartphone fait des dégâts

Par Alexandre Gadaud  |   |  784  mots
Les Français changeraient de smartphone en moyenne tous les deux ans, sans forcément penser à recycler les anciens modèles. (Crédits : Reuters)
Les smartphones auraient un impact environnemental considérable. Selon une étude de l'Agence française de l'environnement (Ademe) ces conséquences pourtant pourraient être évitées.

Les smartphones ne sont pas "écolos". Et avec près de 7 milliards de téléphones intelligents vendus dans le monde depuis la sortie du premier iPhone, en 2007, et seulement 15% de smartphones en fin d'usage collectés, ils auraient même un impact important sur l'environnement. C'est en tout cas ce qu'affirme une étude réalisée conjointement par l'Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) - la première fédération française de défense de l'environnement -, et l'ONG France Nature Environnement, publiée ce lundi.

A l'aube de la présentation officielle du nouvel iPhone prévue ce mardi, les ventes de smartphones sont toujours en pleine croissance ; entre 2013 et 2016, elles auraient même augmenté de 50%, passant de 1 milliard à près d'1,5 milliard. Et elles entraîneraient surtout une surexploitation des matières premières nécessaires à leur fabrication.

Des métaux difficilement recyclables

S'il paraît évident que nos machines intelligentes sont essentiellement composées de différents métaux, l'identité de ces composants et surtout l'utilité des multiples matériaux restent encore inconnues. L'année dernière déjà, la sénatrice du Nord Marie-Christine Blandin (EELV) précisait dans son rapport d'information sur les portables usagés que "la connaissance précise de la composition des téléphones portables se heurte à l'opacité entretenue par les fabricants sur leurs appareils". Un mystère qui pourrait devenir dangereux pour la préservation de certaines matières premières.

Car le développement de nouvelles fonctionnalités, exigeant toujours plus de performances, aurait "alimenté silencieusement un renouvellement des besoins en métaux", souligne le rapport de l'Ademe et de l'ONG. Avec en moyenne une cinquantaine de métaux présents dans la composition d'un smartphone - deux fois plus que pour un portable d'ancienne génération -, ces matériaux restent difficilement recyclables, du fait qu'ils soient, pour la plupart sous forme d'alliage - la combinaison d'un élément métallique avec un ou plusieurs éléments chimiques.

De plus, d'après les deux organisations, l'extraction des minerais "pose particulièrement problème" dans les pays concernés. Elle peut causer des problèmes de pollution en Chine, notamment avec le néodyme - une des 17 substances de ce que l'on appelle les "terres rares" - mais peut aussi participer à la formation de certains troubles politiques, comme pour le conflit en République démocratique du Congo, autour de l'exploitation du tantale notamment.

Agir à petite et grande échelle

L'enquête met aussi en évidence un problème concernant les "pays riches": en France par exemple, les utilisateurs de smartphones changent en moyenne tous les deux ans d'appareil. Cependant, pour 88% d'entre eux, les téléphones sont encore en état de fonctionner. Un syndrome qui s'expliquerait selon l'étude par "des facteurs psychologiques et sociaux", mais aussi et surtout par le fait que la plupart des smartphones "ne sont pas conçus pour être robuste et réparables, ni compatibles et évolutifs dans le temps". Une obsolescence programmée de nos appareils qui commence tout juste à être réprimée par l'Union européenne, qui s'est décidée à mettre en place des mesures restrictives pour les fabricants.

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Plus particulièrement, c'est la question du recyclage des téléphones qui est en train d'évoluer. L'Ademe affirme même qu'il existerait en France "au moins 30 millions de téléphones dans nos tiroirs". Un phénomène qui préoccupe les industriels du secteur, qui "sentent la raréfaction du métal" constate Serge Kimbel, directeur général de Morphosis, une entreprise française spécialisée dans le retraitement des déchets électroniques et électriques. Aussi, elle s'efforce de donner une seconde vie à nos machines en reconditionnant certains éléments, pour les revendre d'occasion. Ils opèrent surtout en Afrique - où les filières de récupération des déchets sont quasi inexistantes -, et militent pour une fabrication d'appareils électroniques entièrement à partir de matériaux recyclés.

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D'autres entreprises ont mis en place en France des systèmes permettant la récupération de tous ces déchets métalliques - comme l'Atelier du Bocage -, mais c'est avant tout au consommateur de "le revendre, le donner à quelqu'un d'autre, ou à une structure de réemploi" d'après les auteurs de l'étude. De plus, les boutiques de télécoms ont l'obligation de reprendre les anciens appareils pour les recycler. De quoi faire vivre longtemps nos outils électroniques indispensables.