Morphosis valorise les métaux précieux contenus dans nos déchets électroniques

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(Crédits : DR)
La start-up havraise Morphosis a mis au point une méthode chimique d’extraction des métaux dans les DEEE. Une technologie retenue, début mars, par le groupe Orange pour le recyclage de téléphones mobiles en fin de vie sur le continent africain.

 

Cuivre, palladium, argent et même or, Serge Kimbel ne s'en cache pas, il traque les métaux précieux. Mais attention, le fondateur de la start-up havraise Morphosis n'est pas vraiment un routard partant, pioche sur l'épaule, à la recherche de pépites d'or. Son gisement à lui est beaucoup moins exotique : les déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). « En 2008, nous avons constaté qu'il n'existait pas une filière française de la valorisation des métaux précieux contenus dans les déchets électriques et électroniques. Nous avons donc formé une équipe de chercheurs pour travailler sur une solution d'extraction de ces métaux. »

La petite équipe commence par démanteler et dissèquer différents types de DEEE pour mieux comprendre leurs compositions. A partir de ces observations, ils parviennent à mettre au point une méthode chimique d'extraction des terres rares. « Notre procédé consiste d'abord à broyer les déchets afin d'atteindre plus facilement le métal. Ensuite, une seconde phase d'attaque chimique engendre la dissolution du métal. La dernière étape consiste enfin à récupérer toutes les particules pour les affiner en métal pur. » Le déchet devient ainsi une matière première qui sera revendue aux industriels pour de nouveaux usages.

Des déchets du monde entier qui convergent au Havre

Pour alimenter ce cycle de recyclage, Morphosis dispose de deux sources d'approvisionnement. La société achète tout d'abord des stocks de DEEE auprès de spécialistes de la collecte et du « désossage » de ces déchets. Il se rémunère alors sur le métal extrait. Autre scénario, la mise en place de partenariats intégrés auprès d'industriels ou d'opérateurs dont les produits électroniques constituent le cœur métier (télécom, multimédia…). « Pour certains clients, nous couvrons l'ensemble du processus : collecte, démantèlement, valorisation voire même restitution de la matière pour la ré-incorporer dans leurs nouveaux produits. »

Traités sur le site du Havre, ces équipements proviennent de toute l'Europe, mais aussi d'Outre-Mer ou du Moyen-Orient. De quoi s'interroger sur le caractère « durable » du processus ? « Notre activité présente un bilan globalement positif sur l'environnement même si la matière provient parfois de l'autre bout de la planete, Principalement parce que nous importons les déchets par voie maritime et parce que nous sommes basés à 300 mètres de la zone d'arrivée des conteneurs » se défend Serge Kimbel. Autres arguments de l'entrepreneur : l'extraction chimique des métaux est beaucoup moins énergivore que les méthodes mécaniques et génère moins d'effluent.

2014, une année charnière

Depuis sa distinction en décembre lors du Prix Cleantech Republic 2013, la start-up a été approchée par plusieurs instituts de recherche pour travailler sur des programmes scientifiques communs. Mieux, Morphosis a annoncé, début mars, un contrat d'envergure avec le groupe Orange. Cet accord de partenariat prévoit la valorisation de l'ensemble des téléphones mobiles collectés par l'opérateur sur le continent africain. Des bases de collecte dans cinq pays d'Afrique ont ainsi été créées pour les besoins du contrat.

Si la diversification des sources et zones d'approvisionnement est l'un des défis du moment pour Morphosis, Serge Kimbel garde un œil vigilant à l'évolution des sujets du recyclage ou de l'économie circulaire en France. « Aujourd'hui environ 50% des tonnages sont collectés. La grande vague de communication menée sur les DEEE, ces dernières années, a porté ses fruits. Mais nous avons le sentiment que la collecte stagne un peu. Il faut donc redynamiser le discours auprès des entreprises pour leur faire comprendre la nécessité de collecter encore davantage. » Et pour accroître ce gisement, là encore pas besoin de pioche, juste d'un peu de civisme.

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En vidéo : Interview de Serge Kimbel, Président de Morphosis

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Morphosis en bref…

  • Création : 15.05.2008
  • Fondateur : Serge Kimbel
  • Siège social : Le Havre
  • Effectif : 30 salariés
  • Autres implantations : Espagne (Madrid), Italie (Milan) et continent africain.
  • Chiffre d'affaires : 4 750 000 (2012), 6 000 000 (prévision 2013), 9 000 000 (prévision 2014)
  • Principaux clients : Orange, Bouygues Telecom, Numericable, Sita Industrie Electronique
  • Concurrents : négociants allemand et chinois, affineurs
  • Distinctions : Prix Cleantech Republic 2013 - Prix Spécial de la Rédaction ; Ecolink+ 2011- 100 entreprises les plus éco-innovantes en Europe

Cleantech Republic

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Commentaires
a écrit le 11/04/2014 à 23:36 :
C'est le type d'entreprise pleine de potentiel dans le monde et qui justifie une cotation en bourse pour un développement plus rapide et d'autres implantations par exemple en Asie et je pense qu'il y a encore de la place à prendre aux Etats-Unis malgré des concurrents. C'est une vraie pépite ! Elle valorise les métaux communs : Cuivre, Aluminium, Plomb, Fer,.. les matières plastiques : ABS, PP, PE, PEHD,.. les métaux rares : Or, Argent, Platine, Palladium, Rhodium, Etain,.. Cà rappelle ausi qu'il faut aller porter ses vieux appreils à recycler et quand on ne sait pas où, tapper : eco-systems.fr

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