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Santé : un label contre les applis médicales farfelues

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Jean-Yves Paillé

Publié le 19 avril 2016 à 05:00

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La startup française DMD Santé a créé le premier label français pour certifier la valeur scientifique des applications santé et leur respect de la législation. L'objectif est de promouvoir les bonnes pratiques.

Comment s'y retrouver dans le capharnaüm des applications santé ? Il existe en effet 165.000 applications bien-être et santé sur les App Store et Google Play, selon la dernière étude d'IMS Institute for Healthcare Informatics. Leur valeur médicale est parfois douteuse. Et si elles sont beaucoup téléchargées, peu sont, en réalité, régulièrement utilisées.

Face à l'absence d'une structure rattachée au ministère de la Santé pour évaluer et labelliser les applications mobiles consacrées à la santé, une startup a décidé de créer ses propres critères. DMD santé, qui propose une approche collaborative de l'évaluation des applications mobiles, en associant patients et professionnels de santé dans l'évaluation d'outils numériques, a mis en place le mHealth Quality (qualité de santé mobile). Il s'agit du premier label français donnant une certification à des applications de santé en termes de qualité pour leur « valeur médicale », le respect de la sécurisation des données ou plus globalement le respect de la législation en vigueur. Pour obtenir ce label, l'éditeur doit remplir un questionnaire.

Nécessité de citer des sources médicales

Sur le site M-healthquality.eu, l'éditeur choisit la catégorie de son outil (application destinée à l'observance, base de médicaments, serious game...). Des questions sont ensuite générées. Elles permettent de vérifier la conformité médicale, juridique (hébergement de données, réglementation du dispositif médical notamment), éthique et de vérifier les bonnes pratiques sur la sécurité informatique. Le nombre de questions dépend de la complexité de l'application.

« On dispose d'une base de 350 questions pour 34 catégories possibles », explique Guillaume Marchand, président de la startup DMD et médecin psychiatre, lors du premier forum parlementaire sur la santé connectée, qui s'est tenu le 29 mars.

In fine, l'éditeur reçoit un avis et des conseils selon les réponses données afin d'améliorer son application. Il obtient également des notes. Il doit acquérir suffisamment de points pour les différents thèmes du questionnaire (médical, juridique...) dont le contenu est modifié si la législation évolue. Et il ne doit pas faillir à une question éliminatoire. « Par exemple, si aucune source médicale ne vient étayer la formule, l'application ne peut être labellisée. » Si le questionnaire est gratuit depuis le 29 mars, l'éditeur devra payer pour obtenir le label.

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« C'est le premier questionnaire en Europe à associer une possibilité d'auto-évaluation gratuite à un audit sécurité et à de la valeur d'usage », assure Guillaume Marchand.

« L'idée était de créer comme pour les voitures, un contrôle technique, c'est-à-dire une marque de confiance. L'objectif est de diffuser un guide des bonnes pratiques », poursuit Guillaume Marchand. Car « une bonne partie des solutions ne sont pas performantes ». Le président de la startup voit dans cette labellisation une « soft régulation ». « On ne veut pas sanctionner les éditeurs. Le but est de les accompagner. Il faudrait une étude scientifique sur toutes les applications, mais ce n'est pas possible. C'est un marché très mouvant pour lequel il ne faut pas ériger de barrière », prône-t-il.

Le label est consacré avant tout aux applications du type Vidal (bases de données de médicaments, ou explications autour d'une pathologie), partages de clichés, discussion autour de diagnostics entre médecins, vidéo explicative pour prendre de l'insuline ou de la ventoline, par exemple. Elles représentent la majorité du marché des applications santé.

Mais le label de DMD Santé ne peut pas tout. Pour la santé mobile dans le cadre d'un diagnostic, comme celles destinées au suivi de la sclérose en plaque ou d'un cancer, « il faut mener de vraies études d'impact, une labellisation ne suffit pas », avoue Guillaume Marchand.

Collaborer avec les professionnels de santé

Ce type d'initiative peut également pousser les éditeurs à travailler avec des professionnels de santé pour que les applications bénéficient de leur expertise et proposent un véritable intérêt médical.

Sur le top 150 des applications médicales, «seules 24% ont dans leur cahier des charges l'intervention d'un professionnel de santé à un moment donné, et quasiment aucun éditeur n'a coconstruit son appli avec des patients »,explique Guillaume Marchand, se fondant sur une étude récente de sa startup.

C'est un marché « qui a des prétentions médicales, mais les éditeurs ne se mélangent pas avec les professionnels de santé ».

Pourtant, l'évolution est annoncée. Les géants du Web ont d'ailleurs récemment déployé des services pour se rapprocher des médecins, patients et éditeurs. C'est le cas d'IBM, en association avec le site de financement participatif de santé français Wellfundr. Plus récemment, Fin mars, Apple a lancé Carekit, un logiciel pour que les patients partagent leurs données afin d'aider les développeurs à construire.

Par ailleurs, DMD Santé ne compte pas s'arrêter là. La startup prévoit la création d'un magasin en ligne pour mettre en avant les applications santé bénéficiant du label. Une initiative qui sera mise en place avant l'été 2016.

«On peut se retrouver avec plusieurs centaines d'applications consacrées au diabète, mais les plus pertinentes risquent de se retrouver très loin, au bout de plusieurs pages dans un magasin classique »,justifie Guillaume Marchand.

Enfin, DMD veut exporter son label et son « usage des bonnes pratiques » à l'étranger.

Jean-Yves Paillé

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