Malgré des résultats supérieurs aux attentes, Broadcom a déçu les marchés en maintenant ses prévisions annuelles, provoquant une brusque correction des valeurs européennes liées à l'intelligence artificielle et aux semi-conducteurs.
Le vent tourne-t-il pour les valeurs liées à l’intelligence artificielle ? Les marchés européens ont brutalement sanctionné jeudi les acteurs du secteur après une publication jugée décevante du géant américain Broadcom. Malgré des résultats solides, l’absence de relèvement des prévisions annuelles du groupe a suffi à réveiller les doutes sur les perspectives de croissance de l’IA, l’un des principaux moteurs de la hausse des marchés depuis le début de l’année.
La réaction a été immédiate. À Paris, les spécialistes des semi-conducteurs STMicrœlectronics et Soitec ont décroché respectivement de 5,15 % et 8,18 % en milieu de séance. À Francfort, Infineon abandonnait plus de 4 %. Même les entreprises bénéficiant indirectement de l’essor de l’intelligence artificielle, notamment dans les infrastructures électriques et les centres de données, ont été entraînées dans le mouvement. Schneider Electric et Legrand évoluaient ainsi en territoire négatif.
Pourtant, les chiffres publiés par Broadcom sont loin d’être mauvais. Le groupe américain, devenu l’un des principaux fournisseurs de l’écosystème de l’IA grâce à ses partenariats avec OpenAI, Meta et Anthropic, a enregistré au deuxième trimestre un chiffre d’affaires en hausse de 48 % sur un an, dépassant les attentes des analystes.
Sanction immédiate
Mais dans un marché habitué aux performances exceptionnelles des géants technologiques, cela n’a pas suffi. Comme le souligne Matt Britzman, analyste actions chez Hargreaves Lansdown, « l’absence de relèvement des prévisions annuelles a clairement déçu de nombreux investisseurs ». Le directeur général de Broadcom, Hock Tan, a pourtant mis en avant un carnet de commandes de 30 milliards de dollars pour les semi-conducteurs dédiés à l’intelligence artificielle. Un montant considérable, mais qui n’a pas dissipé les interrogations sur le rythme futur de croissance du secteur.
La sanction boursière a été sévère. L’action Broadcom a chuté de 13 % dans les échanges électroniques après la clôture de Wall Street. Une réaction « assez violente », selon Alexandre Baradez, responsable de l’analyse de marché chez IG France.
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Pour les investisseurs, le message est clair : les valorisations atteintes par certaines valeurs de l’IA laissent peu de place à la moindre déception. Cette correction « ravive les interrogations sur le rythme réel de croissance de l’intelligence artificielle, un thème qui a largement porté les marchés mondiaux depuis le début de l’année », estime John Plassard, de Cité Gestion.
Le retour du logiciel
Le phénomène illustre aussi l’exigence extrême des marchés vis-à-vis de ce secteur. « Cela montre à quel point, dans un secteur qui était le moteur de la hausse de plein d’indices technologiques, avec des performances assez vertigineuses des valeurs liées aux semi-conducteurs, les marchés intègrent la perfection avec des croissances gigantesques », analyse Alexandre Baradez.
Au-delà de la correction des valeurs directement exposées à l’IA, les investisseurs semblent déjà chercher de nouveaux relais de performance. Une rotation sectorielle s’est amorcée au sein même de la technologie. « Lorsque l’IA ne marche pas, on vend l’IA pour acheter les secteurs délaissés comme les logiciels ou le luxe en Europe », explique Grégoire Kounowski, conseiller en investissement chez Norman K.
Les éditeurs de logiciels ont ainsi profité de ce mouvement de balancier. Capgemini a pris la tête du CAC 40 avec un gain de plus de 6 %, tandis que Dassault Systèmes progressait de plus de 5 %. À Francfort, SAP enregistrait également une hausse marquée.
Ce rebond reste toutefois à relativiser. Les valeurs du logiciel accusent encore un retard important depuis le début de l’année, pénalisées par la montée en puissance de l’intelligence artificielle générative et par les interrogations sur son impact futur sur leurs modèles économiques.