Prix 10.000 startups 2021 : Carbiolice, l'ambition folle de rendre le plastique propre

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Carbiolice est le gagnant 2021 du prix 10.000 startups pour changer le monde, organisé par La Tribune, dans la catégorie Coup de cœur.
Carbiolice est le gagnant 2021 du prix "10.000 startups pour changer le monde", organisé par La Tribune, dans la catégorie "Coup de cœur". (Crédits : DR)
Lauréate, dans la catégorie Coup de cœur, du concours « 10.000 Startups pour changer le monde » organisé par La Tribune, l’auvergnat Carbiolice ajoute, lors de la fabrication des bioplastiques, une enzyme brevetée qui les rendent 100% compostables et biodégradables. Son innovation de rupture permet aux industriels d'utiliser un emballage "propre" tout en conservant les propriétés utiles du plastique (pour les pots de yaourts, films, barquettes, etc). Une possible révolution pour l'industrie agroalimentaire.

Le plastique est partout dans nos emballages, surtout dans l'industrie agroalimentaire. Mais son recyclage pose encore problème. « Seuls 25% des plastiques sont finalement recyclés par exemple. Et si l'on enlève les flacons et bouteilles, leur taux tombe plutôt à 5 % », explique Nadia Auclair, présidente de la startup Carbiolice, qui a décidé de s'attaquer à ce problème majeur pour la transition écologique.

Pour l'entrepreneuse, le problème de fond est que les emballages plastiques sont trop complexes à traiter. Soit ils sont multicouches, soit ils sont trop fins, soit il sont trop souillés par les aliments. Conséquence : le modèle économique du recyclage reste difficile à équilibrer, et une grande partie des plastiques, y compris les bioplastiques, échappent au recyclage.

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Des enzymes qui "digèrent" le plastique

« C'est pourquoi la compostabilité est pour nous le meilleur allié, puisque cela permet de rendre biodégradables des emballages aux côtés de leurs aliments », indique la dirigeante.

C'est en faisant des recherches et en testant différentes solutions que Nadia Auclair et ses équipes sont tombés sur l'existence de micro-organismes qui viennent digérer les aliments et certaines matières.

« Les enzymes étaient déjà utilisées dans le milieu des compléments alimentaires ou de la détergence, notamment dans les lessives, puisqu'elles permettent de "casser" les structures lipides ou glucides. Pourquoi ne pas mettre ces enzymes dans nos matériaux et les programmer à être compostables lorsqu'on les jette ensuite dans un composteur ? ».

Mais de l'idée à la pratique, il a tout de même fallu près de quatre ans de travaux avant d'identifier et d'adapter une certaine catégorie d'enzymes à cet effet. « Nous sommes pour cela rapprochés du leader mondial dans le développement et la fabrication des enzymes, le danois Novozymes, pour développer un partenariat en R&D qui s'est ensuite transformé en collaboration business, avec la fourniture d'enzymes », explique Nadia Auclair.

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Une enzyme spécifique pour chaque application

Ensemble, ils ont développé la recette d'un additif Evanesto à base d'enzymes qui, une fois « encapsulée » au sein des PLA, ces polymères renouvelables d'origine végétale, accélère leur biodégradabilité lorsqu'ils se retrouvent au contact de certaines conditions de température, humidité et PH, c'est-à-dire une fois jetés au bac à compost.

« Nous sommes parvenus à rendre cette substance active uniquement lorsqu'elle est jetée, tout en respectant les exigences du secteur agroalimentaire et du milieu des emballages de manière générale », affiche la présidente de Carbiolice.

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La jeune pousse, qui emploie 25 salariés à Riom (Puy-de-Dôme), s'apprête à commercialiser ainsi cet additif auprès des fabricants et transformateur du milieu de la plasturgie, qui pourront ensuite introduire directement dans la recette de fabrication des emballages.

« La bonne nouvelle, c'est que l'on a besoin d'une concentration de seulement 5 % de cette, ce qui n'est pas énorme », précise Nadia Auclair.

Et depuis la fin de l'année dernière, sa solution Evanesto  a même reçu le label Ok Home Compost, délivré par le Groupe autrichien TÜV Austria, qui garantit ainsi une biodégradation complète dans les conditions d'un compostage à domicile notamment.

Pour autant, sa découverte a encore des limites : « Dans la nature, chaque enzyme réagit spécifiquement à un paramètre. C'est la même chose lorsqu'on ne digère pas le lait, c'est qu'il manque une enzyme précise. Celle que nous avons développé correspond précisément à un mécanisme, que l'on cherche ensuite à produire à échelle industrielle, et concernera donc uniquement les PLA », précise -t-elle.

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Biodégrader, mais pas disperser

Aujourd'hui, ces polymères renouvelables d'origine végétale (PLA) sont déjà utilisés au sein de l'industrie agroalimentaire (pots de yaourts, films, barquettes, opercules, etc) mais ne représentent encore que 1 % des plastiques commercialisés sur le marché.

Pour autant, « il faut bien commencer quelque part », admet Nadia Auclair.

Carbiolice poursuit également ses travaux en vue de pouvoir adresser d'autres catégories de plastiques, tout en rappelant que les matières d'origine fossile disposent d'une composition plus complexe, et donc plus difficile à faire « digérer » par ses additifs.

« Nous ne souhaitons pas nous placer du côté des additifs qui atomisent et fragmentent le plastique, car cela ne règle pas le problème et disperse les matières dans les sols. Nous souhaitons opter pour un mécanisme de digestion qui assure une meilleure biodégradabilité », reprend-elle.

Depuis fin 2020, la société se trouve désormais en phase d'échantillonnage sur une ligne industrielle et espère lancer la commercialisation de son additif auprès de futurs clients à compter de cet été. Avec une capacité de production équivalente à 80.000 tonnes de PLA qui deviendraient ainsi « digérables » par ses micro-organismes, et qui n'auraient donc plus besoin d'être incénérés.

« L'effet levier est particulièrement intéressant car une tonne de notre additif revient à 20 tonnes de déchets en moins, étant donné que nous visons une concentration de 5 % », fait valoir Nadia Auclair.

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Un modèle économique pour la fin de vie

Du côté du modèle économique, la société auvergnate précise que sa technologie représente un surcout de 1 centime d'euro par pot de yaourt, et mise sur le principe du « pollueur payeur », mis en place par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire du 10 février 2020.

Celle-ci prévoit notamment la fin des plastiques à usage unique pour 2040 ainsi que chaque producteur prenne désormais en charge le coût de la gestion des déchets liés à leurs produits d'ici, au plus tard, 2024. « D'où l'intérêt de pouvoir neutraliser ce coût dès le départ », estime Nadia Auclair.

Avec sa solution Evanesto, Carbiolice vise directement le marché européen, mais également à terme le marché américain où les PLA sont déjà utilisés et où la demande en écocompostabilité se développe.

Mais pour que le marché du compostage gagne réellement ses lettres de noblesse, Nadia Auclair précise qu'il faudra probablement élargir le spectre de sa collecte au milieu urbain. « Avec les objectifs fixés par la loi désormais, on voit tout l'intérêt de réaliser une collecte des biodéchets et de les rassembler dans un méthaniseur ou un composteur industriel afin de développer cette filière ».

Selon elle, le compostage devrait s'imposer au cours des prochaines années comme une méthode « complémentaire » au recyclage, compte-tenu de la multitude de  formulations plastiques différentes. Et de rappeler : « Chaque année, ce sont près de 8 millions de tonnes qui finissent dans les océans tandis que l'on produit 300 millions de tonnes de plastiques au total. Si l'on veut gérer la fin de vie de ces matières, nous devrons additionner les solutions ».

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Le prix "10.000 startups pour changer le monde" est le plus grand concours de startups en France. Il est organisé par La Tribune en partenariat avec BNP Paribas, la Mission French Tech, Bpifrance, Business France, le cabinet de conseil en propriété intellectuelle Germain Moreau, Enedis, le secrétariat d'Etat à l'Economie Sociale et Solidaire et le ministère de l'Outre-Mer.

"10.000 startups pour changer le monde" récompense depuis 9 ans les startups françaises les plus prometteuses dans six catégories qui incarnent les défis de demain : Environnement & Energie, Industrie du futur, Data & IA, Smart tech -innovations d'usage-, Santé et Start -pépites en phase d'amorçage. Lors d'un tour de France entre janvier et mars dans 8 métropoles françaises (Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Paris, Strasbourg et Lille), son jury d'experts et de journalistes a récompensé dans chaque région 6 startups, une par catégorie, soit 48 lauréats régionaux.

Ces gagnants se sont affrontés en finale le 15 mars en Paris, pour désigner parmi eux 8 grand prix nationaux : un par catégorie, ainsi qu'un prix Coup de Coeur et un prix Impact. Un 9è prix a également été décerné à une startup des Outre-Mer, parmi quatre finalistes primés à La Réunion et en Guadeloupe. Les 9 prix ont été remis le 29 mars 2021 au Grand Rex de Paris. Après sa victoire lors de la sélection régionale de Lyon, Carbiolice est le grand lauréat national dans la catégorie "Coup de cœur".

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Commentaires
a écrit le 04/04/2021 à 1:33 :
Une pandémie est entrain de tuer des gens dans la plus grande indifférence.
La Chine est à l’origine de ce massacre
a écrit le 03/04/2021 à 11:00 :
"Nous ne souhaitons pas nous placer du côté des additifs qui atomisent et fragmentent le plastique, car cela ne règle pas le problème et disperse les matières dans les sols"

En effet c'était une réponse idiote à un problème sérieux. Le vivant pour combattre le mort semble être la meilleure voie en effet.
a écrit le 03/04/2021 à 9:22 :
"« La bonne nouvelle, c'est que l'on a besoin d'une concentration de seulement 5 % de cette (xxx), ce qui n'est pas énorme », précise Nadia Auclair." cette enzyme ? Manque un mot

"une grande partie des plastiques, y compris les bioplastiques, échappent au recyclage" même si on les met dans le conteneur ils n'ont pas obligatoirement d'avenir. Une émission RTS (Suisse) sur YT montre une expérience avec des emballages dont certains vertueux et 3 "poubelles", les cobayes devaient choisir objet par objet dans laquelle les trier. En fait tout devait être jeté, même dit "recyclable" car pas recyclé en vrai. Les sacs en matière intermédiaire se fragmentent en bouts de plastique, ce qui ne fait rien gagner, seul le végétal pur peut bien évoluer mais où ? Dans le jardin ? Au compost avec les tontes d'herbes ?

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