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WikiLeaks et Internet, symboles de la fin des secrets, même à la Maison Blanche

Source Reuters

Publié le 29 novembre 2010 à 16:13 - Mis à jour le 29 novembre 2010 à 16:17

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Première conséquence de la divulgation de secrets d'Etat américains par le site WikiLeaks : dans la société de l'information, il est de plus en plus dur de garder des secrets.

La divulgation par WikiLeaks de documents confidentiels du département d'Etat américain ne bouleversera pas les relations internationales et va sans doute embarrasser les diplomates américains. Mais la première conséquence de cet événement est à chercher ailleurs: dans la société de l'information, il est de plus en plus dur de garder des secrets. Les Etats-Unis, comme d'autres pays, s'alarment des dégâts diplomatiques que peut provoquer la diffusion de quelque 250.000 télégrammes échangés entre Washington et ses ambassades, pour l'essentiel depuis 2004. Cinq journaux ont commencé à les dévoiler dimanche.

Ces documents révèlent les opinions, souvent peu flatteuses, de diplomates américains sur des chefs d'Etat étrangers, ou des informations stratégiques qui n'avaient pas vocation à se retrouver sur internet. Le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, a annoncé avant leur publication un "11-Septembre de la diplomatie mondiale" qui ferait "exploser les relations de confiance entre pays" mais experts et anciens diplomates sont généralement plus mesurés. La plupart juge que le ballet diplomatique reprendra comme avant, une fois soignés les egos des quelques dirigeants égratignés dans ces documents. Les ambassadeurs continueront à faire usage en public de la langue de bois diplomatique et de livrer le fond de leur pensée dans leurs rapports. "Les diplomates ne se sont jamais épargnés en privé, et tout le monde le savait", explique Michael Cox, du groupe de réflexion Chatham House.

"SONNEURS D'ALARME"

À l'inverse, Roger Cressey, ancien responsable de la sécurité informatique et de la lutte antiterroriste des Etats-Unis, est prêt à "appuyer sur la gâchette" pour exécuter le responsable de cette fuite. "L'essence de notre politique étrangère, c'est notre capacité à dire les choses franchement à nos homologues étrangers et à maintenir ces conversations hors le domaine public. Cette fuite massive met en danger, pour le futur, ce principe de base des relations diplomatiques", dit-il. "Cela ne va pas modérer la franchise des diplomates", estime Christopher Meyer, ancien ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington. "Mais les gens vont vérifier la sécurité de leurs communications électroniques et de leurs archives. On n'aurait jamais pu voler du papier en telle quantité". Les gouvernements l'apprennent à leurs dépens depuis plusieurs années. Londres a déjà été mis dans l'embarras par la perte de disques durs d'ordinateur contenant des données sur plusieurs millions de citoyens. Les experts estiment que plusieurs entreprises occidentales se sont déjà fait dérober des informations sensibles par des pirates informatiques.

En quatre mois, la protection des données de la défense et de la diplomatie américaines a été trompée trois fois par WikiLeaks, qui dit agir pour la transparence. Les télégrammes, comme les notes déjà divulguées sur les guerres en Irak et en Afghanistan, semblent avoir été transmis par une seule personne. Les soupçons des autorités américaines se concentrent sur le soldat Bradley Manning, ancien analyste de données pour l'armée américaine, déjà en détention.

La directrice de la rédaction du Monde, l'un des cinq journaux ayant révélé leur contenu, a justifié ainsi la démarche de son quotidien: "Ces documents, même illégalement transmis à WikiLeaks, risquant à tout moment de tomber dans le domaine public, Le Monde a considéré qu'il relevait de sa mission d'en prendre connaissance, d'en faire une analyse journalistique et de la mettre à la disposition de ses lecteurs." "Ce n'est pas un hasard si ces nouvelles révélations émanent des Etats-Unis, le pays le plus avancé technologiquement et, d'une certaine manière, la société la plus transparente, plutôt que de Chine ou de Russie", ajoute Sylvie Kauffmann. "C'est des Etats-Unis qu'est partie la révolution internet, c'est là aussi que vit la tradition des 'whistleblowers', ces 'sonneurs d'alarme' de la société civile. Et WikiLeaks le sait mieux que personne."

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MONTAGNE DE DONNÉES

Michael Cox renchérit: "C'est un signe qu'à l'ère de la société de l'information, il est très difficile de garder secret quoi que ce soit." Les spécialistes de la sécurité n'y arrivent pas mieux que les autres. Le chef du MI6, les services secrets britanniques, s'est retrouvé en maillot de bain sur Facebook après que sa femme a publié leurs photos de vacances sur son profil public. On ne compte plus les responsables publics forcés de s'excuser après la divulgation de leur correspondance électronique et de son contenu politiquement incorrect. Les vrais bénéficiaires de cette fuite massive, dit Michael Cox, sont les historiens et les chercheurs en relations internationales, qui ont devant eux une montagne de matériau brut qu'ils n'auront pas fini d'analyser avant plusieurs années.

À lire également

  • Troubles manoeuvres autour du fondateur du site WikiLeaks

Pour autant, les échanges les plus sensibles entre Washington et ses ambassades restent probablement secrets. "Les gouvernements ont tendance à mettre autant d'informations que possible dans les catégories 'secret' ou 'classifié', que cela le soit vraiment ou non", dit Michael Cox. "L'information vraiment secrète, à mon avis, est encore plutôt en sécurité et ne se retrouvera probablement pas sur WikiLeaks."

Source Reuters

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