Mondialisation : et si l’Internet se fragmentait ?
Guillaume Renouard
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En mars dernier, peu de temps après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, une lettre rédigée par Andrei Chernenko, ministre russe du numérique, fuite sur la toile. Il y invite les sites internet gouvernementaux utilisant des serveurs étrangers à passer sur des serveurs russes, et à supprimer sur leurs pages tout code JavaScript téléchargé depuis une source étrangère.
Le ministre indique également que les services web sous contrôle étatique devront immédiatement basculer sur un système de nom de domaine (DNS) dont les serveurs sont hébergés sur le territoire russe. De quoi relancer les rumeurs, nées avec RuNet, projet d'intranet russe souverain, selon lesquelles la Russie s'apprêterait à se couper de l'internet mondial. Peu de temps après la fuite, Andrei Chernenko a réagi en niant toute volonté d'isoler la Russie du reste de la toile, indiquant que ses consignes visaient avant tout à protéger les sites russes des attaques étrangères.
Que le ministre russe du numérique dise ou non la vérité, l'invasion de l'Ukraine par son pays a relancé la crainte de voir l'internet mondial se fragmenter en divers internets nationaux ou régionaux : de passer de l'internet au splinternet, pour reprendre l'expression couramment employée.
« L'expression "splinternet" désigne le fait d'avoir, en lieu et place d'un seul réseau mondial, des îlots numériques distincts, sans interopérabilité. Cela signifie que ces réseaux ne se parlent pas les uns les autres, voire même qu'ils opèrent sur des technologies différentes et incompatibles », explique Konstantinos Komaitis, expert de la régulation du net.
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En sachant que la fragmentation est plutôt un processus qu'un événement ponctuel, comme le rappelle Kieron O'Hara, co-auteur, avec Wendy Hall, de l'étude Four Internets: Data, Geopolitics, and the Governance of Cyberspace, consacrée à la fragmentation du net. « D'une certaine manière, l'internet se fragmente en permanence. Régulièrement, des gouvernements coupent ainsi l'accès à la toile : l'Inde a déjà mis le Kashmir hors-ligne à plusieurs reprises, et le Tigray est actuellement privé d'internet en Ethiopie. Myanmar impose également des restrictions fluctuantes depuis le coup d'État.
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Guillaume Renouard