Guerre en Ukraine : vers une rupture radicale de l'Internet russe avec l'Internet mondial ?
Guillaume Renouard
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L'invasion de l'Ukraine par la Russie a donné lieu à la fermeture et à la limitation de certains services technologiques en Russie, ressuscitant la crainte de voir émerger un "splinternet" : un Internet mondial fracturé en plusieurs zones, avec chacune des technologies, des règles, voire même des infrastructures différentes.
Certaines restrictions mises en place depuis le début du conflit sont le fait du Kremlin, soucieux de contrôler les flux d'informations délivrés à sa population. Les autorités russes ont par exemple restreint l'accès à Facebook, accusé de censurer les médias russes comme Russia Today (RT).
D'autres sont à l'initiative des géants technologiques internationaux, soucieux de montrer leur soutien aux Ukrainiens, en réponse à la pression du public et des gouvernements occidentaux : Apple Pay et Google Pay ont par exemple été coupés en Russie à l'initiative des deux géants californiens.
Mais les choses pourraient aller encore bien plus loin : ce mardi, le gouvernement ukrainien a appelé l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann), une autorité de régulation du net basée en Californie, qui gère notamment l'adressage IP et les noms de domaine, à déconnecter le domaine national .ru, ce qui compliquerait considérablement l'accès à tous les sites russes.
Si la mesure a peu de chance d'être mise en place, tant elle constituerait un précédent qui nuirait à la neutralité, et donc à la légitimité de l'Icann, elle montre que l'Internet mondial, que nous tenons pour acquis, est en réalité vulnérable à une fragmentation, que les événements exceptionnels des derniers jours rendent plus probable que jamais.
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Dans ce contexte, le risque est réel de voir l'Internet russe se séparer de manière radicale de l'Internet mondial, au profit de son propre Web souverain, avec des échanges d'informations très limités entre les deux. D'autant que la Russie se prépare à cette éventualité depuis plusieurs années, en accentuant son contrôle sur la toile et en augmentant la résilience de ses infrastructures internet.
Guillaume Renouard