Vivendi tout près d’une OPA hostile sur Gameloft

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En deux mois, Vivendi, dirigé par Vincent Bolloré, a investi plus de 430 millions d'euros pour monter dans le capital des deux sociétés : au moins 300 millions dans Ubisoft et 130 millions dans Gameloft.
En deux mois, Vivendi, dirigé par Vincent Bolloré, a investi plus de 430 millions d'euros pour monter dans le capital des deux sociétés : au moins 300 millions dans Ubisoft et 130 millions dans Gameloft. (Crédits : Reuters)
Le groupe dirigé par Vincent Bolloré détient désormais 26,69% du capital de Gameloft, l’une des deux sociétés de jeux vidéo des frères Guillemot. Tout proche du seuil de 30%, qui déclencherait une OPA hostile que le groupe envisage sérieusement.

Les frères Guillemot sont-ils en train de perdre la guerre pour le contrôle d'Ubisoft et de sa petite sœur Gameloft, spécialisées dans le jeu vidéo ? Lundi soir, Vincent Bolloré, qui s'est mis en tête de prendre le contrôle des deux sociétés pour les intégrer dans son empire des médias et du divertissement, a lancé une nouvelle offensive. La troisième en deux mois.

Dans un communiqué, Vivendi, qui possède aussi Universal Music France, Canal + et Dailymotion, annonce détenir 26,69% du capital de Gameloft. Ce qui en fait le premier actionnaire du groupe. Au total, le groupe dirigé par Vincent Bolloré possède 22.7 millions d'actions dans Gameloft, pour un investissement global de 11.6 millions d'euros. Une goutte d'eau dans une trésorerie de 9 milliards d'euros grâce à la vente de SFR à Numericable.

    | Lire : Pourquoi Vincent Bolloré (Vivendi) s'intéresse à UbiSoft et Gameloft

Pas d'OPA en vue... pour l'instant

Cette nouvelle offensive de Vincent Bolloré pourrait bien signer le début de la fin pour les frères Guillemot. En deux mois, Vivendi a investi plus de 430 millions d'euros pour monter dans le capital des deux sociétés : au moins 300 millions dans Ubisoft et 130 millions dans Gameloft.

Le 25 octobre, Vincent Bolloré contrôlait 10,39% d'Ubisoft et s'imposait déjà comme le premier actionnaire de l'éditeur des Lapins crétins et de la saga Assassin's creed. Il détenait aussi 10,20% de Gameloft, spécialisé dans les jeux sur mobile.

Le 1er décembre, il franchissait le palier de 20% des participations dans Gameloft. Le voilà désormais à 26,69%, tout proche du seuil de 30%, qui déclencherait une OPA.

L'art de la menace voilée

Dans sa déclaration d'intention adressée lundi à l'Autorité des Marchés Financiers et publiée sur le site de l'AMF, Vivendi manie à la perfection l'art de la menace voilée. Tout d'abord, le groupe se veut rassurant. Il précise que "ces achats n'ont pas été spécifiquement conçus comme une étape préparatoire à un projet de prise de contrôle de Gameloft".

Il ajoute aussi qu' "aucune décision n'a été prise en l'état concernant un éventuel dépôt d'offre publique d'acquisition (OPA)". Selon le document, Vincent Bolloré privilégie "une approche constructive » pour établir une "collaboration fructueuse pour les deux groupes", dans une vision stratégique de "convergence opérationnelle".

Voilà pour la pommade. Place désormais aux menaces.

"Si une telle approche ne se conclut pas favorablement, Vivendi n'exclut pas de prendre le contrôle de Gameloft."

Autrement dit, Vincent Bolloré ne laisse pas d'autre choix aux frères Guillemot que d'accepter d'être avalés par le géant Vivendi.

"On n'entre pas dans une société en cassant la porte"

Or, les réactions des frères Guillemot aux prises de participations successives de Vivendi dans leurs entreprises montrent que le scénario de la collaboration paisible entre les deux groupes a très peu de chances de se concrétiser.

Dès la fin du mois d'octobre, Yves Guillemot, qui dirige Ubisoft, fustigeait Vivendi et expliquait que l'attitude de Vincent Bolloré était vécue comme une "agression" pour sa famille et les 10.000 employés du groupe dans le monde.

"Prendre un pourcentage dans notre société sans en discuter avec nous au préalable, ce sont des méthodes d'un autre temps. On n'entre pas dans une société en cassant la porte !", expliquait-il dans un entretien aux "Echos".

Se considérant "en résistance", les frères Guillemot ont donc montré les crocs dès le début. D'abord en envisageant "toutes les options possibles", y compris l'entrée au capital de nouveaux partenaires. Et surtout, en augmentant leur propre poids dans leurs sociétés.

Le 19 novembre, les frères Guillemot sont passés de 9% à 15% de participations dans Ubisoft, dont ils détiennent toujours 23,82% des votes. Le 25 novembre, ils augmentaient leur participation dans Gameloft à 15,2%, pour 24,18% des droits de vote.

Mais si la bataille entre les deux groupes continue à se jouer à coups de millions, pas sûr que la famille Guillemot puisse tenir longtemps la cadence.

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[ REPÈRES ]

Les deux mois d'affrontement entre Vivendi et les frères Guillemot en 7 étapes:

14 octobre 2015. Vivendi annonce son entrée dans le capital d'Ubisoft, numéro un français du jeu vidéo et numéro 3 mondial, à hauteur de 6,6%. Le groupe de médias et de divertissement s'insère aussi dans le capital de Gameloft à hauteur de 6,2%.

15 octobre. Yves Guillemot explique dans un courriel à ses salariés, révélé par le site GameIndusty.biz, que "l'action de Vivendi n'était ni sollicitée, ni désirée" et promet de "se battre" pour conserver l'indépendance du groupe.

26 octobre. Vivendi renforce ses participations. Le groupe de Vincent Bolloré détient désormais 10,39% d'Ubisoft et 10,20% de Gameloft.

19 novembre. Les frères Guillemot répliquent en passant de 9% à 15% de participations dans Ubisoft, doublant Vivendi.

25 novembre. Les frères Guillemot détiennent désormais 15,2% des participations dans Gameloft.

1er décembre. Vivendi dépasse le seuil des 20% dans Gameloft.

7 décembre 2015. Vivendi annonce détenir 26,69% du capital de Gameloft et envisage une OPA.

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Commentaires
a écrit le 08/12/2015 à 17:59 :
Faire un jeu vidéo c'est d'abord savoir communiquer, or Bollore ne communique pas, il avance à pas de loups, c'est très mauvais pour le business, et les grands contrats ou les monopoles sur lesquels s'appuie classiquement Bollore sont totalement étrangers au monde du jeu, ou même de la communication, l'échec précédent de Bollore dans la publicité est patent, et il recommence. Notez que Vivendi s'est débarrassé de sa division jeux vidéos il n'y a pas si longtemps, alors pourquoi y revenir ? Qu'il laisse les professionnels faire leur job au lieu de les perturber, car maintenant les frères Guillemots vont être obligés de développer une trésorerie défensive au lieu d'investir pleinement.
a écrit le 08/12/2015 à 15:20 :
La réaction d'Ubisoft est peut pertinente : mieux vaut progresser fortement avec un appui fort que de courir des risque en restant isolé. Or, la course est vive, les alliances sont donc nécessaire et la sagesse s'accorderait à une discussion dont on ne sait pas si elle n'a pas été engagée auparavant. Bolloré a intérêt à laisser son désormais adversaire se renforcer car il lui est inutile de disposer de la totalité du capital. Souhaitons à Ubisoft un meilleur examen de la situation.
Réponse de le 08/12/2015 à 17:13 :
Ubisoft est l'un des plus gros éditeur mondial de jeu, ils n'ont en aucun cas besoin de Vivendi pour continuer à faire ce qu'ils font depuis des années maintenant.

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