Transformation numérique : l’université est loin du compte

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Malgré des initiatives pionnières, comme le Campus numérique de Bretagne ou les méthodes d'enseignement interactif à Toulouse, les universités françaises sont désemparées face à leur transition numérique.
Malgré des initiatives pionnières, comme le Campus numérique de Bretagne ou les méthodes d'enseignement interactif à Toulouse, les universités françaises sont désemparées face à leur transition numérique. (Crédits : Reuters)
Quatre à cinq universités pionnières participeront à partir de septembre à des tests "grandeur nature" pour aider à construire une stratégie pour la transformation numérique des universités françaises. Aujourd’hui, les bonnes initiatives se multiplient, mais elles restent isolées.

Comme dans les autres pays européens, les universités françaises ne sont, globalement, pas en phase avec le numérique. D'un côté, les initiatives se multiplient, à l'image du Campus numérique de Bretagne, qui fait office de premier campus connecté multi-sites en Europe, ou du laboratoire numérique iLumens, qui développe à Paris, grâce à la simulation 3D, des programmes de formation et de recherche innovants en santé.

D'un autre côté, ces nombreuses initiatives restent de l'ordre de l'exception, éparpillées sur le territoire et peu connues au sein même des universités. De manière générale, peu d'établissements utilisent les nouvelles technologies pour repenser en profondeur l'enseignement supérieur au XXIe siècle.

Or, l'enjeu des universités est bien de faire évoluer la pédagogie, de transformer les lieux d'apprentissage, d'améliorer la recherche grâce aux données, de simplifier la gouvernance ou encore de renforcer les liens entre l'université et le tissu économique et social. Autant de défis que le numérique pourrait aider à relever.

12 chantiers pour moderniser l'université

Pour y remédier, Thierry Mandon, le secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, planche sur l'élaboration d'une Stratégie Nationale de l'Enseignement supérieur, qui vise à accélérer la transformation numérique des universités françaises. Pour définir cette stratégie, il a missionné en novembre dernier le Conseil national du numérique (CNNum), l'organe consultatif du gouvernement sur les dossiers numériques. Pendant six mois, celui-ci s'est penché sur les pratiques des universités, à la fois pour repérer les initiatives novatrices mais aussi pour identifier les freins et les besoins des enseignants-chercheurs, de l'administration et des étudiants.

Le rapport a été présenté ce mardi 24 mai.

"L'idée n'est pas de dire aux universités "voilà comment vous devez faire", mais de leur fournir une boîte à outils, c'est-à-dire des pistes pour les aider à construire, compléter ou guider elles-mêmes leur transformation numérique, en fonction de leur public et de leurs cursus", explique Mounir Mahjoubi, le nouveau président du CNNum.

Ainsi, douze points-clés ont été identifiés "pour donner du sens au numérique dans l'université", précise Sophie Pène, vice-présidente du CNNum et rapporteur du texte. Le rapport préconise notamment de développer les "Moocs", la formation tout au long de la vie, ou encore d'encourager l'apprentissage collaboratif et les nouvelles méthodes de pédagogie comme les serious games, la réalité augmentée ou les sciences participatives.

Pour Sophie Pène, il est également essentiel de "développer une politique de standards, normes et référentiels pour tous les documents utilisés et créés". Autrement dit, se doter d'une véritable politique des données, afin de créer des plateformes documentaires complètes et faciles à utiliser. Aujourd'hui sous-estimé, le design pourrait également être très utile pour re-concevoir les services numériques à destination des enseignants-chercheurs, des étudiants et de l'administration. Ces chantiers, vastes, nécessitent une vision d'ensemble, qui pourrait échoir à un "responsable de la transformation numérique".

A partir de septembre, quatre à cinq universités "volontaires", choisies d'ici à cet été, expérimenteront leur transformation numérique sur la base de ces "outils". "Elles serviront de démonstrateurs et aideront à bâtir la stratégie numérique qui sera portée par le PIA 3 [programme d'investissement d'avenir, NDLR]", précise Thierry Mandon. Les arbitrages sont toujours en cours, mais selon le secrétaire d'Etat, 150 millions d'euros seront alloués à cette expérience en 2017.

     | Lire. Le gouvernement lance enfin le PIA 3

Premier campus numérique d'Europe en Bretagne

Selon Sophie Pène, au moins 400 initiatives numériques ont été recensées en France, des plus modestes et symboliques au plus abouties. Parmi elles, l'établissement le plus avancé est incontestablement l'Université européenne de Bretagne. Depuis octobre 2014, l'institution a lancé le premier Campus numérique connecté multi-sites d'Europe.

Cette initiative d'envergure, d'un coût de 60 millions d'euros répartis entre l'Etat (30 millions), le Conseil régional de Bretagne et d'autres collectivités (30 millions), vise à interconnecter 28 établissements sur 18 sites étalés de Brest à Rennes, soit 76.000 étudiants et 126 laboratoires. "Nous faisons du numérique le cœur de notre stratégie de recherche, de gouvernance, afin de renforcer les liens entre l'université, le territoire et la société", explique Pascal Olivard, président de l'Université européenne de Bretagne.

Concrètement, le campus numérique dispose d'une infrastructure de communication de pointe. Un portail web et un service de visioconférence avec conciergerie ont été mis à la disposition des professeurs, ce qui leur permet de numériser leurs cours et de toucher des élèves à distance. Chaque salle équipée dispose d'un écran de télé-information, d'un tableau interactif, pilotés par tablette tactile. Ces outils permettent, selon Pascal Olivard, de s'adapter aux nouvelles pratiques (nomadisme, équipes de travail dispersées entre plusieurs établissements...) et de "faciliter l'individualisation des parcours de formation des étudiants", notamment grâce à la téléprésence immersive.

Enseignement interactif à Toulouse

A l'Université Toulouse III Paul Sabatier, certains professeurs sont passés maîtres dans l'enseignement interactif. Grâce à un boîtier électronique, le professeur peut interroger les étudiants en plein cours sur la notion qu'il vient d'expliquer, ou pour lancer un débat, en lançant un petit QCM électronique. Ces derniers répondent anonymement, et le professeur dispose ainsi d'un aperçu global de la compréhension et des connaissances sous forme d'histogramme.

"Cela me permet d'adapter le rythme de mon cours et de stimuler les étudiants, de favoriser les interactions", explique Laëtitia Brichese, enseignant-chercheur à la faculté des sciences et d'ingénierie (FSI) de Toulouse III. Mis en place en septembre 2014, ce système a déjà bénéficié à 1.000 élèves, avec une amélioration aux examens de l'ordre de 15%.

D'autres initiatives remarquables se distinguent partout en France. Comme à Montpellier III Paul Valéry, où des chercheurs ont créé un dictionnaire numérique en ligne inédit pour le grec ancien. Baptisé Véga, cet outil synthétise tous les travaux existants sur la langue pour devenir une source incontournable et sans cesse actualisée pour les égyptologues, ainsi qu'un support de collaborations scientifiques internationales pour les décennies à venir.

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Commentaires
a écrit le 28/05/2016 à 10:40 :
LES IDEES? COMMENT UTILSER LE NUMERIQUE VAS EVOLUEZ AVEC LA PRATIQUE ? ALORS FONCONS. CEUX QUI DOMINERONS LE NUMERIQUE GAGNERONS DES PARTS DE MARCHE ?LES AUTRES LE SUBIRONS???

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