L’harmonisation des labellisations de savoir-faire et de qualité issue d’une réglementation européenne pourrait faire perdre au bois de Chartreuse et à celui du Jura leur AOC. Les deux filières, en pleine construction, se battent pour la conserver.Il aura fallu près de quinze ans pour que les bois du Jura et de Chartreuse obtiennent un label longtemps réservé à l'agroalimentaire, l'appellation d'origine contrôlée (AOC) pour deux essences, les sapins et les épicéas. C'est le cas depuis respectivement 2019 et fin 2018 pour les deux filières, qui ont travaillé avec l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao) afin d'établir les normes et surtout le cahier des charges correspondants.
Mais leur existence même pourrait être remise en question par la volonté de l'Union européenne d'homogénéiser ces labels, en incluant les AOC dans le label Appellation d'origine protégée (AOP). Ce qui constitue un problème pour le bois, qui n'entre dans aucune des catégories (agroalimentaires notamment) mises en place.
Quinze ans de travail pour élaborer l'AOC
En 2000, la modification du code rural a ouvert la possibilité de labelliser les produits forestiers avec l'AOC, explique Salomé Mairot, chargée de mission pour l'AOC Bois du Jura.
« Tous les savoir-faire ont été étudiés : le territoire, l'aire géographique, la qualité du bois, des analyses de résistance, pour élaborer le cahier des charges. Cela a nécessité duré une dizaine d'années »,témoigne Aline Garcin, coordinatrice de la filière forêt/bois de Chartreuse.
Chacun à son niveau - du propriétaire forestier à la scierie en passant par l'exploitant - doit respecter le cahier des charges et assurer la traçabilité du bois.
« C'est le seul label qui garantit la gestion forestière, c'est-à-dire, pas de coupe rase, la qualité du bois de montagne avec un cahier des charges très exigeant : peu de nœuds, la façon d'écorcher, etc. », détaille Aline Garcin. Autant de critères qui garantissent « des bois de construction massifs de qualité ».
Avec une contrainte particulière pour les scieries : l'obligation d'arrêter toute autre production hors AOC pour garantir la traçabilité.