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La Norvège, championne nordique du Green Business en Afrique

Jibril Sijelmassi, géographe et expert en intelligence économique

Publié le 16 octobre 2017 à 09:56 - Mis à jour le 16 octobre 2017 à 10:59

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Le développement de l'industrie du renouvelable en Afrique subsaharienne est une priorité pour Oslo qui, ces dernières années, multiplie les initiatives. Le continent est désormais considéré par la diplomatie norvégienne comme un débouché stratégique pour la promotion de ses fleurons nationaux. Le secteur privé norvégien, aidé par les banques publiques d'Export-Crédit et les fonds souverains, apporte ses ressources et ses technologies nécessaires pour répondre à la demande africaine.

Le « Green Business » comme positionnement norvégien en Afrique

Acteur traditionnel de l'aide publique au développement (APD), la Norvège repense sa position en Afrique afin d'asseoir son influence sur le continent. En 2015, les apports nets d'APD de la Norvège se sont élevés à 4,3 milliards USD, soit 1,05 % de son revenu national brut. Si le pays maintient un programme d'aide parmi les plus engagés des pays nordiques (droits de l'Homme et démocratie, gouvernance, etc.), Oslo a compris que le continent avait aujourd'hui accès à d'autres ressources que celles fournies par les institutions occidentales, tant de la part des marchés émergents que d'un segment plus vaste du secteur privé. De plus en plus, les chefs d'États africains adoptent une nouvelle attitude vis-à-vis des gouvernements occidentaux et se détournent progressivement des APD, jugées peu efficaces.  Les relations de la Norvège avec l'Afrique s'insèrent donc dans un nouveau cadre. À l'heure de l'entrée en scène des grands pays émergents sur le continent (Chine, Inde, Brésil, etc.) et de la coopération Sud-Sud, l'Amérique du Nord et l'Europe occidentale sortent graduellement de l'aide au développement pour privilégier une approche « business ». La Norvège suit cette tendance internationale. Elle s'engage en Afrique pour développer le secteur privé en tant que principal moteur de la croissance économique. Elle se positionne ainsi sur le secteur des énergies renouvelables en Afrique subsaharienne, ce qui représente une clé de lecture particulièrement intéressante pour analyser ce changement de paradigme.

Bilatéralisme et coopération multilatérale pour le développement des énergies propres en Afrique

Aujourd'hui, la Norvège est le pays nordique le plus actif dans le lancement d'initiatives internationales liées aux questions énergétiques. À l'instar des autres pays de la région, le gouvernement privilégie deux approches qui s'articulent au gré de ses intérêts en Afrique : bilatéralisme et coopération multilatérale. La stratégie de la Norvège pour l'Afrique est un cas assez unique en Europe du Nord. Ne faisant pas partie de l'Union européenne, elle jouit d'une grande liberté d'action. À l'abri des contraintes de ce multilatéralisme qui pèche par son inertie, Oslo agit de manière pragmatique, seule -de sorte que la portée de ses initiatives individuelles soit plus forte- ou en groupement, pour influencer en fonction de ses propres intérêts économiques. De plus, grâce aux réserves de change dues aux dividendes de sa manne pétrolière (bien qu'amoindries par la conjoncture), le Royaume peut se permettre d'investir massivement dans l'énergie en Afrique et d'en garantir unilatéralement les risques. C'est ainsi que le pays participe financièrement et techniquement à de nombreuses initiatives internationales (SE4ALL, EnDev, Green Africa Power, etc.), mais privilégie cependant une approche bilatérale au cas par cas. Par exemple, il lance en 2007 l'initiative « Clean Energy for Development » qui vise à attirer les investissements commerciaux dans les pays en développement. Sur la période 2007-2015, plus de 2,1 milliards USD sont investis par le Royaume, avec un focus particulier sur l'Afrique de l'Est et Australe.

Tout en entretenant ses liens avec ses partenaires de l'Union européenne, la Norvège renforce ses relations hors UE, en particulier avec les États-Unis. En 2015, elle signe un accord de principe avec Power Africa, l'initiative de l'USAID. Le pays s'engagera à investir 150 millions de dollars annuellement sur une période de cinq ans dans les solutions « Off-Grid ». Enfin, Oslo cherche à s'appuyer sur de grandes puissances émergentes comme la Chine pour asseoir des relations complémentaires dans l'industrie hydroélectrique, où le pays est reconnu pour son expertise mondiale.

Norfund, EksportKreditt et GIEK  : des financements publics pour des investisseurs privés

L'objectif de l'État-stratège norvégien est d'inclure ses entreprises dans la coopération au développement et de promouvoir en parallèle leurs intérêts en Afrique. Il s'appuie pour ce faire sur trois outils de financement public. La société hybride de droit public Norwegian Investment Fund for Developing Countries (Norfund) qui représente le bras armé de la Norvège mobilise des investissements commerciaux dans les pays en développement. Ces dernières années, cette institution de financement du développement (IFD) se concentre sur la production d'énergie renouvelable. Elle investit massivement -sous forme de partenariats public-privé- sur le long terme, dans des États fragiles, considérés à haut risque (politique, réglementaire, financier). Le secteur représente 41 % de son portfolio total et 94 millions d'euros investis en 2016. Elle est l'IFD européenne qui investit le plus dans l'énergie verte en Afrique. Le gouvernement, à travers Norfund, apporte non seulement un soutien financier, mais aussi et surtout, une expertise et une compétence industrielle pour réussir ces investissements. Le Royaume cherche à développer des cadres législatifs, réglementaires et institutionnels stables en Afrique, afin de pérenniser le secteur. Enfin, la Norvège se repose sur ses deux leviers d'aide à l'exportation que sont l'EksportKreditt et la Norwegian Export Credit Guarantee Agency (GIEK). Entièrement étatiques, ces agences agissent comme un instrument de garantie qui permet de venir en aide aux exportateurs norvégiens en leur proposant des prêts avantageux, à taux fixe ou variable. Ces entités fonctionnent en synergie positive et permettent au Royaume d'investir dans un projet sous forme de prêts aux entreprises privées ou directement sous forme d'actions avec le développeur. Le cas de la société norvégienne Scatec Solar, producteur d'énergie indépendant, est exemplaire. Elle opère en Afrique du Sud dans trois projets d'installations solaires d'un total de 450 MW. Scatec Solar construit et exploite les centrales solaires, Norfund cofinance le projet et la GIEK offre une garantie. Le partage du risque unit l'investisseur au financier rendant ainsi le projet viable.

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Pour ces acteurs de l'énergie renouvelable, l'Afrique représente à la fois une terre d'opportunités, mais aussi de risques. Le manque de capital local, les marchés peu développés, une mauvaise gouvernance ou encore une concurrence accrue sont autant de freins à la stratégie norvégienne. Mais l'extension des prêts subventionnés, les garanties à l'export, le renforcement de l'environnement des affaires contournent ces risques pour un temps. Reste l'effort consenti des gouvernements africains qui peuvent rassurer les investisseurs en s'engageant davantage dans des réformes socio-économiques.

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Jibril Sijelmassi, géographe et expert en intelligence économique

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