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« Usafrica » : l'Amérique de Trump et l'utilisation de l'Afrique pour une croissance exclusive

Badr Bakhat, ingénieur et expert en intelligence économique

Publié le 05 octobre 2017 à 15:24 - Mis à jour le 06 octobre 2017 à 10:44

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04 juin 2026

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L'arrivée au pouvoir de Donald Trump représente un point d'inflexion dans les relations entre les Etats-Unis et l'Afrique. Le Président Américain décide de revoir la façon de faire du business dans le continent africain en adoptant une grille de lecture purement mercantiliste et très court-termiste. Avec la maximisation du ROI comme pierre angulaire de leur nouvelle politique économique, les Etats-Unis tirent un trait sur les aides au développement et revoient la pondération des divers acteurs de la...

Les États-Unis nourrissent de puissantes ambitions en Afrique comme l'a bien montré l'allocution du Président Trump lors du déjeuner organisé - en marge de l'Assemblée Général des Nations Unies - en l'honneur de quelques Chefs d'Etat africains. POTUS a placé le commerce au centre des relations avec l'Afrique, allouant une importance particulière aux secteurs de l'agriculture, l'énergie, les transports, la santé et le tourisme, avec une mention spéciale à l'entreprise Sud-Africaine SASOL qui opère dans le domaine des hydrocarbures. Toutefois, la réduction, voire la suppression, des aides au développement risque de s'avérer contre-productive pour les Etats-Unis.

En effet, depuis des années, les administrations américaines ont consacré des budgets importants à l'aide au développement ainsi qu'au renforcement de leur soft power en Afrique. Pour ce faire, ils ont imaginé une structure et une multitude d'acteurs qui s'adaptent aux diverses difficultés que présente le continent. Mais dès son arrivée à la Maison Blanche, le Président Trump a décidé de réduire les budgets des aides. Il commence par supprimer la contribution à l'UNFPA (75,9 millions de dollars en 2015) prétextant un désaccord fondamental avec la vision américaine contre l'avortement. Ensuite, il prévoit pour 2018 une réduction de 28% de l'apport à USAID, dont 13% pour l'Afrique et avec suppression totale des aides pour le Niger, la RDC et la Sierra Leone. Enfin, les fonds ôtés au USADF (53 millions de dollars en 2016) fragilisent plus de 500 entreprises africaines. La volonté de Donald Trump d'effacer toute trace de la politique Obama altère ostensiblement l'architecture de la diplomatie et l'essence de la stratégie économique américaines.

Structure singulière de la diplomatie économique américaine en Afrique

Les États-Unis ont un modus operandi particulier et actionnent une stratégie singulière. Avant tout, les Etats-Unis distinguent l'Afrique du Nord de l'Afrique subsaharienne. Le continent africain est couvert par deux services situés à Washington DC : le Bureau of African Affairs pour la partie subsaharienne et le Bureau of Near Eastern Affairs dont une partie de la zone de compétence s'étale du Maroc jusqu'à l'Egypte. Ces bureaux, qui agissent comme back-office, se trouvent sous la tutelle du Département d'État. Pour ne parler que de l'Afrique subsaharienne, la mission principale du Bureau of African Affairs consiste à définir et mettre en œuvre une stratégie bâtie autour du renforcement des institutions démocratiques, du soutien de la croissance économique, de l'instauration de la paix et de la sécurité, et de la promotion du développement et des opportunités.

Avec un arsenal diplomatique redoutable sur le terrain (figure 1), sans compter la présence militaire à travers l'AFRICOM, les États-Unis mènent la guerre économique à son paroxysme. Ils mettent tous les acteurs de la diplomatie au service des entreprises américaines pour aller chercher des parts de marché, quels que soient les domaines d'activité.

Figure 1 — Écosystème diplomatique américain en Afrique (subsaharienne)

Toutefois, Rex Tillerson a décidé de revoir la structure en adoptant une vision « Cost Killing ». Il prévoit la suppression de 2.300 postes liés à la diplomatie sur les cinq années à venir. Ceci supposerait une économie de 10 milliards de dollars, sur le court terme, en grande partie à travers la fusion du State Department et du USAID et l'élimination des postes redondants. Le poids du Millenium Challenge Corporation, dont M. Tillerson est Chair of Board, se verrait renforcé. Cette mesure risque de couter cher aux Etats-Unis sur le long terme, notamment en réduisant la marge de manœuvre des ambassadeurs.

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Ambassadeurs américains : les Tandem Foreign Service Couples tout terrain

Le choix des ambassadeurs est souvent fait sur une base particulièrement pragmatique. Les personnes placées à la tête des missions diplomatiques sont ce que l'on appelle des Tandem Foreign Service Couples. Il s'agit de couples permettant de se placer simultanément sur les trois échiquiers politique, économique et sociétal. La figure 2 fait apparaitre des profils type à travers leurs formations et expériences.

Figure 2 — Profils et entourages des ambassadeurs américains de pays types d'Afrique francophone (cliquez pour agrandir)

Par ailleurs, dans le but de fluidifier les échanges et d'augmenter la réactivité, les États-Unis placent entre le Bureau of African Affairs et les pays africains des agents de liaison en qualité d'ambassadeurs spéciaux, suivant un découpage régional. Il s'agit de fonctionnaires du Department of State coordonnent les stratégies mises en œuvre dans les régions en chapeautant les ambassadeurs.

Ces hauts fonctionnaires donnent le la concernant la politique étrangère des Etats-Unis dans le pays ou la région hôte. Toutefois, leur position est sciemment ambiguë pour le marché des énergies. En effet, dans une note confidentielle destinée au corps diplomatique américain et publié par Reuters le 08/08/2017, une directive fournissait explicitement des Q&A au sujet de la position américaine vis-à-vis des accords de Paris et qui doit être opaque sur le fait de privilégier les sources d'énergie fossiles ou renouvelables. Mais l'accès à d'autres informations permet de voir plus clair.

Acteurs cachés : l'arme secrète des pétroliers américains

L'appareil diplomatique américain en Afrique est épaulé par des organes business dont les conseils d'administration regorgent de personnalités issues du secteur pétrolier. Le US Corporate Council on Africa (CCA), association d'entreprises américaines en Afrique, est chapeauté depuis 2017 par Florizelle Liser, ancienne Assistant U.S. Trade Representative for Africa. Dans un conseil d'administration de 24 personnes, 4 représentent des pétrolières (Exxon Mobil, Petrolin Group, Kosmos et Chevron) et 2 opèrent dans le secteur de l'électricité (Symbion Power et GE Africa). Un des acteurs cachés les plus importants est Ekenem Isichei. Cet ingénieur nigérian diplômé des universités de Michigan et de Huston puis de Harvard Business School est passé par BP, Nigerian National Petroleum Corporation, Marthon Oil, Chevron et Shell. Maintenant il est à la tête de l'antenne West Africa du CCA. Il serait naïf de considérer qu'il défendrait l'augmentation de la part des EnR dans le mix énergétique en Afrique.

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Ainsi, les Etats-Unis adoptent une posture pseudo-prédatrice depuis l'arrivée de Trump en supprimant des aides et cherchant une croissance exclusive. L'intérêt africain reste de développer les EnR pour atteindre l'indépendance énergétique et économique mais l'administration Trump fait barrage. L'ambiguïté de son positionnement officiel n'est qu'un mirage compte-tenu du lien presque flagrant entre la diplomatie américaine et l'industrie pétrochimique, en commençant par Rex Tillerson. Les EnR feront certainement office de monnaie d'échange avec la Chine dans la perspective de s'assurer le contrôle des gisements pétroliers dans cette nouvelle réalité : la « Usafrica ».

Badr Bakhat, ingénieur et expert en intelligence économique

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