La Grèce à la croisée des chemins : J-1 avant les élections

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Les dernières enquêtes disponibles donnaient Syriza et Nouvelle Démocratie au coude à coude. Si aucune des deux formations n'a de majorité claire, les partis devront à nouveau essayer de s'entendre pour former un gouvernement de coalition. Une renégociation du plan d'aide international paraît de plus en plus inévitable.

Le résultat des élections législatives de dimanche en Grèce, qui pourrait décider de l'avenir du pays dans la zone euro, s'annonce très serré entre les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) et la Coalition de la gauche radicale (Syriza). Ce scrutin est perçu par une partie de la population comme un référendum sur les termes du plan de sauvetage financier imposé à Athènes par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). Ce plan s'est traduit par un accroissement de la pression fiscale, une hausse du chômage et une réduction parfois drastique des salaires. Les précédentes élections législatives du 6 mai n'avaient pas permis de dégager de majorité susceptible de soutenir un gouvernement, ce qui a rendu nécessaire ce nouveau scrutin. Les sondages sont interdits depuis deux semaines mais les dernières enquêtes disponibles donnaient Syriza et ND au coude à coude. Si aucune des deux formations n'a de majorité claire, les partis devront à nouveau essayer de s'entendre pour former un gouvernement de coalition.

Pour la gauche radicale (Syriza), la Grèce restera dans la zone euro

Ennemi de l'austérité, le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, 37 ans, menace de revenir sur ce plan de financement international - "le mémorandum de banqueroute", dit-il - tout en affirmant que la Grèce restera dans la zone euro. "Nous voterons dimanche avec les yeux fixés sur l'Espagne", a-t-il dit jeudi, mettant en garde les "spéculateurs" qui seraient tentés de parier sur une sortie de la Grèce de la zone euro. Le week-end dernier, l'UE a offert à l'Espagne une aide pouvant aller jusqu'à 100 milliards d'euros pour aider à la recapitalisation de ses banques en difficulté. "Cela a été négocié avec succès en dépit des menaces proférées et du chantage exercé par les créanciers. L'Espagne est toujours dans l'euro, sans plan d'austérité", a souligné Alexis Tsipras.

La droite (ND) évoque "le cauchemar" d'un retour à la drachme

A droite, le dirigeant de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, 61 ans, estime que lors du vote de dimanche les Grecs devront choisir entre le maintien dans la zone euro et "le cauchemar" d'un retour à la drachme. "Nous nous acheminons vers des élections qui décideront de l'avenir de la Grèce et de nos enfants", a-t-il souligné vendredi. "Le premier choix que doit faire le peuple grec est entre l'euro et la drachme".

Antonis Samaras a également affirmé que son pays ne pouvait pas se permettre un troisième scrutin parlementaire et devait former un gouvernement après les élections de dimanche, les deuxièmes après celles, indécises, du 6 mai. "Une troisième série d'élections est impossible. On n'y résisterait pas"", a-t-il dit lors de sa dernière réunion électorale à Athènes. "Il existe en dehors de la Grèce des gens qui souhaitent que notre pays soit le mouton noir et sorte de l'euro. Nous n'allons pas leur faire ce plaisir." Le dirigeant conservateur s'est engagé à renégocier les termes imposés par les créanciers internationaux en mettant l'accent sur la création d'emplois.

Le chaos sur les marchés financiers

Une victoire de Syriza tout comme la reprise d'interminables négociations en vue de former un gouvernement de coalition risquent de plonger les marchés financiers dans le chaos alors que les dirigeants du G20 se réunissent à partir de lundi au Mexique pour un sommet largement dominé par la crise en Europe. "Les sondages, tout comme les élections du 6 mai, montrent que les Grecs favorables à l'euro sont largement plus nombreux que ceux qui le rejettent ou qui veulent le sacrifier sur l'autel de leurs ambitions partisanes", écrit pourtant le quotidien de centre gauche Ethnos.

Angela Merkel exclut toute renégociation

Samedi, la chancelière allemande Angela Merkel a exclu de renégocier des termes de l'accord international de renflouement financier de la Grèce avec le vainqueur, quel qu'il soit, des élections législatives. "C'est pourquoi il est si important que le scrutin grec débouche de préférence sur (l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement) disant: 'oui, nous honorerons ces accords'", a déclaré la chancelière.

Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a invité les électeurs grecs à ne pas tourner le dos à la monnaie unique. "Si la gauche radicale l'emporte, ce qui ne peut être exclu, les conséquences pour la monnaie unique seront imprévisibles", a-t-il dit au quotidien autrichien Kurier. "Nous devrons parler avec le gouvernement quel qu'il soit. Je ne peux que mettre en garde contre une sortie de la zone euro. La cohésion de l'Eurogroupe serait menacée."

Lors d'une réunion publique à Saint-Sébastien, dans le nord de l'Espagne, le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a souhaité une plus grande intégration politique et budgétaire en Europe et a invité les Grecs à ne pas se dissocier de ce mouvement, soulignant que "l'euro est un projet irréversible". Il a affirmé que son pays allait poursuivre ses efforts pour réduire son déficit budgétaire. "On ne peut pas vivre toujours au-dessus de ses moyens. Par exemple, l'Espagne ne peut pas continuer à avoir deux fois plus d'aéroports que l'Allemagne", a-t-il dit.

Pour certains analystes, la renégociation est pourtant inévitable

Une renégociation du programme d'aide du FMI et de l'Union européenne à la Grèce de 130 milliards d'euros est inévitable quel que soit le résultat des élections de dimanche, jugent certains observateurs, pour qui, dans ce cas, mais tout le monde devra faire des concessions. Le FMI et l'Allemagne n'auraient en fait pas vraiment le choix, d'autant qu'Athènes est déjà en retard sur ses engagements.

Si le parti conservateur de la Nouvelle Démocratie (ND) l'emporte, l'ajustement du programme d'aide sera plus facile: son patron Antonis Samaras s'est déjà engagé à respecter le programme prévu, sous réserve d'aménagements. Le parti de la gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras commence, lui, à plaider pour une renégociation du pacte après avoir appelé pendant des semaines à son abandon pur et simple.

Risque d'une sortie de la Grèce de la zone euro ou risque de complaisance...

Tout compromis forcera l'Europe à comparer le risque d'une sortie de l'euro de la Grèce avec celui d'une indulgence qui pourrait passer pour de la complaisance. "La question, c'est de savoir si le nouveau gouvernement voudra négocier de bonne foi, et si l'Union européenne voudra toujours aider", résume l'ancien économiste du FMI Simon Johnson, aujourd'hui professeur à l'université MIT: "Le FMI fera ce qu'il pourra, mais on commence à être à court d'options". Jacob Kirkegaard, de l'institut Peterson sur l'économie internationale à Washington, estime probable qu'un accord sera trouvé quel que soit le résultat des élections: "A mon avis même une victoire de Syriza ne va pas conduire la Grèce à quitter l'euro, ce qui reste toujours selon moi une probabilité très très faible".

C'est du côté européen que devront venir les compromis

Tant le FMI que les partenaires européens de l'Allemagne ont fait savoir qu'ils étaient favorable à un certain ajustement. C'est du côté européen que devront venir les compromis, souligne M. Kirkegaard, parce que le FMI a clairement dit en mars que ses conditions n'étaient plus négociables. "Ce sera probablement très difficile pour le FMI d'accepter une renégociation quel que soit le résultat de l'élection". Les Européens en revanche "peuvent faire à peu près tout ce qui est politiquement faisable", avance-t-il. "Ce qui signifie selon moi qu'ils peuvent donner au vainqueur des élections grecques, qui qu'il soit, un peu de mou à la marge, sur l'austérité, ce qui veut dire qu'on peut probablement repousser les objectifs de déficit", poursuit-il. Mais les réformes structurelles critiquées par M. Tsipras, elles, seront plus difficiles à renégocier, relève M. Kirkegaard.

Au moins un mois ou deux de négociations qui ne feront qu'ajouter aux difficultés de la Grèce

"Un compromis, c'est quand on voit un nouveau gouvernement qui s'agenouille devant la Commission européenne et qui dit +oui, on va faire les réformes que vous nous avez demandées+", pour l'économiste Adam Lerrick, l'American Enterprise Institute, un institut de recherche libéral à Washington: "Et puis en face ils disent +merveilleux, nous comprenons que l'économie va très mal, et donc on va vous donner un ou deux ans de plus pour atteindre votre cible+". Mais tout dépendra de la confiance que l'Europe sera prête à accorder à un gouvernement a a échoué deux fois de suite à tenir ses engagement. "Si l'Europe ne peut pas faire respecter les règles, alors le système budgétaire ne peut pas fonctionner", souligne M. Lerrick. Comme Tsipras a promis de faire céder l'Europe, si c'est Syriza qui gagne les élections, "je crois qu'on verra au moins un ou deux mois de négociations", qui ne feront qu'ajouter aux difficultés de la Grèce, ajoute M. Lerrick.
 

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