Affaire Bettencourt-Woerth : la presse attaquée par les uns, défendue par les autres

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(Crédits : Reuters)
Dans l'affaire Bettencourt-Woerth, la presse en général et le site d'informations Mediapart en particulier sont sous le feu nourri des attaques de plusieurs membres du gouvernement et de responsables de l'UMP. Un "déchaînement haineux" dénoncé par les syndicats, la gauche mais aussi par Dominique de Villepin.

Alors que l'hebdomadaire Marianne apporte ce vendredi de nouveaux éléments avec la publication d'une partie des carnets de l'ex-comptable des Bettencourt, plusieurs membres du gouvernement continuent de concentrer ce matin leurs attaques sur la presse et en particulier sur le site Mediapart.

Le site d'informations créé par l'ancien directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel est sous le feu nourri d'accusations d'une grande partie des membres de la majorité présidentielle. "Stratégie de l'abject", "dérapages très graves", "imprécateur", "censeur" : les noms d'oiseaux ont fusé de toutes parts, jusqu'au plus haut niveau de l'Etat.

Xavier Bertrand a ouvert le feu, lors d'un meeting mardi soir au côté d'Eric Woerth, le ministre du Travail, impliqué dans l'affaire, en fustigeant les "méthodes fascistes" de Mediapart.

"Je fais la différence entre l'information et les fantasmes, la presse en général et Médiapart", a pour sa part affirmé Christian Estrosi, ministre de l'Industrie et proche de Nicolas Sarkozy, comparant le site à "une véritable poubelle du Net". Il a ensuite fait référence, jeudi, à une "certaine presse des années 30".

Nadine Morano, la secrétaire d'Etat chargée de la famille et de la solidarité, a accusé Mediapart de se faire de la "pub" sur le net et a réduit les révélations du site à une "opération" visant "à renflouer ses caisses". Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d'Etat chargée du développement de l'économie numérique, a ajouté sa voix à ce réquisitoire en lançant à l'intention de Mediapart que "la calomnie sur le Net n'est pas un modèle économique!". Le ministre de l'Immigration Eric Besson a évoqué "les procès de Moscou".

Affaire Baudis

Ce vendredi matin, le secrétaire d'Etat au Travail Laurent Wauquiez est revenu à la charge en appelant Mediapart à publier "in extenso leurs enregistrements". "Sinon, vous me permettrez de douter très sérieusement de leur version", a-t-il déclaré sur Europe 1, après avoir dénoncé "une perte complète de déontologie" du site.

Laurent Wauquiez également dépeint en Pleynel un "récidiviste de la calomnie", faisant référence aux accusations portées en 2003dans une affaire de m?urs à l'encontre de l'ancien maire de Toulouse Dominique Baudis, et relayées, entre autres, par Le Monde, dont Edwy Plenel était alors directeur de la rédaction.

Plainte en diffamation

Edwy Plenel, pour sa part, a porté plainte en diffamation contre Xavier Bertrand, et a répondu aux attaques jeudi dans une tribune publiée sur son site Internet. Il a déclaré n'avoir jamais connu d'attaques "aussi violentes" et "aussi basses". François Bonnet, rédacteur en chef de Mediapart a affirmé que le site "[maintenait] l'intégralité de ses écrits".

"Un peu de respect, messieurs les ministres !", a lancé la CFDT-Journalistes dénonçant "une étape supplémentaire dans le dénigrement des médias". Le SNJ-CGT a également fustigé des "méthodes inadmissibles qui doivent cesser".

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a également pris vendredi la défense de la presse, jugeant "tout à fait dommageables les critiques intempestives" qui lui sont faites.

Les députés européens d'Europe Ecologie ont dénoncé ce vendredi également une "surenchère d'insultes", un "déchaînement haineux" de la majorité et du gouvernement contre la presse et plus particulièrement Mediapart. "Cette attitude nous inquiète d'autant plus qu'elle révèle le modèle de société dont certains rêvent : une presse silencieuse, des journalistes passifs face à un monde dominé par l'argent et les connivences", déclarent les élus européens, parmi lesquels Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly.

L'ex-comptable des Bettencourt Claire Thibout était revenue sur certains aspects de ses déclarations à Mediapart, dénonçant "la romance du site et assurant n'avoir "jamais dit que des enveloppes étaient remises régulièrement à M. Sarkozy". Mediapart a certifié que ses déclarations ont été scrupuleusement retranscrites, en présence d'un témoin tiers lors de leurs deux entretiens.

 

 

 

 

 

 

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