L'OCDE appelle la France à augmenter ses frais d'inscription à l'université
Eric Albert, à Londres
Eric Albert, à Londres
L'OCDE tire la sonnette d'alarme : alors que les universités sont de plus en plus en concurrence internationale, la France et les pays d'Europe continentale risquent de réduire leur croissance économique de long terme s'ils n'augmentent pas leurs dépenses par étudiant.
Pour cela une seule solution, selon Andreas Schleicher, qui présente ce mardi le rapport annuel sur l'éducation de l'OCDE : "il faut augmenter les frais d'inscription, étant données les difficultés financières des gouvernements. Bien sûr, il faut que cette augmentation s'accompagne d'un système de bourses, ou de paiement des universités a posteriori, afin de ne pas mettre une barrière à l'éducation comme elle existe aux Etats-Unis."
Le rapport de l'OCDE reconnaît que les dépenses par étudiant en France ont progressé de 12% entre 2000 et 2007, mais c'est plutôt moins que dans le reste du monde. Le Canada, la Royaume-Uni, l'Espagne, mais aussi la Pologne ou la République tchèque ont progressé beaucoup plus vite. Si bien que la France dépense désormais juste la moyenne de l'OCDE par étudiant, à environ 12.700 dollars, contre 27.000 dollars aux Etats-Unis, 21.000 dollars en Suisse ou encore 20.000 dollars au Canada.
Andreas Schleicher souligne le cas du Royaume-Uni comme un modèle dans la façon dont il a augmenté ses frais d'inscription. Tony blair les a triplé en 2005, les montant à environ 3.000 livres par an (3.600 euros). Mais les étudiants ne payent ces sommes qu'après leurs études, une fois qu'ils ont un travail et sont en mesure de payer. C'est une façon d'augmenter le financement privé sans trop limiter l'accès des plus pauvres à l'université. "En comparaison, la France a un système régressif, où les foyers pauvres paient des impôts qui financent les études des riches", estime Andreas Schleicher.
Course mondiale à l'éducation
Le rapport de l'OCDE souligne que l'augmentation des dépenses dans l'éducation tertiaire est d'autant plus importante qu'une véritable course mondiale à l'éducation est en cours. En 1995, environ 20% des jeunes des pays de l'OCDE obtenaient un diplôme d'université ; aujourd'hui, le chiffre atteint 40%. "La croissance mondiale pour l'éducation tertiaire est très rapide", souligne Andreas Schleicher.
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Et contrairement à l'idée reçue, cet afflux de diplômés ne dévalue pas les diplômes : le supplément de salaire qu'obtiennent ceux qui sont allés à l'université (par rapport à ceux qui n'ont pas de diplôme tertiaire) continue d'augmenter presque partout dans le monde, ou du moins de stagner (c'est le cas en France). Dans seulement trois pays - Suède, Norvège et Espagne - les diplômés d'aujourd'hui bénéficient d'un avantage salarial qui se réduit. Autant d'arguments, selon l'OCDE, pour augmenter rapidement les frais d'inscription dans les universités françaises.
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