Grèves : les forces de l'ordre débloquent les dépôts de carburant

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(Crédits : Reuters)
Les forces de l'ordre ont débloqué plusieurs dépôts de carburant occupés par des salariés opposés à la réforme des retraites. Pour faire face à une éventuelle pénurie de carburant, le gouvernement a autorisé jeudi l'ouverture d'une fraction des stocks de réserve de pétrole.

Trois dépôts de carburant, bloqués par des salariés opposés à la réforme des retraites, ont été débloqués vendredi matin sous la pression des forces de l'ordre, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), Bassens (Gironde) et Cournon d'Auvergne (Puy-de-Dôme). Celui de Lespinasse, près de Toulouse (Haute-Garonne), aurait également été débloquée.

Le dépôt de Fos est primordial pour l'alimentation des pompes à essence de la région depuis que les quatre raffineries situées autour de l'Etang de Berre, près de Marseille, sont privées de pétrole brut par la grève des salariés des terminaux pétroliers de Fos et de Lavera. Les grèvistes, qui bloquent une soixantaine de navires en mer, ont commencé leur mouvement il y a 19 jours pour protester contre la réforme portuaire. Ces derniers jours, les quatre raffineries de la région ont de plus été progressivement mises à l'arrêt du fait des grèves.

La totalité des douze raffineries que compte l'Hexagon sont à l'arrêt ou en passe de l'être vendredi, selon les directions et les syndicats. Toutes ont des problèmes d'approvisionnement en pétrole brut.

Par ailleurs, l'oléoduc approvisionnant en carburants les aéroports parisiens d'Orly et de Roissy, notamment, ne fonctionnait plus vendredi matin faute de produits pétroliers.

La CFDT , premier syndicat du transport routier, a appelé les salariés du secteur à se joindre au mouvement, en organisant les opérations escargot, mais également en allant soutenir le blocage des raffineries et éventuellement en bloquant les dépôts alimentaires.

Le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a justifié l'envoi des forces de l'ordre sur Europe 1 ce vendredi. "On ne peut pas se permettre une pénurie d'essence, il faut penser à toutes celles et tous ceux d'entre nous qui ont besoin de se déplacer [...], aux entreprises, aux transporteurs routiers, tout ce qui fait la vie de notre pays, d'où ces décisions" de lever les blocages, a-t-il déclaré.

Ouverture des stocks de réserve

Alors que ce risque de pénurie s'accroît avec la poursuite de la grève, le gouvernement a pris les devants. Il a autorisé jeudi l'ouverture d'une fraction des stocks de réserve détenus par les opérateurs pétroliers. Il a également autorisé l'importation de carburants étrangers pour les transporteurs routiers, même s'ils ne sont pas exactement aux mêmes normes que celles en vigueur en France. L'information a été révélée par la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR).

Ces stocks de réserve correspondent à onze jours de consommation en France, a précisé à Reuters Nicolas Paulissen, délégué général adjoint de la FNTR. De quoi faire face à une éventuelle amplification du mouvement.

Les pouvoirs publics ont annoncé d'autres mesures aux transporteurs routiers, comme l'autorisation pour les camions de 44 tonnes de transporter des hydrocarbures - et non plus 40 tonnes -, la possibilité de transporter des hydrocarbures le dimanche dans toute la France, et l'interdiction pour les pétroliers de contingenter ou restreindre les fournitures de carburant aux entreprises.

"Ça va permettre de fluidifier le marché ou de remédier aux difficultés d'approvisionnement, constatées dans le Sud-Est, en Alsace ou en Bretagne", a dit Nicolas Paulissen. Le Sud-est particulièrement concernée car la région subit en plus les conséquences de la grève des terminaux de Fos et Lavera, à Marseille, entrée ce jeudi dans leur 18e jour contre la réforme portuaire. En Loire-Atlantique, l'annonce de l'arrêt de la production de la raffinerie de Donges a entraîné un réflexe de précaution des habitants et des ruptures de stock de certaines stations-service.

Problèmes à prévoir au-delà d'une semaine

La poursuite des grèves dans les raffineries posera "des problèmes beaucoup plus sérieux au-delà d'une semaine", a indiqué Nicolas Paulissen de la FNTR. Pour l'Union française des industries pétrolières (Ufip), la situation pourrait devenir critique autour du 20 octobre.

Pour l'instant, à peine 50 des 12.500 stations-service du pays ont connu des ruptures d'approvisionnement, limitées à quelques heures.

Le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a assuré qu'il n'y aurait pas de problème  d'approvisionnement à moyen terme si les automobilistes ne se ruaient pas sur les pompes. La consommation d'essence a en effet augmenté cette semaine de 50% en raison de la ruée des automobilistes sur les stations, selon le secrétaire d'Etat. Sinon, "on a ce qu'il faut pour tenir au moins un mois sans problème", a-t-il dit.

Le recours aux "stocks stratégiques" ?

L'Union française des industries pétrolières (Ufip) a cependant jugé bon de demander au gouvernement de recourir aux stocks dits "stratégiques", qui contiennent 17 millions millions de tonnes de pétrole brut  (à 60%) et de produits pétroliers (les 40% restants), représentant 98,5 jours de consommation. 

Ces stocks sont gérés en partie par le Comité français des stocks stratégiques pétroliers et en partie par les opérateurs pétroliers. Ils sont habituellement destinés à faire face à une rupture d'approvisionnement lié à un événement international, comme en 2005 à la suite des dégâts causés sur les installations pétrolières par les ouragans Katrina et Rita.

"J'ai reçu instruction de ne pas lâcher une seule goutte des stocks stratégiques", a indiqué Jean-Marc Tennesson, délégué général du Comité français des stocks stratégiques pétroliers. "Pour l'instant, il n'est pas question de toucher aux réserves stratégiques", précisait jeudi le ministère de l'Ecologie, qui est chargé de la politique énergétique en France.

 

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