Interview Risque de pénurie de carburant ? Bussereau veut rassurer les Français

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(Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Avec le blocage des terminaux pétroliers de Fos-sur-Mer et Lavera depuis 12 jours, les Français risquent-ils de manquer de carburant ? Dans une interview exclusive à La Tribune, Dominique Bussereau, secrétaire d'État chargé aux transports prend des engagements.

La Tribune - La CGT des agents du port de Marseille brandit la menace d'une pénurie de carburant. Y-a-t-il un risque à court ou moyen terme ?

Dominique Bussereau, secrétaire d'État chargé aux transports - En Corse, un navire en provenance de Sardaigne a pu assurer l'approvisionnement jeudi. Sur le Continent, les réserves représentent plusieurs mois de consommation ! Nous mettons en place les acheminements nécessaires afin qu'il n'y ait aucune rupture dans les stations et dépôts de carburant. Le coût sera pris en charge par les pétroliers.

- Ce conflit traduit-il l'échec de la réforme portuaire ?

- Absolument pas. Avec la loi du 4 juillet 2008, nous avons engagé cette réforme importante pour rattraper le retard de nos ports vis-à-vis de leurs concurrents européens. Elle est vitale pour nos ports et pour notre économie. Elle permet d'abord de moderniser la gouvernance des ports pour en optimiser le fonctionnement et encourager les investissements. C'est chose faite. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : nous sommes passés de 1,7 milliard d'euros d'investissements programmés sur les cinq dernières années à 2,5 milliards pour les projets stratégiques établis par l'ensemble des ports pour les années 2009 à 2013. L'État a lui-même augmenté son effort financier malgré la crise pour accompagner la réforme et porter de 174 millions à 321 millions d'euros ses aides, dont 50 millions débloqués au travers du plan de relance.

- Et sur le plan social ?

- Le deuxième volet de la réforme porte effectivement sur l'organisation du travail et de la manutention sur les terminaux, dont nous devons renforcer l'efficacité. La signature, le 30 octobre 2008, de l'accord-cadre avec les partenaires sociaux pour le détachement des salariés des ports dans les sociétés de manutention a ouvert la voie. Le transfert des outillages vers des opérateurs privés est effectif à Rouen, au Havre, à La Rochelle et à Marseille pour une large part. Il aura lieu ce week-end à Dunkerque et dans les semaines qui viennent à Bordeaux et à Nantes. Ces transferts s'accompagnent d'accords sociaux locaux qui sont en discussion. Enfin cette réforme s'accompagne d'une nouvelle convention collective unifiée des personnels des ports qui est aussi très avancée. Les négociations entre les entreprises et les syndicats n'ont pas encore abouti sur le dernier point important concernant la gestion de la fin de carrière des personnels travaillant sur les quais. Mais l'UNIM (Union nationale des industries de manutention) et l'UPF (Union des Ports Français) se sont accordés pour ouvrir des négociations sur ce point le 13 octobre avec les syndicats.

- Comment expliquez-vous donc ces grèves à Marseille ?

Le mouvement de grève à Marseille n'a pas grand-chose à voir avec la mise en oeuvre de cette réforme. Ce n'est pas moi qui le dit mais la fédération CGT des ports et docks elle-même, qui souligne que cette grève porte sur des sujets essentiellement locaux. D'ailleurs les autres ports fonctionnent et, même à Marseille, le mouvement n'est pas suivi de la même manière sur tous les bassins. J'ai compris que la CGT du port de Marseille voulait des garanties sur l'avenir de la filiale créée pour gérer les activités pétrolières. Ces garanties, nous les avons, car les industries pétrolières sont prêtes à monter au capital de cette filiale à côté du Port. C'est ce que demandaient les syndicats. Dès lors, cette grève devient sans objet. Elle ne fait qu'affaiblir le port de Marseille et ses entreprises. Car, pendant ce temps, c'est l'ensemble des ports méditerranéens voisins qui profitent de la manne financière du fret maritime. Les parts de marché sont gagnées par nos concurrents italiens, espagnols et marocains. Et les armateurs s'interrogent sur la poursuite de la desserte du port marseillais.

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