Comment mieux vendre le doctorat

Le diplôme du doctorat est peu reconnu en France, contrairement aux autres pays. Les initiatives se multiplient pour mieux promouvoir cette excellence.

Elle fête déjà ses 30 ans, mais elle n'a jamais été aussi utile. L'Association Bernard Grégory (ABG), la seule du genre en Europe spécialisée dans l'insertion et la mobilité professionnelle des jeunes chercheurs, a donc décidé de passer à la vitesse supérieure et de mieux se faire connaître. Mardi soir, pour concrétiser ce nouvel élan, l'ABG a annoncé son nouveau nom et sa nouvelle identité. Désormais appelée L'intelli'agence, l'association, qui accompagne en moyenne 1.500 jeunes docteurs par an et joue les interfaces avec le milieu professionnel, a modifié ses statuts, créé un fond de dotation et s'est associée à de nouveau partenaires : les associations de docteurs et de doctorants, la conférence des grandes écoles et l'Association des régions de France. Objectifs : ?uvrer pour la reconnaissance du doctorat, diplôme très peu pris en compte dans les recrutements en France et encore vu comme un sésame ne menant qu'aux carrières universitaires.
Cet été, une étude du Centre d'analyse stratégique (CAS) tirait la sonnette d'alarme, chiffres du Céreq à l'appui (La Tribune du 3 août 2010) : 3 ans après l'obtention de leur diplôme, les jeunes docteurs (bac + 8) sont 10 % à être au chômage, contre 7 % pour ceux de master (bac + 5). Certes ces taux dont des moyennes (l'Université Pierre et Marie Curie annonçait en juin un taux de 1,4 % de chômage pour ses 653 docteurs diplômés en 2005-2006). Mais dans les pays de l'OCDE, ce taux est trois fois inférieur. Une spécificité notamment liée à la suprématie des grandes écoles en France, et en particulier celles d'ingénieurs, vivier privilégié pour les postes de recherche dans le privé. Conséquence : "Nous formons les cadres de la nation sans qu'ils aient, à un moment ou à un autre de leur parcours, à se frotter à la recherche - et cela n'est pas sans conséquence sur notre capacité à innover", a ainsi rappelé la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche lors de son intervention mardi soir. L'endogamie est de mises dans les entreprises, et quand celles-ci veulent diversifier leur recrutement, elles peinent à identifier les compétences des docteurs et ne savent pas à quelle porte frapper
Autre frein soulevé par Jacques Fontanille, vice-président de la conférence des présidents d'université, les résistances culturelles internes à l'université, où le doctorat est avant tout vu comme devant bénéficier à la recherche publique. Pour preuve, les outils de l'ABG, comme le Nouveau Chapitre de thèse (programme de valorisation des compétences), restent peu utilisés. "Le monde universitaire, qui s'est construit de façon autistique sur le savoir, n'a jamais communiqué sur ses élites", constate Martine Pretceille, directrice de l'Intelli'agence. Alors que dans les faits, note-t-il, "sur 100 docteurs, 60 à 70 s'insèrent ailleurs. Il faut donc préparer les docteurs à valoriser leurs compétences dans les autres secteurs économiques", estime Jacques Fontanille.
Mais les mentalités évoluent. "L'internationalisation actuelle a mis en valeur le fait que le doctorat est le diplôme de référence", indique Martine Pretceille. L'ABG s'est tourné en 2006 vers le patronat (Medef, UIMM, CGPME) et lancé des actions et des outils, comme l'Avanthèse afin d'accompagner les doctorants dans leur parcours formation. La réforme des écoles doctorales en 2006 puis la création du contrat doctoral il y a un an (5.500 bénéficiaires en 2009) ont aussi donné une nouvelle impulsion. Le dispositif Cifre (convention industrielle de formation par la recherche), aussi, favorise l'insertion dans le privé (96 % des bénéficiaires trouvent un emploi en moins d'un an dont 72 % dans le privé). Valérie Pécresse compte d'ailleurs financer "d'ici à 2013 les 200 conventions supplémentaires que nous demandent les entreprises" (1.200 Cifre par an sont actuellement conclus contre 700 en 2007). De son côté, la CPU a adopté en juillet 10 propositions (définition d'un statut du doctorant, mise en place de parcours dédiés, démarches qualité, reconnaissance du diplôme dans les conventions collectives, label doctoral...). Une convention va être signée la semaine prochaine avec le Medef dans le cadres des premières rencontres nationales de l'association "Nos Quartiers ont des talents", et les rencontres se poursuivre avec les confédérations syndicales et patronales. Certaines universités commencent aussi à passer des conventions locales avec des grappes d'entreprises. Un travail de relations avec le monde économique que va aussi poursuivre l'Intelli'agence, qui compte parmi ses membres des grands groupes tels Total, Saint Gobain ou L'Oréal. "Nous ne pouvons pas soutenir le monde du doctorat tout seul. Il faut du réseau", insiste Martine Pretceille. L'association a lancé en juillet une plate-forme emploi (publication de CV, d'offres d'emplois et de sujets de thèses avec leurs financements). "Nous allons aussi développer d'ici à début 2011 des services personnalisés aux entreprises, qui n'ont pas toujours le temps de chercher parmi 83 universités et 300 écoles", annonce Martine Pretceille.
Valérie Pécresse compte aussi sur les pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES), qui regroupent universités et grandes écoles, pour promouvoir le doctorat (de plus en plus de diplômés de grandes écoles s'engagent dans une thèse), et offrir un cadre commun aux 17 écoles doctorales. En attendant que les PRES délivrent eux-mêmes les diplômes comme le suggère la proposition de loi des sénateurs Adnot et Dupont, examinée en séance publique par la Haute Assemblée ce mercredi, et soutenue par la ministre.

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