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INTERVIEW Le patron de la CGT tire à boulets rouges sur Fillon, Bertrand et Parisot

Propos recueillis par Agnès Laurent et Isabelle Moreau

Publié le 25 novembre 2010 à 13:17 - Mis à jour le 25 novembre 2010 à 13:21

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Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a confié à La Tribune ses critiques envers le gouvernement et le patronat. Il entend maintenir la mobilisation.

La Tribune - Bernard Thibault, vous êtes secrétaire général de la CGT. Le discours de politique générale de François Fillon vous a-t-il convaincu ?

Bernard Thibualt - Il annonce clairement la couleur de l'austérité pour les salariés et de nouveaux cadeaux pour les entreprises au nom de la compétitivité. La remise à plat annoncée de la protection sociale, la volonté d'accroître la flexibilité des salariés, le déni sur l'insuffisance du pouvoir d'achat seront autant de conflits possibles.

- Vous avez rencontré mercredi matin, pour la première fois officiellement, Xavier Bertrand, nouveau ministre du Travail. Que retenez-vous de cet entretien ?

- Le ministre est dans un exercice ô combien délicat ! Il doit tenter d'accréditer l'idée qu'un nouveau dialogue est possible avec les syndicats après la séquence ô combien meurtrière des retraites. Son mandat est un peu compliqué. D'autant qu'il y a un contentieux avec lui. Il a quitté le ministère sur un épisode désastreux pour le dialogue social, lorsqu'il a fait le choix d'introduire dans la loi du 20 août 2008 sur la représentativité des dispositions en matière d'aménagement du temps de travail. À la direction de l'UMP, Xavier Bertrand s'est aussi illustré en accompagnant les organisations patronales dans leur lobbying contre le texte sur le dialogue social dans les très petites entreprises (TPE).

- Vous n'attendez donc plus rien du gouvernement ?

- Nous sommes entrés dans une phase motivée par la communication politique plutôt que par des décisions concrètes répondant aux préoccupations quotidiennes des salariés. Nous n'avons pas exprimé de demandes qui ne serviront qu'à figurer au livre de l'histoire du ministère du Travail sans déboucher sur des mesures concrètes. Il ne faut pas nous prendre pour des petits garçons. Le gouvernement a montré qu'il se fichait de l'opinion des salariés. On ne va pas perdre notre temps à accréditer l'idée que le gouvernement a changé.

- Vous rencontrez prochainement Laurence Parisot. Pouvez-vous avancer plus facilement avec le patronat ?

Nous avons aussi un problème de crédibilité du dialogue social avec le patronat. Sur le dialogue social dans les TPE, c'était le patronat - dont le Medef - qui a demandé que la loi ne reprenne pas les termes de l'accord qu'elle a signé. Comment croire une organisation qui demande à l'exécutif de ne pas se mêler de ses discussions avec les organisations de salariés et se tourne vers les parlementaires dès lors qu'elle n'obtient pas satisfaction par le dialogue social ? Il y a aussi la question de la représentativité patronale. Le Medef ne veut pas en parler, mais cela pose problème dans nos discussions : la présidente du Medef a aujourd'hui plus un mandat de représentation médiatique que de négociation au nom des entreprises.

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- Comment allez-vous défendre vos revendications ?

- Notre ligne d'action, c'est de permettre aux salariés de porter leurs exigences sociales. Et la seule manière de se faire entendre du gouvernement, c'est d'établir un rapport de force. Nous allons donc nous appuyer sur ce qui s'est exprimé dans le pays durant plusieurs mois sur les retraites, mais aussi sur l'emploi, le chômage, la pénibilité au travail, les inégalités... Nous allons donner plus de force aux négociations annuelles obligatoires dans les entreprises pour obtenir du concret pour les salariés.

Est-ce à dire que vous tournez la page des retraites ?

- Pas du tout. Nous allons continuer à demander une mesure de départ anticipé en retraite au titre de la pénibilité, l'annonce de Renault de 3.000 d éparts au titre de la pénibilité est à ce titre emblématique. Nous ne sommes pas d'accord avec les réductions d'effectifs qu'elle sous-entend. Elle montre néanmoins que les employeurs eux-mêmes savent qu'il n'y a pas de place pour les plus de 60 ans dans leurs entreprises dès lors qu'il y a des métiers pénibles.

- Quel bilan tirez-vous du conflit sur les retraites ?

- La loi a été adoptée dans des conditions qui ne sont pas à l'avantage du gouvernement. Mais ce n'est pas pour autant que le combat est perdu, que le gouvernement a carte blanche et les employeurs des salariés dociles à leur disposition. Ce qui est remarquable à nos yeux, c'est la nature des débats que nous avons su lancer dans le pays. Et l'ampleur inégalée des mobilisations dans un pays réputé comme faiblement syndiqué. D'une manière ou d'une autre, plusieurs millions de salariés - peut-être 5 ou 10 millions - ont participé à ce mouvement. La séquence a aussi donné plus de crédit à une intervention syndicale.

- L'intersyndicale est-elle capable de maintenir son unité ?

- L'unité syndicale a eu un effet d'entraînement pour tout le monde. Nous allons désormais retoiletter notre plate-forme de revendications du début 2009 qui porte sur le pouvoir d'achat, l'emploi ou l'investissement. Il doit être possible de continuer, en actualisant nos exigences communes.

- La CFDT a l'air de douter de la capacité de la CGT à s'engager sur des dossiers comme celui de l'assurance chômage ou des retraites complémentaires à la veille de l'ouverture de négociations ?

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- Notre voeu, c'est d'avoir une concertation intersyndicale sur ces deux sujets. Les positions dépendent aussi du contexte. Ce n'est pas parce que la CFDT avait été d'accord sur les retraites en 2003 qu'elle l'a été en 2010.

Propos recueillis par Agnès Laurent et Isabelle Moreau

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