Renault n'apprécie pas les méthodes du contre-espionnage français

Le constructeur, déstabilisé par une affaire d'espionnage industriel, reproche à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) d'avoir fait "fuiter" des informations dans la presse.
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La tension est montée mercredi entre la société Renault et les services de renseignement français, chargés d'une enquête préliminaire de police sur l'espionnage industriel dont la société se dit victime de la part d'une puissance étrangère.

L'avocat de la société s'est dit furieux de la divulgation d'une mesure banale d'enquête dans la presse, présentée comme une perquisition à Renault, "fuite" qu'il impute à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

"On constate qu'à l'évidence la DCRI est dans une position d'apporter sur la place publique des éléments qui portent préjudice à la qualité de l'enquête et au sérieux de ce qui a été fait par Renault depuis le début", a déclaré sur France info Me Jean Reinhart, avocat de Renault.

Le Parisien présente mercredi comme une perquisition ce qui semble être un transport des enquêteurs de la DCRI à Guyancourt (Yvelines), où travaillaient les trois cadres mis en cause et licenciés par Renault. La DCRI a saisi leurs ordinateurs professionnels sur place, selon le journal. "Renault ne sera pas un nouveau Bettencourt. En aucun cas nous ne pouvons subir ce flot continu d'informations et de désinformations dont on se demande à qui cela peut profiter", a dit Me Reinhart.

La tension était déjà forte entre la DCRI et Renault avant le dépôt d'une plainte et l'ouverture d'une enquête le 14 janvier par le parquet de Paris. Les autorités françaises se disent surprises de n'avoir appris que début janvier que le constructeur enquêtait à titre privé depuis l'été sur l'affaire.

Le constructeur français a licencié ses trois cadres sur le fondement d'une enquête dont la société refuse de publier les éléments. Il est fait état de comptes bancaires à l'étranger et de liens avec des sociétés à l'étranger. Renault explique en avoir retiré la "conviction" que ses trois employés avaient tenté de monnayer ses secrets. Un seul détective privé aurait enquêté, selon la presse. L'un des cadres mis en cause a relaté cette semaine un voyage en Suisse avec des employés de la sécurité de Renault, à la recherche d'un hypothétique compte bancaire.

L'opération aurait porté sur le projet de voiture électrique, dans lequel Renault a investi 4 milliards d'euros. Le gouvernement chinois a démenti catégoriquement toute implication dans l'affaire et les trois cadres licenciés se disent innocents. Ils ont introduit des plaintes pour diffamation et dénonciation calomnieuse.

Me Reinhart envisage l'hypothèse d'une colère de la DCRI. "La DCRI a d'ailleurs fait savoir aux personnes aux personnes qui ont été auditionnées que, bien sûr, les choses auraient été extrêmement différentes si elle avait été saisie dès les mois d'octobre, novembre ou décembre 2010", a-t-il dit.