Renault fragilisé

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Par Odile Esposito, rédactrice en chef à La Tribune.

Etrange, cette affaire d'espionnage chez Renault. Et, quelle qu'en soit l'issue, dangereuse pour le groupe. Etrange, le choix du groupe de se cantonner durant plusieurs mois à une enquête interne, sans faire appel aux services spécialisés. Etrange, le fait que trois cadres dirigeants, réputés fidèles à l'entreprise, aient pu être corrompus en même temps, à l'aide de pots-de-vin plutôt modestes. Etrange enfin, la nature des informations volées : pas de secret technique, mais un "modèle économique" de la voiture électrique que Carlos Ghosn, le patron de Renault et de Nissan, détaille pourtant depuis des mois pour convaincre analystes, journalistes et partenaires du projet.

L'instruction durera des mois, mais, de toute façon, l'affaire fragilise Renault. Les trois cadres licenciés plaident dans les médias l'innocence et l'incompréhension et, avouons-le, ils se montrent plutôt convaincants. Au point d'avoir obligé Carlos Ghosn à se justifier dans la presse et à la télévision. On imagine alors le trouble au sein des équipes chargées de la voiture électrique, au moment où monte fortement en puissance ce projet à 4 milliards d'euros d'investissement sur lequel le groupe mise une bonne partie de son avenir. Si les trois cadres incriminés sont coupables, ils ont sans doute eu le temps de transmettre les détails sur le modèle économique souhaités par les commanditaires, détails qui se périment vite.

Renault peut craindre alors d'avoir perdu une partie de son avance dans ce domaine. Et si le constructeur a fait fausse route, berné par un dénonciateur anonyme qui ne cherchait qu'à le déstabiliser, c'est toute sa crédibilité qui sera ébranlée.

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