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ÉconomieFrance

La taxe Tobin en débat à Paris comme à Berlin

latribune.fr, avec Reuters

Publié le 10 janvier 2012 à 16:16 - Mis à jour le 10 janvier 2012 à 16:18

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Taxe Tobin, y aller seul ou non ? Nicolas Sarkozy se dit prêt à sauter le pas malgré les objections des milieux d'affaires et des économistes. Mais le flou demeure sur les modalités et les ministres concernés ont entretenu mardi une certaine confusion.

Le chef de l'Etat a redit ce mardi, au petit déjeuner hebdomadaire des dirigeants de sa majorité, que si la France ne mettait pas en oeuvre cette taxe sur les transactions financières (TTF), elle ne verrait jamais le jour, ont rapporté des participants. "La France ne se contentera pas d'en parler, elle le fera", a-t-il confirmé plus tard à Mulhouse (Haut-Rhin).

Mais en début de matinée, la ministre du Budget, Valérie Pécresse, déclarait sur France 2 que cette taxe n'avait de sens que si elle était "portée par l'Europe". "Si la France la met en place uniquement toute seule, évidemment, à terme, elle sera contournée", a-t-elle expliqué. Avant d'ajouter toutefois que la France devait être le pays qui "donne le coup de pouce, qui enclenche le mouvement".

Le ministre de l'Economie a également souhaité, sur iTélé, que ce soit une initiative européenne. "La France ne sera pas isolée", a assuré François Baroin, qui évoquera le sujet jeudi soir à Berlin avec son homologue allemand, Wolfgang Schäuble. Quelques heures plus tard, il déclarait cependant devant les députés : "la France sera le premier pays, cette année, à mettre en oeuvre cette taxe sur les transactions financières." Selon François Baroin, cette mesure pourrait être votée dès février dans le cadre d'une loi de finances rectificative.

Que va faire l'Allemagne ?

La Commission européenne a présenté fin septembre un projet de TTF à l'horizon 2014. Mais l'opposition résolue du Royaume-Uni et de la Suède rend sa mise en oeuvre à vingt-sept dans l'Union européenne hautement improbable dans un avenir prévisible.

Probable candidat à un second mandat lors de l'élection présidentielle du printemps prochain, Nicolas Sarkozy a pour sa part fait de cette mesure, inspirée de la taxe proposée par le prix Nobel de l'économie James Tobin dans les années 1970 pour contrer la spéculation, une priorité de la fin de son quinquennat. Il a souhaité que la zone euro "donne l'exemple" et espère rallier au moins l'Allemagne et l'Italie, jusqu'ici réservées sur une démarche qui n'impliquerait pas l'ensemble de l'UE.

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Angela Merkel a laissé implicitement entendre lundi, après un déjeuner de travail avec le président français à Berlin, que la position allemande était peut-être en train d'évoluer. La chancelière a salué l'initiative de Nicolas Sarkozy et s'est dit prête, "à titre personnel", à la mise en place d'une TTF dans la zone euro en cas d'impossibilité dans toute l'UE. Elle a admis l'existence de désaccords au sein de son gouvernement - allusion à ses partenaires libéraux - jetant ainsi un doute sur la détermination réelle de Berlin. "Je doute que l'opposition du FDP dure toujours", a néanmoins déclaré mardi Michael Meister, leader de la CDU, le parti d'Angela Merkel, au parlement allemand, ajoutant à propos de la taxe : "cela se fera."

De son côté, le président de la fédération bancaire allemande BdB a déclaré que l'instauration de la taxe Tobin amputerait les profits des banques de 5 à 10%. Andreas Schmitz  estime également que les banques allemandes sont sur la bonne voie pour se conformer aux exigences de solvabilité de l'accord Bâle III. Il ne craint pas un risque de resserrement du crédit en Europe,  mais il a jugé que la situation en Grèce restait hautement explosive.

Reste que pour la plupart des économistes et analystes interrogés par Reuters, la création d'une TTF dans un nombre limité de pays, voire un seul, constituerait une importante prise de risque pour l'économie française. D'où l'ambiguïté relative entretenue par Nicolas Sarkozy et ses ministres autour des modalités d'une taxe Tobin.

Le chef de l'Etat a certes dit vouloir appliquer le projet de la Commission européenne, qui travaille sur l'hypothèse d'une taxe de 0,1% sur les échanges d'actions et d'obligations et de 0,01% sur les échanges de produits dérivés. "On souhaite que ce soit large, c'est-à-dire les actions, les obligations, les mouvements autour des dérivés", a confirmé François Baroin. "On souhaite que le taux, dans la mesure où l'assiette est large, soit relativement bas."

Il sera cependant difficile, pour Nicolas Sarkozy, de faire abstraction du nombre de partenaires prêts à le suivre dans sa démarche quand il arrêtera définitivement les modalités de la future taxe, tant son impact dépend du nombre de pays impliqués.

Pour Ludovic Subran, chef économiste du groupe d'assurance-crédit Euler Hermes, la mise en place "de manière asymétrique" d'une telle taxe risque d'entraîner une baisse du volume des transactions et une hausse de la volatilité sur les marchés. "On risque aussi d'avoir un euro moins liquide au sein de zones financières plus ou moins à l'agonie", ajoute-t-il.

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D'autres dénoncent le risque d'infliger un lourd handicap à l'ensemble de l'économie française, assoiffée de crédits. Christian Saint-Etienne, membre du Conseil d'analyse économique du Premier ministre, estime pour sa part qu'un cavalier seul de la France serait mortel pour la place de Paris, à moins d'opter pour un taux et une base purement symboliques.

Nicolas Sarkozy a déclaré lundi qu'il en dirait plus après en avoir discuté le 18 janvier avec les partenaires sociaux, convoqués à l'Elysée pour un sommet sur la crise et l'emploi.

latribune.fr, avec Reuters

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