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ÉconomieFrance

Avec sa "taxe Tobin", Sarkozy jette un froid sur le sommet franco-allemand

latribune.fr avec Emmanuel Jarry (Reuters)

Publié le 08 janvier 2012 à 16:44 - Mis à jour le 08 janvier 2012 à 16:51

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Le couple franco-allemand risque de nouveau d'être mis à l'épreuve lundi à Berlin, où Nicolas Sarkozy, pressé par ses échéances électorales, plaidera pour une accélération de la mise en place d'une taxe sur les transactions financières. Ce projet est d'ores et déjà très critiqué par les spécialistes, y compris lorsqu'ils sont proches de la majorité.

Le sujet sera, avec le Conseil européen du 30 janvier, au menu d'un déjeuner de travail du président français et de la chancelière Angela Merkel, qui ont pris l'habitude de se voir avant chaque sommet pour accorder leurs violons.

Nicolas Sarkozy souhaite que la zone euro "donne l'exemple" et adopte sans traîner cette taxe, qui se heurte au niveau de l'Union européenne à l'hostilité du Royaume-Uni et de la Suède.

Il a averti vendredi que la France n'excluait pas d'avancer seule si elle ne ralliait pas ses partenaires à sa démarche.

"Nous n'attendrons pas que tous les autres soient d'accord pour la mettre en oeuvre", a déclaré le chef de l'Etat, qui en a fait une priorité de la fin de son quinquennat, avant l'élection présidentielle des 22 avril et 6 mai.

Or, Berlin et le président du Conseil italien Mario Monti ont fait savoir qu'ils n'aimaient guère l'idée d'une initiative précipitée et solitaire, jugée périlleuse par des économistes.

Le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a rappelé que l'objectif restait pour l'Allemagne l'introduction d'une telle taxe au niveau de l'UE.

"Il faut une perspective européenne à laquelle nous travaillons tous", a pour sa part déclaré vendredi à Paris Mario Monti, pour qui cela "doit concerner au moins la zone euro".

À MARCHE FORCÉE

Hors de l'UE, la taxe sur les transactions financière (TTF), avatar de la taxe proposée par le prix Nobel d'économie James Tobin au début des années 1970 contre la spéculation, n'a l'appui que d'une poignée de pays émergents.

Dans l'UE, l'idée est soutenue par la France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Commission européenne, qui propose sa mise en oeuvre en 2014, ce que le rejet britannique et suédois rend cependant improbable à 27 dans un avenir prévisible.

Face à ce blocage annoncé, la France milite pour une mise en oeuvre de la TTF par les 17 pays de la zone euro ou, à défaut, par un groupe pionnier et pour une accélération du calendrier.

Le ministre de l'Economie, François Baroin, a annoncé le 14 décembre que son homologue allemand, Wolfgang Schaüble, et lui-même présenteraient le 23 janvier à leurs collègues européens, une "contribution" pour une taxe opérationnelle dès 2013.

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Le 31 décembre, Nicolas Sarkozy, probable candidat à sa propre succession et soucieux de se présenter en protecteur des Français face à la crise économique, a donné dans ses voeux à la Nation le signal d'un nouveau coup d'accélérateur.

Les "dérèglements de la finance", a-t-il alors expliqué, sont "largement" à l'origine de la crise et il faut la faire participer à la "réparation des dégâts qu'elle a provoqués."

Le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, a annoncé dans la foulée la création d'une TTF avant fin 2012.

Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a précisé vendredi que Paris prendrait sa décision avant fin janvier -"c'est mieux s'il y a l'Allemagne", a-t-il souligné. "Mais la France est prête à donner l'exemple."

La stratégie de la France reste d'essayer de rallier le plus de partenaires possible d'ici le sommet du 30 janvier. Mais elle ne peut guère espérer y parvenir sans l'Allemagne.

Si d'ici le 30 janvier une dynamique en faveur d'une TTF dans toute ou partie de la zone euro n'a pu être enclenchée, la France n'écarte donc pas l'hypothèse d'y aller seule, confirme-t-on de source gouvernementale à Paris.

Le gouvernement pourrait alors légiférer dans le cadre d'une loi de finances rectificative soumise au Parlement en février.

STRATÉGIE À RISQUE

"Y aller seuls c'est complètement suicidaire, ça va tuer la place de Paris", estime cependant Christian Saint-Etienne, du Conseil d'analyse économique du Premier ministre. "Même la France et l'Allemagne sans l'Angleterre, ça n'a pas de sens."

Pour Philippe Waechter, de Natixis Asset Management, le moment est de toute manière mal choisi, quel que soit le nombre de pays impliqués, au moment où les Etats européens sont en quête de refinancements massifs sur les marchés financiers.

"Ça peut être dissuasif pour les investisseurs étrangers. Et comme les Européens ne veulent pas acheter de dette européenne, comment fait-on ?", ajoute cet économiste, pour qui l'Allemagne risque de "traîner les pieds, voire de freiner des quatre fers".

En tout état de cause, les modalités de la future taxe dépendent étroitement du nombre de pays concernés -un Etat seul ou un nombre réduit de pays ne peuvent pas taxer sans risque les mêmes produits et au même taux que toute une zone économique.

Pour Christian Saint-Etienne, si la France fait cavalier seul, taux, assiette et rendement seront nécessairement limités.

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"La seule chose envisageable serait une taxe totalement symbolique, qui donnerait une direction en espérant que d'autres pays rejoindront plus tard la France", explique-t-il. "Et même là c'est dangereux. Il faut se méfier de la symbolique : elle est parfois plus puissante que les mesures elles-mêmes."

latribune.fr avec Emmanuel Jarry (Reuters)

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